Métier : habilleuse

Le tour du monde… de la FTQ

Photos : Clément Allard

Photos : Clément Allard

Article paru dans Le Monde Ouvrier, no 106, page 5

Rina Campion est habilleuse pour le Grand Théâtre de Québec et pour la Ville de Québec depuis 1993. Ancienne diplômée de littérature française, elle a exercé plusieurs métiers, dont l’enseignement du français langue seconde et le secrétariat, avant de plonger dans l’univers des costumes. Elles sont cinq habilleuses pigistes de la région de Québec à être syndiquées à la section locale 523 de l’Alliance internationale des employés de scène, de théâtre et de cinéma (AIEST-523).

Elles se déplacent au gré des productions entre le Grand Théâtre, le Palais Montcalm, le Colisée, le Pavillon de la jeunesse ou encore des plateaux de télévision.

Le goût des costumes, l’attrait des matériaux et de la confection font partie de la vie de Rina depuis l’enfance. « Ma mère faisait beaucoup de couture. J’ai appris en la regardant. Si je suis capable aujourd’hui d’improviser, de reproduire rapidement et sans patron un costume brisé, c’est en grande partie grâce à elle. »

Le métier d’habilleuse varie énormément selon les contrats. La scène, le plateau de cinéma ou de télévision ont chacun leurs particularités. Au Grand Théâtre, où Rina travaille principalement, le travail se fait en plusieurs étapes. Elle s’occupe d’abord de la répartition des costumes dans les loges et rencontre ensuite les régisseurs pour bien comprendre le déroulement du spectacle, l’ordre des changements de costumes, autant en loge que sur scène. Viennent ensuite les répétitions avec les changements de costumes avant la première.

« Ces répétitions nous permettent d’avoir un premier contact avec les artistes. C’est important, car on entre dans leur bulle. Un changement de costume, ça doit être planifié au quart de tour, comme une chorégraphie. Nos costumes et nos accessoires sont préalablement placés dans l’ordre des mouvements et des changements qu’on devra faire tout au long de la représentation. C’est vraiment une danse avec l’ensemble des techniciens. »

Une partie du travail consiste également à l’entretien. Presser, repriser, défroisser les costumes. Quand le rideau tombe, elle fait le tour des loges pour s’assurer que tout est en place pour la prochaine représentation.

« C’est un métier vraiment passionnant, dans lequel il n’y a jamais de routine et où on a la chance de faire des rencontres extraordinaires. »

Enfin l’équité !

À la fin de l’entrevue, Rina tient à nous faire part d’une victoire importante remportée par la section locale 523 de l’AIEST pour ses habilleuses. Des travaux en équité salariale ont été menés au Grand Théâtre et à la Ville de Québec il y a quelques années. Dans les deux cas, on a comparé le travail avec des types d’emploi comparables chez les techniciens de scène. Aux deux endroits, la démarche a démontré un manque à gagner de 30 % pour ce métier à 99 % féminin. « La démarche a valu le coup et a prouvé, de manière objective, la réelle valeur de notre métier. »

Plus de 600 000 membres, c’est plusieurs milliers de corps d’emplois différents. Des hommes et des femmes qui travaillent dans des usines, des bureaux, des magasins, des entrepôts, des hôpitaux, sur des chantiers de construction, dans les airs, sur mer, les deux pieds sur terre. Dans cette chronique, Le Monde ouvrier vous fait découvrir quelques-uns de ces métiers à travers des rencontres sur le terrain avec leurs artisans.