Temps d’attente parfois mortel dans les services ambulanciers de la province

Photos: Jacques Nadeau

Photos: Jacques Nadeau

Le syndicat des ambulanciers FTQ rend publics les résultats inquiétants d’une enquête menée grâce à la Loi sur l’accès à l’information

Montréal, le 15 décembre 2011 – Réunis en conférence de presse ce matin, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section locale 592 (FTPQ), ont rendu publics les résultats d’une enquête menée au cours des cinq derniers mois sur l’état des services préhospitaliers d’urgence au Québec. L’enquête révèle des statistiques très inquiétantes sur les temps d’intervention des ambulances dans plusieurs régions du Québec. L’enquête démontre également un manque d’ambulances sur plusieurs territoires, des délais non respectés sur des appels d’urgence, des temps d’attente qui peuvent être de 30, 40, 50 minutes et même plus pour des appels prioritaires, ainsi que plusieurs recommandations du coroner qui sont restées lettre morte.

Une réforme s’impose

« Le manque de ressources, le déploiement des véhicules et les horaires de travail sont au cœur des problèmes de délais d’intervention sur le territoire québécois. Ces résultats démontrent clairement que le gouvernement doit procéder à une réforme en profondeur des services préhospitaliers et faire suivre le financement nécessaire. Il en va de la sécurité de la population », affirme le secrétaire général de la FTQ, Daniel Boyer.

Cette enquête sur l’état des services d’urgence, qui a débuté en août 2011, a été menée auprès de quinze agences de la santé et des services sociaux à travers le Québec. Des demandes d’accès à l’information leur ont été acheminées en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels (L.R.Q, chapitre A-2.01).

La compilation des données a permis de dresser le portait précis de la situation vécue par la population dans chacune des différentes régions dans un premier temps, puis de dresser un portait global pour l’ensemble de la province.

Manque de ressources sur le terrain

« Le problème s’aggrave particulièrement depuis 1999. Plusieurs territoires ont vu leur nombre d’appels augmenter alors que le nombre d’ambulances n’a pas ou peu augmenté, que le poids démographique s’accroît et que la population vieillit », affirme le secrétaire général de la FTPQ-592, Jean-Maurice Vigeant.

Les quarts de travail de faction pointés du doigt

Selon le syndicat, les quarts de travail de faction, qui augmentent considérablement les délais supplémentaires, sont au centre des problèmes de délais. Il s’agit d’un type d’horaire de travail où le paramédical est en attente d’une affectation à partir de chez lui et doit vêtir son uniforme et se rendre à la caserne où se trouve l’ambulance lorsqu’il est affecté. De là seulement, il se dirige vers le lieu de l’accident. Encore aujourd’hui, 14 des 15 agences de santé au Québec ont des quarts de faction.

La solution : transformer les quarts de faction en horaires à l’heure

Une des embûches importantes aux quarts de faction est que cela rend impossible le déploiement dynamique des véhicules sur les territoires pour réduire les délais d’intervention. De plus, lorsqu’un territoire possède seulement une ambulance, et que celle-ci est sur un appel, le territoire est complètement découvert. Avec un déploiement dynamique de la flotte, un véhicule pourrait être déplacé pour couvrir la zone dénudée et ainsi améliorer le temps-réponse.

Établir des normes pour les délais temps-réponse

La FTPQ demande aussi au gouvernement d’établir des normes concernant les délais de temps-réponse pour les appels d’urgence, comme c’est le cas pour les services d’incendie. Les cibles actuelles sont de 80 % des appels urgents répondus en moins de 8 minutes en milieu urbain, en moins de 15 minutes en milieu suburbain et en moins de 30 minutes en milieu rural. Chez les pompiers, la norme est établie à 10 pompiers en 10 minutes. « Actuellement, on parle de cibles plutôt que de normes, ce qui rend impossible l’imputabilité des problèmes de délais. La mise sur pied de normes assurerait également le financement nécessaire pour le respect de celles-ci », affirme Jean-Maurice Vigeant.

Les conditions de travail se détériorent

Selon la FTPQ, le manque de ressources et l’augmentation significative du nombre d’affectations et du nombre de transports ambulanciers au cours des dernières années ont aussi des impacts majeurs sur les conditions de travail des ambulanciers. « Ajoutez à cela la charge de travail qui augmente à cause de l’ajout de tâches médicales à effectuer, le résultat est que les conditions de travail des ambulanciers se détériorent sérieusement. Ils sont souvent obligés de sauter des repas, car les pauses sont retardées ou annulées et la fin des quarts de travail est souvent retardée pour répondre à des appels urgents », ajoute M.Vigeant.

La FTQ et la FTPQ interpellent donc le gouvernement pour qu’il prenne les mesures nécessaires pour remédier à cette situation et assurer la sécurité de tous les Québécois et Québécoises, peu importe leur lieu de résidence.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus de 600 000 membres.