Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence - APPEL ET ENGAGEMENT DES ORGANISATIONS SYNDICALES CSD CSN CSQ FTQ FIIQ SFPQ SPGQ

Montréal, 10 octobre 2000 – A l’occasion de la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence, et en cette journée dévolue au thème de la redistribution de la richesse, les quatre centrales syndicales, CSD, CSN, CSQ et FTQ, et les organisations syndicales, FIIQ, SFPQ et SPGQ, ont lancé un appel pressant au premier ministre Lucien Bouchard afin que son gouvernement adopte une loi-cadre pour l’élimination de la pauvreté. Elles ont aussi pris l’engagement de travailler ensemble pour contrer la violence dans les milieux de travail et de rendre publics régulièrement les résultats de cette démarche commune.

Éliminer la pauvreté, une priorité
Lors d’une conférence de presse, à Montréal, elles ont rappelé que 200 000 personnes et plus de mille organismes ont demandé, le printemps dernier, que le gouvernement se dote d’un plan d’action de lutte à la pauvreté. Leur demande est également portée actuellement par la Marche mondiale des femmes, car l’indigence n’est pas une fatalité mais plutôt l’oeuvre de choix budgétaires et économiques qui peuvent être influencés.

À ce chapitre, l’État se doit d’être un instrument de solidarité sociale et de redistribution de la richesse. En tout premier lieu, affirment les centrales et organisations syndicales, le gouvernement doit augmenter incessamment le salaire minimum gelé depuis deux ans et les barèmes de l’aide sociale. Pour vivre au-dessus du seuil de pauvreté, il serait nécessaire de relever le salaire minimum à 8.50$ et de hausser significativement les barèmes de l’aide sociale.

Au Québec, les familles et les personnes seules qui n’ont pour vivre que l’aide sociale ou qui travaillent au salaire minimum de 6.90$ l’heure n’arrivent tout simplement pas à joindre les deux bouts. Les centrales et organisations syndicales affirment qu’en cette période de croissance économique soutenue, le gouvernement ne peut se permettre de continuer à cautionner cela par ses propres politiques.

Elles pressent en outre le gouvernement de rencontrer les représentants du Collectif pour l’élimination de la pauvreté et de la Marche mondiale des femmes et d’entreprendre des travaux pour l’élaboration d’une loi-cadre afin que tous les programmes et politiques du gouvernement, y compris la politique fiscale, tiennent compte de l’objectif d’éliminer la pauvreté d’ici dix ans.

S’unir pour contrer la violence, un engagement syndical

Non seulement elles ont demandé au gouvernement d’agir mais, aussi en tant qu’acteurs sociaux, elles ont décidé de prendre un engagement dans le cadre de la Marche mondiale des femmes. A compter de maintenant, les quatre centrales syndicales, la CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ ainsi que la FIIQ, le SFPQ et le SPGQ travailleront à contrer la violence dans les milieux de travail. Ils partageront le maximum d’informations et d’expériences.

Depuis plusieurs années, les organisations syndicales se préoccupent de la violence dans les milieux de travail. Plusieurs ont produit des brochures d’information et effectué des recherches. La dernière étude, celle que viennent de terminer des chercheuses du Centre pour l’étude des interactions biologiques entre la santé et l’environnement (CINBIOSE) de l’UQAM, en collaboration avec la CSN, la CSQ et la FTQ, constate que la violence dans les milieux de travail est banalisée par les employeurs et les collègues de travail et que les femmes, qui en sont victimes, la subissent et l’acceptent en silence. Ce dernier point avait été aussi souligné dans l’enquête menée par la FIIQ en 1995.

Le fait d’être l’objet de menaces, d’humiliations, de harcèlement de la part d’un(e) collègue ou d’un(e) supérieur(e) ou encore le fait de devoir subir morsures, insultes ou coups de la part de la clientèle est, dans bien des milieux, considéré comme faisant partie intégrante des conditions de travail. Cette violence, et particulièrement la violence psychologique, qui rend pourtant malade, est niée et difficile à faire reconnaître par la CSST. En dépit de cela, entre 1990 et 1998, les statistiques de la CSST indiquent que 17 899 lésions attribuables à la violence en milieu de travail ont été reconnues, dont 69,4 % étaient de nature physique et 28 % de nature psychique.

On ne connaît encore que la pointe de l’iceberg de ce phénomène social grave parce qu’il demeure caché. C’est pour cela que les sept organisations syndicales ont décidé d’unir leurs efforts et de rendre public régulièrement le résultat de leur travail afin de cesser de banaliser cette violence et afin de la prévenir et de la contrer par un travail d’information, de soutien et d’intervention. Ainsi, au-delà de leur participation à la Marche mondiale des femmes, ces sept organisations syndicales veulent donner une suite tangible à la revendication de contrer la violence faite aux femmes.