Métier : chauffeur de taxi

Wilson Jean-Paul, chauffeur et propriétaire de taxi.

Le Monde ouvrier a rencontré Wilson Jean-Paul, chauffeur et propriétaire de taxi. Photo: Jocelyn Desjardins

Ils sont 22 000 pères et mères de famille à conduire plus de 8500 taxis à travers les 106 agglomérations de taxi que compte le Québec. Au cœur du cocktail de transport public de nos villes, ils luttent à l’heure actuelle contre une concurrence déloyale exercée par une multinationale étrangère. Portrait de Wilson Jean-Paul, chauffeur et propriétaire de taxi.

«Je suis arrivé au Québec en 1991 après une demande de parrainage de ma famille et suis devenu propriétaire de taxi trois ans plus tard», raconte Wilson Jean-Paul, membre du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM-Métallos).

«À Port-au-Prince, j’étais mécanicien. Ça a toujours été ma passion. Mais ici, il me fallait mes cartes de compétence. Quand j’ai vu que plusieurs personnes autour de moi se procuraient des permis de taxi, ça m’a intéressé d’autant plus que je savais que mes connaissances en mécanique allaient m’aider.»

«Le travail avec le public a été une découverte pour moi. On embarque dans des sujets, on débat, on nous fait souvent des confidences. Parfois, on réconforte des gens. C’est un travail honnête qui rend fonctionnel. On arrive à dégager ce qu’on pense à force de discuter tout en apprenant un tas de choses des autres.»

«Un jour, un client m’a dit que je devais être un homme heureux et riche parce que je suis toujours en contact avec des gens. Il avait raison : c’est une grande richesse de pouvoir voir autant de gens. Quand j’aurai 70 ans, il va falloir que je me trouve quelque chose pour continuer d’être en contact avec une multitude de gens.»

Wilson Jean-Paul milite depuis le début des années 2000 pour la défense des droits et des intérêts des chauffeurs et propriétaires de taxis et limousines. Il tire une fierté de cet engagement soutenu. «On travaille fort et tout ce qu’on veut, c’est que le gouvernement soit derrière les travailleurs de taxi du Québec. On veut qu’il reconnaisse ce qu’on fait comme une profession. Et ça implique de faire du RTAM Métallos une véritable association professionnelle pour que les travailleurs soient aussi défendus et entendus que les organisations patronales. Le 31 janvier dernier, nous étions près de 1000 chauffeurs au Collège de Maisonneuve à participer à une assemblée du RTAM. Un tel rassemblement ne s’était jamais vu depuis l’abolition des ligues du taxi.»

Le principal défi en ce moment est dans la lutte au transport illégal. «Je n’aurais jamais cru qu’une multinationale viendrait défier les lois du Québec comme Uber le fait à l’heure actuelle. Tant et aussi longtemps qu’on ne trouvera pas une solution à ce problème, l’avenir du taxi est incertain.»

Chauffeur et propriétaire de taxi depuis 22 ans, Wilson Jean-Paul reste un mécanicien dans l’âme. Chaque fois qu’il aborde une situation, il tient à avoir tous les outils. «Pour lutter contre une multinationale comme Uber, il nous fallait des outils puissants : une organisation forte capable de déposer des recours juridiques contre une multinationale.» Le RTAM Métallos a déposé une injonction contre Uber et d’autres recours juridiques contre le gouvernement du Québec et Uber. «Si on continue, on va gagner. Il ne faut pas lâcher. Il faut être solidaire de notre lutte et ne pas utiliser de transporteurs illégaux», conclut Wilson Jean-Paul.

Texte de la chronique métier du Monde ouvrier du dernier numéro.
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Photos: Jocelyn Desjardins