Pour faire face à la crise

Monsieur le Premier Ministre du Canada,

Dans quelques jours se tiendra à Londres la rencontre du G20. Il s’agira là d’un moment important pour mettre en avant des politiques qui permettront de relancer l’économie mondiale sur des bases plus saines et équitables.

Nous sommes d’avis qu’à cette occasion, vous devriez adopter une politique d’ouverture favorisant des actions coordonnées entre tous les pays.

D’une part, il sera important de jeter les bases d’un renouvellement du cadre règlementaire international régissant les marchés financier et bancaire. S’il est indéniable que la crise que nous traversons tient son origine dans le manque d’encadrement de ce secteur, une reprise durable ne sera possible qu’avec l’établissement de règles claires. À ce chapitre, nous espérons notamment une action concertée sur le scandale permanent que constituent les paradis fiscaux.

D’autre part, il faudra s’assurer que tous les pays mettent l’épaule à la roue dans un effort de relance de l’économie. Tous doivent s’engager fermement et rapidement.

À cet égard, vous devez être prêt à envisager des mesures de relance plus importantes que celles proposées jusqu’à maintenant. Nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les efforts des autres pays pour relancer notre économie.

Au Canada, depuis le début de l’année 2009, plus de 3 000 travailleuses et travailleurs perdent leur emploi à chaque jour qui passe. Ils sont ainsi plus de 200 000 pour les seuls mois de janvier et février et une grande partie d’entre eux se sont retrouvés au chômage. Combien d’autres sont-ils menacés par la crise actuelle ? On évoque maintenant que le taux de chômage dépassera les
10 %. Une personne sur dix sera alors au chômage.

Le Canada est entré en récession sans un régime adéquat de protection du revenu des travailleurs et des travailleuses qui perdent leur emploi. Il s’agit là d’une différence majeure par rapport aux récessions des dernières décennies. Le droit à la protection du revenu, lorsqu’une pareille conjoncture économique frappe, est une question de dignité humaine.

Le maintien du revenu des salarié-es éprouvés par une perte d’emploi est aussi une condition première du maintien de l’activité économique dans l’ensemble des régions, une condition du maintien des autres emplois et d’un grand nombre d’entreprises.

Cette situation plaide pour une bonification immédiate des conditions d’accès et des prestations d’assurance emploi. Nous sommes d’avis que l’allongement de la durée des prestations, bien que nécessaire, est une mesure tout à fait insuffisante puisque, si elle aide les personnes déjà en chômage, elle n’a aucun effet sur les autres, particulièrement les précaires. Toutes les institutions économiques internationales reconnaissent l’importance, dans la conjoncture, de l’amélioration de la protection du revenu des personnes poussées au chômage. Le gouvernement du Canada doit agir maintenant.

Il doit agir aussi en mettant sur pied le Programme de soutien du revenu pour les travailleuses et les travailleurs âgés victimes de licenciements collectifs ou de fermetures d’entreprise que les centrales syndicales québécoises revendiquent depuis plusieurs années. Il est en effet plus dramatique encore de perdre son emploi quand on a 55 ans ou plus parce que c’est le chômage de longue durée qui nous guette. Le programme que nous réclamons s’adresse à ceux et à celles dont les compétences acquises sont trop éloignées des compétences aujourd’hui requises sur le marché du travail pour pouvoir espérer trouver un jour un emploi véritablement rémunérateur parce que nous considérons que ces personnes, qui ont travaillé dur toute leur vie, doivent pouvoir atteindre l’âge de la retraite dans la dignité.

Enfin, nous croyons que vous devez dès maintenant modifier vos orientations quant aux changements climatiques. D’abord et avant tout parce que la situation climatique commande ce virage, mais aussi parce que la nécessaire relance économique doit être l’occasion de poser les gestes qui permettront de faire face également à la crise environnementale.

Nous avons la conviction qu’un new deal vert pourrait générer des millions d’emplois verts non seulement dans les énergies renouvelables, mais aussi dans le développement de technologies plus propres dans tous les secteurs d’activité. La position actuelle du Canada risque de nous mettre au ban de la communauté internationale et de nuire durablement à l’innovation technologique nécessaire pour faire face à ces défis. À tous points de vue, nous ne pouvons rater un tel rendez-vous avec la communauté internationale.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, nos salutations distinguées.

Michel Arsenault, président de la FTQ
Claudette Carbonneau, présidente de la CSN
François Vaudreuil, président de la CSD