Syndicalisation difficile au restaurant Milos à Montréal - Le président de la FTQ, Henri Massé, lance un appel à la ministre du Travail Diane Lemieux -Déjà six congédiements pour activités syndicales

Montréal, 7 septembre 2000 - ‘ Le cas du restaurant grec Milos à Montréal est un des derniers exemples en date qui prouvent l’urgence, pour la ministre du Travail Mme Diane Lemieux, de réformer le Code du travail afin d’empêcher des employeurs sans scrupules de bafouer encore le droit d’association en l’an 2000 ‘, a déclaré aujourd’hui M. Henri Massé, président de la FTQ.

‘ Il y a presque une année que le syndicat a déposé sa requête en accréditation, dit M. Massé.Il a d’ailleurs été accrédité le 28 février dernier par le commissaire du travail, mais l’employeur est aussitôt allé en appel au Tribunal du travail. Depuis lors, le patron recourt à toutes sortes de pratiques dilatoires et déloyales pour se débarrasser du syndicat, y compris des congédiements. Par ailleurs, le Tribunal du travail est engorgé car il n’y a pas assez de juges pour entendre les appels. En plus des manœuvres antisyndicales des patrons, il y a des lacunes évidentes du côté du ministère du Travail. ‘

M. Massé a fait son intervention publique en compagnie de six employés du restaurant Milos congédiés pour activités syndicales, dont leur porte-parole M. Zacharie Karabatsos, ainsi que de M. Gilles Laliberté, directeur de l’organisation syndicale à la section locale 1999 des Teamsters (FTQ). Des plaintes ont été portées en vertu du Code du travail. Le restaurant compte une quarantaine de salariés, tous d’origine grecque.

Milos, un restaurant de grande réputation, est situé au 5357, avenue du Parc à Montréal. Il a été fondé en 1979. Son propriétaire, M. Costas Spiliadis, possède un autre établissement du même nom à New York.

Grandes manœuvres patronales
C’est le 4 octobre 1999 que le syndicat a déposé sa requête en accréditation au ministère du Travail. L’employeur l’a aussitôt contestée et a embauché pas moins de trois avocats du gros bureau Heenan Blaikie : Me Dany Kaufer, Me Gary Rosen et Me Corrado Di Stephano. Dès le 17 novembre, le syndicat a dû envoyer à l’employeur une mise en demeure pour qu’il cesse d’intimider ses membres.

Le 28 février, le Commissaire du travail a accordé l’accréditation syndicale, ‘ sans même qu’un vote soit nécessaire en raison de la majorité détenue par le syndicat ‘ dit M. Gilles Laliberté du Syndicat des Teamsters (FTQ). L’employeur en a aussitôt appelé de cette décision. Le 14 avril, le syndicat a demandé au juge en chef du Tribunal du travail, Me Bernard Lesage, de procéder le plus rapidement possible, en raison de la volonté évidente de l’employeur de retarder les procédures : les avocats patronaux n’étaient jamais disponibles aux dates d’audition suggérées.

Or, la cause n’a pas encore été entendue. En fait, le Tribunal du travail n’entendra pas avant le 19 octobre l’appel de l’employeur qui avait été signifié le 14 mars, soit un délai de sept (7) mois! Pourtant, le Code du travail stipule qu’une cause doit être entendue dans les 30 jours de l’appel.

Congédiements pour activités syndicales
Le 8 mai, le syndicat a demandé au Tribunal de procéder dans les plus brefs délais car ‘ notre unité de négociation est en péril ‘, dit Gilles Laliberté. L’employeur a en effet commencé, sous divers prétextes futiles, à suspendre puis à congédier les principaux militants du syndicat. Une dizaine d’employés ne travaillent maintenant plus chez Milos, dont six qui ont déposé des plaintes de congédiement pour activités syndicales. Le syndicat a envoyé une mise en demeure à l’employeur, en juillet, pour qu’il cesse d’organiser toute réunion des employés dans le but de leur faire abandonner le syndicat. Quatre réunions du genre ont déjà été organisées pour intimider les membres du syndicat.

Pour sa part, le syndicat est prêt depuis le mois de mars à négocier un premier contrat de travail dont le projet a été approuvé par les membres en assemblée générale.

Plusieurs restaurants syndiqués
Les syndicats de la FTQ sont présents dans plusieurs douzaines de restaurants à Montréal et ailleurs au Québec. De nouveaux groupes de syndiqués se joignent à la centrale régulièrement, le dernier en date étant la centaine d’employés de la célèbre Brasserie Magnan dans la métropole. Dans ce cas, l’employeur n’a fait aucune objection à la syndicalisation et il mérite d’être cité en exemple.

Le Syndicat des Teamsters représente notamment le personnel de restaurants connus comme Moishe’s, Thursday’s, Le Commensal, les restaurants du Centre Molson et de plusieurs hôtels, ainsi que plusieurs rôtisseries Saint-Hubert.

D’autres syndicats de la FTQ sont présents dans le secteur, notamment les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) et l’Union des employés de la restauration et de l’hôtellerie (Métallos). Ils représentent le personnel de restaurants connus, entre autres Hélène de Champlain, La Brasserie Magnan et les restaurants du Stade olympique à Montréal, tous les Marie-Antoinette au Québec, un grand nombre de rôtisseries Saint-Hubert partout au Québec, une douzaine de Poulet Frit Kentucky (PFK), un Harvey’s, Pik-Nik et Quick dans l’Outaouais, Le Petit Coin Breton et le Café Suisse à Québec, etc.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente près d’un demi-million de membres.