Projet de loi 30 : « Le remède appliqué risque d'être pire que la maladie » – Henri Massé, président de la FTQ

Henri Massé, président de la FTQ<br><i>Photo: Didier Debusschère <br></i><font color=red>Autres photos</font> <br><br></i>Télécharger le mémoire de la FTQ sur sur le projet de loi no 30<i> Loi concernant les unités de négociation dans le secteur des affaires sociales et modifiant la Loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic (PDF - 45k) <br>

Henri Massé, président de la FTQ
Photo: Didier Debusschère
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Télécharger le mémoire de la FTQ sur sur le projet de loi no 30 Loi concernant les unités de négociation dans le secteur des affaires sociales et modifiant la Loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic (PDF - 45k)

Québec, jeudi 4 décembre 2003 – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) demande au gouvernement Charest et à son ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Philippe Couillard, de rajuster le tir à la lumière des commentaires émis à ce jour. La FTQ questionne sérieusement l’à-propos de chambarder les accréditations dans le secteur de la santé et des services sociaux et de modifier les règles du jeu à la dernière minute dans les négociations du secteur public et parapublic.

Le remède appliqué risque d’être pire que la maladie

« À la FTQ, nous avons toujours été ouverts à la discussion sur la reconfiguration des unités d’accréditation si cet exercice devait à la fois permettre une meilleure organisation du travail et un allégement dans la gestion des établissements.

« Mais ce qu’on nous propose par le projet de loi 30, c’est un morcellement de nombreuses unités d’accréditation de type industriel sous prétexte de réduire mathématiquement le nombre total d’unités.

« C’est à la Commission des relations de travail de mener cet exercice et non pas au ministère de la Santé et des Services sociaux. Sinon le remède appliqué risque d’être pire que la maladie avec une confusion des rôles comme on en a connue plusieurs ces derniers mois », a indiqué le président de la FTQ, M. Henri Massé, lors de la présentation du mémoire de la centrale syndicale sur le projet de loi 30.

Un alourdissement important dans la gestion des établissements

« La formulation même du projet de loi témoigne d’une méconnaissance profonde du fonctionnement réel sur le terrain. Le niveau élevé de travailleurs à temps partiel dans les établissements, leur inscription sur les listes de rappel de multiples titres d’emploi, l’obligation qui sera dévolue aux employeurs de transiger avec 5 ou 6 unités d’accréditation là où souvent il n’y en avait qu’une ou deux : les modifications importantes proposées annoncent davantage un alourdissement important en termes de gestion des établissements que le soi-disant allégement souhaité », a expliqué pour sa part M. Raymond Forget, coordonnateur FTQ des négociations dans le secteur public et parapublic.

Une vision étriquée de ce que devraient être des soins de qualité

« Le seul autre motif que nous pouvons voir dans la volonté gouvernementale d’isoler les employés des services auxiliaires et connexes, les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les préposés à l’entretien, à la cafétéria, aux services alimentaires, à la buanderie, les employés de métier, les secrétaires, les commis de bureau, dans des catégories à part des autres catégories d’employés, c’est de faciliter la sous-traitance de leurs activités.

« À cet égard, le credo gouvernemental maintes fois entonné ces derniers mois sur les vertus du privé dans les missions soi-disant non essentielles de notre système de soins de santé a de quoi inquiéter. D’ailleurs les projets pilotes mis en place avec l’aval du ministre Couillard dans certains CHSLD de la Montérégie nous donnent une bonne indication de la direction qu’il entend prendre.

« Nous désapprouvons totalement cette approche qui nous éloigne d’une vision globale de la santé pour nous confiner à un délestage mercantile de fonctions essentielles au bon fonctionnement des établissements et à une vision étriquée de ce que devraient être des soins de qualité », a déclaré Mme Lucie Richard, directrice adjointe du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ) pour le Québec.

Un palmarès des hôpitaux?

Pour ce qui est de la décentralisation vers les établissements d’un nombre important de matières actuellement négociées sur une base sectorielle ou centrale, le président de la FTQ estime qu’il s’agirait d’un retour en arrière inacceptable et néfaste pour les citoyens consommateurs de soins.

Sans compter que cette modification des règles du jeu de la négociation, à 10 jours seulement du dépôt des demandes syndicales à la table centrale de négociation, augure très mal pour la suite des choses.

« Par cette décentralisation de nombreux objets de négociation, nous ouvririons la porte toute grande à la compétition entre établissements, non seulement sur le plan des conditions de travail mais également sur la qualité des soins offerts.

« Il ne restera plus au magazine l’Actualité et à son commanditaire, l’Institut économique de Montréal, qu’à préparer son palmarès des hôpitaux comme ils le font pour les écoles », a ironisé M. Massé.

Le gouvernement doit se dépeinturer du coin

De façon plus générale, le président de la FTQ invite le gouvernement Charest à se dépeinturer du coin, s’il en est encore temps, et à se mettre en mode écoute de la société civile.

« On n’est pas en train de faire un exercice mathématique ici, on est en train de jouer avec des êtres humains, des travailleurs qui oeuvrent ensemble depuis des années pour le bien-être des bénéficiaires, en équipe, qui militent pour de meilleures conditions. Ce sont ces travailleurs qu’on s’apprête à diviser de façon tout à fait arbitraire.

« Sur l’ensemble des politiques annoncées à ce jour, si ce gouvernement ne se met pas à l’écoute des acteurs de la société, s’il se cantonne dans sa volonté d’adopter à la vapeur des lois ayant des conséquences importantes sur la paix sociale et l’avenir de notre société, il se dirige tout droit vers un mur qu’il passe ou pas ses projets de loi.

« Les éditorialistes, les commentateurs, le lui répètent jour après jour. Le premier ministre peut déchirer sa chemise sur la place publique et s’indigner de certains dérapages. Mais cette indignation ne peut tenir lieu de justification à des politiques adoptées à la vapeur et dont les effets se feront sentir longtemps dans notre société », a conclu le président de la FTQ.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.