Métier : poseuse de revêtement souple

Le tour du monde… de la FTQ

Photos : Clément Allard

Photos : Clément Allard

Article paru dans Le Monde Ouvrier, no 109, page 5

« En tant que femme, on doit s’accrocher et être passionnée pour travailler dans la construction! »

Encore en 2014, il faut avoir beaucoup de caractère et une bonne carapace pour travailler en construction. Cindy Morel en sait quelque chose. Sortie de l’école des métiers, il y a 11 ans, elle pratique depuis le métier de poseuse de revêtement souple. Elle s’est rapidement trouvé un emploi dans ce secteur recherché, mais cela n’a pas été de tout repos. « Il y a encore beaucoup de préjugés envers les femmes, tant à l’embauche qu’une fois dans le métier. On pense tout d’abord qu’on ne sera pas capable d’assurer physiquement et on nous mène ensuite la vie dure pour nous décourager et nous pousser vers la porte. »

Sur les quelque 1 300 poseurs de revêtement souple au Québec, à peine un peu plus de 1 % sont des femmes. « La conciliation travail-famille, ce n’est pas évident dans mon métier. Les chantiers débutent souvent vers 6 heures, mais les garderies ouvrent à 7 heures. C’est un casse-tête plus compliqué à réaliser que les dessins les plus complexes de mes planchers! »



Cindy chauffe la tuile pour la ramollir et pouvoir la couper. (Photo : Clément Allard)

Ce métier a beaucoup changé au fil des années, car de plus en plus de matériaux différents sont utilisés : tapis, linoléum, tuiles, lièges, revêtements sportifs, etc.

On prépare d’abord le plancher pour s’assurer que la surface est bien lisse avant d’y appliquer la colle appropriée.

On effectue ensuite le mesurage et le coupage du revêtement de façon méticuleuse, afin de suivre les designs des plans tout en évitant la perte de matériel.

« C’est un challenge quotidien, car contrairement à ce qu’on peut penser, il y a une grande partie de création dans ce métier. On doit suivre des motifs très variés d’un projet à l’autre. C’est aussi une grande fierté et une satisfaction du travail accompli. Je repasse à des endroits et je peux dire : ces planchers-là, c’est moi qui les ai
faits! ».

Plusieurs cordes à son arc



Lors de notre rencontre, Cindy travaillait sur le chantier d’un nouveau centre jeunesse à Lévis. (Photo : Clément Allard)

Cindy a aussi enseigné quelques années à l’école des métiers et milite à la FTQ-Construction où elle occupe notamment le poste de présidente du comité de la condition féminine. « Le syndicalisme, ça m’a toujours intéressée. J’ai d’abord été impliquée dans le comité relève. Je trouve ça important d’apporter dans nos structures les préoccupations des femmes. Nous sommes dans des secteurs différents, mais nous vivons des réalités très similaires. Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer les mentalités, pour attirer plus de femmes dans l’industrie et surtout, qu’elles y restent ? Ces enjeux me passionnent! » Cindy était d’ailleurs invitée comme panelliste à témoigner de son parcours lors du colloque sur les femmes dans la construction, organisé en novembre par la FTQ-Construction.

« Aujourd’hui, j’ai fait mes preuves et on reconnaît mon expertise. Mon implication syndicale c’est aussi pour dire aux plus jeunes de foncer et de s’accrocher, qu’elles sont les seules à pouvoir se mettre des barrières. »

Plus de 600 000 membres, c’est plusieurs milliers de corps d’emplois différents. Des hommes et des femmes qui travaillent dans des usines, des bureaux, des magasins, des entrepôts, des hôpitaux, sur des chantiers de construction, dans les airs, sur mer, les deux pieds sur terre. Dans cette chronique, Le Monde ouvrier vous fait découvrir quelques-uns de ces métiers à travers des rencontres sur le terrain avec leurs artisans.