Ouverture sur le monde : le Fonds de solidarité en Afrique

Denise Gagnon, conseillère au Service de l’éducation de la FTQ, avec Mohand Tessa

Denise Gagnon, conseillère au Service de l’éducation de la FTQ, avec Mohand Tessa

Un ami de la FTQ explique l’Islam
On aurait pu entendre voler une mouche tellement l’intérêt des affiliés du Conseil régional FTQ Richelieu était palpable. Leur invité lors d’une récente assemblée générale, Mohand Tessa, a su les captiver avec un sujet qu’il connaît de l’intérieur : l’Islam, cette religion pratiquée par 1,2 milliard de personnes à travers le monde.

Africain, musulman, originaire d’Algérie, Mohand Tessa s’est réfugié au Québec avec sa famille en 1994. Ancien fonctionnaire au ministère du Travail algérien, il met à profit son expérience et ses connaissances du mouvement syndical africain auprès du Fonds de solidarité de la FTQ et de Fernand Daoust. Il contribue au transfert de notre expertise vers les autres pays de la Francophonie, particulièrement ceux du continent africain.

Une aide structurante

Mohand Tessa parle avec enthousiasme de l’œuvre de la FTQ et de son Fonds de solidarité à l’extérieur du Québec, au plan de la solidarité internationale : «La FTQ fait des choses positives, intéressantes et porteuses. Au Sénégal et en Algérie, il se vit actuellement des expériences extraordinairement prometteuses. Un Fonds de solidarité emploi-retraite a vu le jour à Dakar, en octobre 2000 (voir encadré en page 19). Il est dirigé par un Québécois, Normand Caron. Un autre fonds est en gestation en Algérie.»

Ces projets ont suscité l’intérêt de l’Organisation internationale du travail (OIT). Henri Massé s’est rendu à la mi-décembre à Genève pour expliquer aux dirigeants de l’OIT comment fonctionne le Fonds de solidarité et quel est son rôle dans la création et la sauvegarde d’emplois.
Ces actions structurantes de la FTQ et du Fonds – M. Tessa fait aussi référence à la formation syndicale à Haïti, en Amérique latine ou ailleurs en Afrique, particulièrement au Mali – s’adressent en bonne partie au monde musulman, «qui est une réalité complexe et multiple», dit-il.

Préjugés fondés sur la méconnaissance

Depuis le début du XXe siècle, l’Islam a suscité beaucoup de préjugés à cause de notre méconnaissance de cette réalité. Puis, le 11 septembre, tout a basculé. Si les événements de New-York ont profondément touché la population des États-Unis et l’ensemble des pays occidentaux, ils ont aussi bouleversé la société musulmane.

Québécois d’adoption, Mohand Tessa a été touché par le message lancé par la FTQ à cette occasion. Affirmant qu’il faut combattre sans répit le terrorisme et ses causes, la position de la FTQ fait le lien entre le malheur qui a frappé nos voisins et les victimes du fanatisme islamiste en Algérie. Depuis dix ans, plus de 100 000 hommes, femmes et enfants ont succombé aux actions terroristes des intégristes algériens. Les forces vives ont fait l’objet d’assassinats en règle : intellectuels, enseignants, journalistes, syndicalistes, jusqu’au secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Abdelhak Benhamouda, assassiné le 27 janvier 1997 à Alger, sept mois après avoir visité le Québec et la FTQ. Quelque 400 autres militants ont trouvé la mort en Algérie entre 1993 et 1996.

Difficile combat

Fidèle à sa pratique, la FTQ esquisse quelques propositions pour combattre le terrorisme et favoriser la paix, particulièrement au Moyen-Orient : la mise sur pied d’une coalition internationale sous l’égide des Nations Unies, dans le respect du droit international; le combat difficile à mener contre les causes profondes du terrorisme : l’intégrisme religieux, l’intolérance et la haine certes, mais aussi l’ignorance, les inégalités, la misère et l’humiliation.

À sa mesure, à travers ses relations et sa solidarité internationales, la FTQ et son Fonds de solidarité, ainsi que ses affiliés, travaillent dans cette direction. Ce combat interpelle aussi l’ensemble des membres de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), la grande centrale mondiale dont la FTQ fait partie.


Les multiples réalités de l’Islam

Réalité géographique et démographique
Il y a des Musulmans dans une grande partie des sociétés africaines : Maghreb, Sahel, Afrique centrale, Afrique de l’ouest. Et aussi au Moyen-Orient, en Asie, dans les territoires périphériques de l’ancienne URSS, en Indonésie, en Malaisie, au Pakistan, en Inde, en Afghanistan, en Chine ainsi qu’en Europe centrale. Il y en a aussi en France (5 millions), en Angleterre (700 000), en Allemagne (600 000), en Espagne (200 000). À Montréal, ils sont plus de 100 000, surtout des Maghrébins francophones. Au total, dans le monde, il y a 1,2 milliard de Musulmans. Par comparaison, les Chrétiens sont 1,8 milliard et les Juifs 14 millions.

Réalité sociale et économique
Ils vivent en majorité dans des pays en voie de développement, en fait, des pays pauvres, si l’on excepte certains pays pétroliers du Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Koweït, Émirats arabes). Donc, pauvreté, analphabétisme, chômage, situation difficile des femmes, telles sont les réalités de la plupart de ces pays.

Réalité historique
La plupart ont été colonisés depuis le XIXe siècle jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, par les deux puissances d’alors, la France et la Grande-Bretagne.

Réalité politique
Déficit ou absence de démocratie, régimes autoritaires, poids des cultures où survivent encore des conservatismes et des archaïsmes dans les comportements sociaux.


Un premier fonds de solidarité africain au Sénégal

Le Fonds de solidarité emploi-retraite (FSER) sénégalais, le premier du genre en Afrique, démarre ses activités. Le gouvernement sénégalais vient de consentir un prêt de 1,2 million de dollars lui permettant de faire face aux dépenses de fonctionnement des cinq prochaines années.

Le transfert d’expertise engagé depuis octobre 2000 par la FTQ et son Fonds de solidarité se concrétise. Par ses objectifs et sa mission, le fonds sénégalais reproduit substantiellement le modèle québécois du Fonds de solidarité de la FTQ. Le FSER aidera financièrement et techniquement les petites et moyennes entreprises sénégalaises à démarrer ou redémarrer, à consolider leurs opérations et à étendre leur capacité de production. L’aide du Fonds contribuera, comme au Québec, à créer, maintenir et sauvegarder des emplois. Pour les travailleurs et les travailleuses du Sénégal, il s’agira d’un régime complémentaire de retraite.

Selon le confrère Normand Caron, directeur québécois du Fonds, «d’ici 2007, le FSER pense générer entre 2 500 et 3 000 emplois». Mais cela dépendra du nombre des adhésions des travailleurs et des employeurs.

La formation économique y aura également une place de choix.