Rapport Clair : La FTQ est déçue du peu d'engagements de la ministre Marois

Montréal, 26 février 2001 - La FTQ et ses syndicats affiliés dans le réseau de la santé et des services sociaux sont déçus du peu d’engagements pris ce matin par la ministre de la Santé, Mme Pauline Marois, face aux propositions du rapport de la commission Clair, particulièrement en matière de financement du réseau.

La FTQ représente plus de 40 000 salariés du réseau par l’entremise du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), section locale 298.

Le président de la FTQ, M. Henri Massé, ainsi que les présidents du SCFP et du SQEES, MM. Claude Généreux et Raymond Forget, ont émis à ce sujet la déclaration suivante :

Les groupes de médecins de famille
« La ministre fait une priorité du développement d’une véritable médecine de première ligne et c’est ce dont la population du Québec a besoin. Sur le plan médical, la ministre choisit toutefois de favoriser le développement de cabinets privés « élargis » au détriment de la mission médicale des CLSC qui, à l’origine, devaient être la porte d’entrée tant en matière de services de santé que de services sociaux. Ce devrait être encore le cas aujourd’hui.

« Il est essentiel de renforcer les pouvoirs publics sur la gestion de l’offre de service des médecins. Au pire, les CLSC devraient avoir les pouvoirs nécessaires pour assurer la coordination sur leur territoire. C’est pourquoi, déjà devant la Commission Clair, nous avions proposé de créer, dans chaque CLSC, des départements locaux de médecine générale. Nous voulons nous assurer que chaque Québécois et Québécoise aura enfin accès à un médecin de famille. Nous croyons que le mécanisme assurant ce droit doit aussi empêcher l’embrigadement forcé des patients et l’écrémage par les médecins (refus des médecins de prendre des patients ayant des problèmes complexes).

Le soutien aux jeunes et aux familles dans les CLSC
« Assurer des services de base pour les jeunes et leur famille dans tous les CLSC du Québec nous semble important. Cependant, les expériences du passé, notamment en déficience intellectuelle, nous font craindre qu’il ne s’agisse que de poudre aux yeux. Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement donne de nouveaux mandats aux CLSC sans que les ressources nécessaires suivent. Nous craignons fortement que le gouvernement tente de procéder par vases communicants en enlevant de l’argent aux centres jeunesse pour le donner aux CLSC alors que les besoins sont encore criants dans les centres jeunesse.

De plus, nous croyons qu’il faudra que les mandats soient très clairs entre ce qui appartient aux uns et aux autres afin d’éviter de ne créer une nouvelle pomme de discorde où les uns tentent d’envahir le champ d’intervention des autres. Ou encore, il ne faudrait pas, encore une fois, que des jeunes passent entre les mailles du filet parce que les uns et les autres se refilent les cas faute de ressources suffisantes chez eux.

Services sociaux et privatisation
« La Commission Clair avait proposé le renforcement des liens entre le réseau public et les groupes communautaires. La ministre n’en parle pas mais il est clair que le gouvernement entend poursuivre sa politique actuelle. Si nous sommes d’accord avec la présence d’un réseau de groupes communautaires autonomes qui développe des pratiques alternatives pour répondre aux besoins de leur communauté ou de clientèles variées, nous ne pouvons accepter le « dumping » social du gouvernement. Pour qu’il y ait des pratiques alternatives, cela suppose qu’il existe une offre « traditionnelle » de services de base dans le réseau public. L’actuelle politique gouvernementale en est plutôt une de substitution de services et d’emplois, du public vers le communautaire, qui devient ainsi de moins en moins autonome.

L’informatisation des dossiers
« Les technologies de l’information peuvent effectivement aider à une meilleure coordination des soins et des services. Nous croyons toutefois qu’il y a encore des débats à faire sur le projet de Carte Santé même si la ministre a eu l’accord de la Commission d’accès à l’information.

Le financement
« La ministre est très peu loquace sur le financement de ses propositions, sauf pour nous dire qu’il faut aller chercher des sous à Ottawa.

« Pour le régime de soutien aux personnes en perte d’autonomie, il faut un mécanisme de financement qui éviterait de faire porter un poids trop lourd aux jeunes d’aujourd’hui. Nous recommandons que les entreprises soient aussi mises à contribution. Nous nous opposons au caractère assuranciel de cette caisse et nous nous inquiétons aussi de la manière dont sera dépensé cet argent, notamment par la privatisation des services aux personnes en perte d’autonomie. Nous espérons donc que le gouvernement prendra le temps d’étudier la mise en place d’un tel mécanisme, tant pour la façon dont les sommes épargnées seraient utilisées que pour le financement.

« Enfin, le rapport Clair a reconnu que les personnels du réseau de la santé et des services sociaux sont démotivés. La ministre est, encore une fois, silencieuse à cet égard. Il faut prévoir les budgets nécessaires pour former la relève et contrer les pénuries, mais aussi pour déprécariser et augmenter le nombre d’emplois dans les établissements. La surcharge de travail qui affecte toutes les catégories de personnel est un des facteurs majeurs de la démotivation. »

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente près d’un demi-million de membres.