Métier: opératrice de chargeuse

Lily Gallant, opératrice de chargeuse chez Chantiers Chibougamau

Lily Gallant, opératrice de chargeuse chez Chantiers Chibougamau. Photo: Clairandrée Cauchy

Faire sa place parmi les hommes

Il aura fallu 20 ans à Lily Gallant pour se débarrasser du double standard qui l’incitait à vouloir être parfaite dans son travail chez Chantiers Chibougamau, où on fabrique du bois d’ingénierie.

Elle était la sixième femme à entrer au moulin, membre de la section locale 8644 du Syndicat des Métallos, il y a de cela 17 ans. Aujourd’hui, elle travaille à l’extérieur dans la cour à bois, parfois par grands froids, pour opérer la chargeuse. Elle prend les longs billots de bois et les achemine vers un poste de travail où ils sont coupés en morceaux de neuf pieds.

«Je suis guérie de ma maladie de ne jamais vouloir demander de l’aide. Ça m’aura pris 20 ans. Il a fallu que j’accepte que ça puisse m’arriver d’avoir besoin d’aide, tout comme les collègues hommes. Aujourd’hui, je sais bien qu’une femme est capable de faire le même ouvrage. Je suis fière de ce que je fais», explique la fonceuse d’une voix douce.

Pendant plusieurs années, elle a trouvé cela difficile de faire sa place, même si elle a toujours adoré ce qu’elle faisait. «Une femme, il faut qu’elle donne plus de rendement pour être l’égale de l’homme. Il faut qu’on fasse moins d’erreurs. C’est comme si on se sentait jugée et qu’on voulait toujours donner notre 110%», affirme la travailleuse issue d’une famille de 5 filles, «toutes manuelles».

Il faut dire qu’à son arrivée chez Chantiers Chibougamau, au moulin de sciage, plusieurs opérations demandaient une force physique importante. «Il fallait manier les billots rapidement. Quand la machine venait chercher le paquet de bois, il fallait soulever le bois. C’était très dur. Il y a moins d’opérations physiques comme ça aujourd’hui. Même que nous, les femmes, avons la réputation d’être plus délicates pour manier les machines.»

Travailler dans un milieu traditionnellement masculin

S’exprimant d’une voix toute douce, arborant un discret maquillage, elle est fière d’avoir fait sa place tout en restant elle-même. «J’aime travailler dans un milieu d’hommes et être féminine. Je suis capable d’être les deux, je suis les deux!», s’exclame Lily, qui porte ses gros bas de laine pour travailler dehors.

Le chemin semble mieux tracé pour les femmes qui arrivent aujourd’hui, croit la travailleuse. Une quarantaine de femmes travaillent maintenant à l’usine qui compte 330 personnes syndiquées. «Les jeunes qui entrent acceptent plus la présence des femmes», constate-t-elle. Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’une certaine réserve dans ses échanges avec ses collègues, abordant avec prudence le sujet des relations hommes-femmes.

Fière de sa région

La quinquagénaire rêve aujourd’hui de voir la région de Chibougamau-Chapais retrouver sa vigueur économique d’antan. «J’aimerais que ça redevienne comme avant, avec plus de monde, que ce soit plus vivant. Je suis fière de ma place, j’ai toujours pu travailler ici, gagner ma vie», conclut Lily, originaire de Dolbeau-Mistassini au Lac-Saint-Jean.

Elle salue l’action de son syndicat pour la création et la préservation des emplois. «La compagnie et le syndicat s’entendent bien. Je suis fière de voir que mon syndicat est capable de communiquer et aussi de foncer quand c’est le temps. C’est pas juste de la confrontation, ça me plaît», observe Lily, dont la section locale vient de conclure un contrat de six ans en juin dernier.

Photos: Clairandrée Cauchy

Chronique métier, Monde ouvrier, no 117 (septembre-octobre 2016), page 4.