SYNDICALISATION CHEZ SGT 2000 : Ça ne baignait pas dans l'huile!

C’est en mai 1997 que le Syndicat des Teamsters dépose une requête en accréditation pour représenter les quelque 380 chauffeurs de camions du troisième plus grand transporteur au Québec. Commence alors une véritable saga judiciaire qui connaîtra son dé-nouement en janvier 2001, alors qu’entre en vigueur la première convention collective. Jean Chartrand est vice-président de la section locale 106 des Teamsters. «Je n’ai jamais vu autant de contestations et d’argent dépensé par un employeur». Il y a eu de nombreuses journées d’audience devant le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) et des recours en Cour fédérale et en Cour supérieure.

Des conditions de travail difficiles
«Chez les autres transporteurs, les chauffeurs reviennent à la maison chaque fin de semaine. Chez SGT 2000, ils sont très souvent partis pour des périodes de 20, 21 ou 22 jours. Ils n’endurent pas longtemps un tel rythme et, écoeurés, ils quittent, raconte Jean Chartrand. Je dirais sans exagérer que 80 % des chauffeurs qui sont là aujourd’hui n’y étaient pas au départ. Pour le recrutement, c’était l’enfer. On pouvait signer 40 cartes pendant deux semaines et, un mois plus tard, il ne restait que six ou sept de ces chauffeurs.» C’est justement à cause de ces difficultés que la campagne de recrutement commencée en mai 1996, n’a pu aboutir qu’en mai 1997.

La grève et des appuis déterminants
Rien ne se règle et, en mars 2000, le syndicat n’a plus le choix. Il déclenche une grève qui durera un mois. C’est à ce moment qu’arrivent des appuis qui conduiront à un dé-blocage. «Il y a eu un renforce-ment de nos lignes de piquetage, bien sûr par des membres des Teamsters, mais aussi du Conseil régional FTQ du Centre du Québec et de l’Association des manoeuvres (AMI). Mais il fallait aussi toucher l’employeur au niveau de ses opérations. Plusieurs syndicats ont répondu à l’appel.» Plusieurs entreprises syndiquées ont même cessé de faire affaire avec SGT 2000 Inc. durant la grève. Ce fut le cas à GE (Syndicat des communications, de l’énergie et du papier), chez Frigidaire Canada, (Association internationale des machinistes), chez Foster (Syndicat du vêtement et du textile). Il y a aussi eu le port de Montréal où les débardeurs, membres du Syndicat canadien de la fonction publique, ont appuyé active-ment la grève.

La situation actuelle
Depuis janvier 2001, il y a une convention collective en vigueur et l’employeur semble être enfin prêt à discuter, d’égal à égal, avec le syndicat. Le ton des discussions est clairement meilleur et l’employeur semble maintenant aborder le dossier de façon constructive. «Le gros défi maintenant, de conclure le vice-président, c’est de bâtir une vie syndicale avec les membres qui, pour une grande part, n’y étaient pas il y a deux ou trois ans. Mais je compte bien y arriver en mettant le temps qu’il faut…». Déjà, plusieurs délégués syndicaux ont pu être nommés et les Teamsters sont maintenant en mesure de commencer à travailler directement avec leurs membres pour appliquer la convention collective et préparer les prochaines négociations.

«Cette expérience a fait progresser la FTQ dans les rangs des Teamsters. J’ai vraiment apprécié de faire partie de la centrale. Pour moi c’est clair que la FTQ c’est un plus!» Jean Chartrand Vice-président, Section locale 106, Teamsters