Manœuvres suspectes à l'usine Worldbest de Drummondville : La FTQ prévient les dirigeants chinois qu'ils devront respecter les travailleurs québécois et leur syndicat

Drummondville, le 22 septembre 2004 – « Ils pourraient bien changer cinq fois le nom de la compagnie et essayer de remplacer des salariés québécois par des travailleurs chinois, quand l’usine rouvrira ses portes le syndicat continuera de représenter les travailleurs », a déclaré ce matin le secrétaire général de la FTQ, M. René Roy, lors d’une manifestation tenue devant l’usine de textile Worldbest à Drummondville.

« Les lois du Québec protègent l’accréditation syndicale dans un tel cas et cette société d’État chinoise devra apprendre à vivre avec nos lois du travail », ajoute M. Roy. Le dirigeant de la FTQ rappelle que la compagnie a changé récemment sa raison sociale pour celle de Synatex et qu’elle construit actuellement, près de son usine, un immeuble destiné à loger et à nourrir des travailleurs chinois qui doivent venir de Shanghai.

L’usine a fermé ses portes en mai dernier, temporairement selon l’employeur, une semaine après la signature de la première convention collective avec le Syndicat du vêtement, du textile et autres industries (SVTI), affilié à la FTQ. Depuis lors, le syndicat n’arrive pas à savoir quand les activités pourront reprendre.

Une histoire de fausses promesses

Le 13 juin 2001, Investissement Québec et Worldbest annonçaient, dans un communiqué commun, l’installation à Drummondville de la première usine en Amérique du Nord construite par une compagnie de la République populaire de Chine. L’entreprise bénéficiait d’une aide financière de 3,5 millions $ du Québec et d’un prêt de 10 millions d’Ottawa. En plus, elle pouvait compter sur l’aide du conseil municipal de Drummondville qui dépensait plus de 3 millions $ pour les infrastructures nécessaires au bon fonctionnement de l’usine.

Le communiqué précisait que ces investissements permettraient la création de 380 emplois permanents sur deux ans. Les dirigeants chinois promettaient également que les travailleurs seraient payés selon le salaire moyen du marché, soit 14 $ l’heure. Qu’en est-il après 3 ans?

- Jamais le nombre de salariés, syndiqués et autres, n’a dépassé 150;

- Le salaire moyen est demeuré à 12 $ l’heure;

- En décembre 2003, Worldbest mettait à pied la moitié des travailleurs de l’usine;

- En mai 2004, deux jours après avoir annoncé son intention de ne pas fermer et une semaine après avoir signé une convention collective avec le syndicat, l’employeur mettait à pied les 90 travailleurs syndiqués encore à son emploi pour une période indéterminée.

Changement de nom

En juillet dernier, l’employeur convoquait le syndicat afin de préparer la réouverture de l’usine. Les salariés devaient alors recommencer à travailler de façon partielle à compter du 16 août et à temps plein à compter de septembre. Que s’est-il passé?

- Le 16 août, l’employeur faisait volte-face et déclarait qu’il n’était plus question de rouvrir immédiatement;

- Worldbest abandonnait quelques jours plus tard sa raison sociale pour celle de Synatex;

- Parallèlement, la compagnie continuait la construction d’un immeuble à logements devant abriter et nourrir de nouveaux arrivants de Shanghai.

« En plus d’avoir profité de l’argent de tous les paliers de gouvernement, il semble bien que Worldbest tente de se débarrasser du syndicat et de ses travailleurs pour les remplacer par de nouveaux arrivants chinois. Il faudra expliquer aux gens de Drummondville et de la région comment cette situation servira l’économie locale. Un tel comportement n’a absolument pas sa place au Québec », conclut M. Roy.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.