Des luttes déterminantes pour le Québec

Illustration d'Éric Godin sur les luttes à venir

Illustration: Éric Godin

Alors que l’activité parlementaire reprend à Québec et à Ottawa, les prochains mois seront fort chargés, mais aussi très déterminants pour le mouvement syndical et pour l’ensemble de la population québécoise et canadienne. En effet, plusieurs des luttes que nous menons sur différents fronts pourraient connaître des dénouements qui changeront certainement le visage du Québec.

Pour son édition de la rentrée, Le Monde ouvrier donne la parole à Daniel Boyer et Serge Cadieux, respectivement président et secrétaire général de la FTQ, afin qu’ils nous parlent de ces enjeux importants.

«Le modèle québécois, unique en Amérique du Nord, mais aussi dans le monde, s’est construit au cours des dernières décennies par des femmes et des hommes qui avaient la vision d’une société différente, basée sur la justice sociale et une plus grande équité entre les riches et les pauvres», expliquent d’entrée de jeu les confrères Boyer et Cadieux.

Pour les leaders syndicaux, le parallèle avec les luttes que la FTQ et ses syndicats affiliés mènent actuellement est clair. «Que ce soit la bataille pour le salaire minimum à 15$ l’heure, celle pour la bonification des régimes de retraite ou encore l’interdiction des clauses de disparité de traitement, nous ne les menons pas uniquement pour les 600 000 membres de la FTQ, mais pour l’ensemble de la société québécoise.»

À l’aube des élections provinciales, ceux-ci font d’ailleurs le pari que le gouvernement de l’austérité passera en mode social et que nous aurons peut-être la chance d’enfin récolter les fruits d’années de mobilisation et d’action politique. Du côté fédéral, à mi-mandat, le gouvernement de Justin Trudeau sera aussi à l’heure des bilans et des annonces.

«Ensemble, nous avons été sur tous les fronts : sur le terrain avec nos membres, à l’Assemblée nationale et au Parlement, dans les bureaux de comtés, auprès de nos alliés de la société civile. Nous avons fait nos devoirs et nous avons défendu, argumenté et porté nos messages. Cette année sera déterminante et nous avons plus que jamais besoin de votre engagement et de votre détermination.»

Les Québécois ne veulent pas être les plus pauvres au pays



Dans le dossier du Régime de rentes du Québec (RRQ), la FTQ exhorte Québec de signer l’entente de Vancouver afin de bonifier le RRQ pour que les retraités québécois n’obtiennent pas moins que les autres Canadiens. «C’est une question de justice et de bon sens», plaide Serge Cadieux en rappelant que le Québec est la seule province qui n’a pas signé cette entente prévoyant un ajustement à la hausse des prestations de retraite versées à tous et à toutes. La FTQ, qui mène avec ses alliés la bataille pour la bonification du régime public de retraite depuis 2009, s’attend à ce que le gouvernement dépose prochainement un projet de loi répondant à ses revendications.

Signez la pétition qui a déjà récolté plus de 30 000 signatures : ftq.qc.ca/petition-rrq.

Réduire les inégalités sociales

Inquiète de l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, la FTQ a lancé, en 2016, une importante campagne pour le salaire minimum à 15$ l’heure. Depuis, le confrère Boyer a été de toutes les tribunes pour faire bouger le gouvernement. «La mobilisation a porté fruit e t a fait bouger Québec, mais pas assez, affirme-t-il. Si nous voulons réellement réduire les inégalités sociales, mieux répartir la richesse et permettre à tous les Québécois et Québécoises de vivre décemment, nous devons augmenter le salaire minimum à 15$ l’heure. Et à nos détracteurs, nous répondons avec études à l’appui que cela profitera à l’économie locale et la relancera, car les sommes supplémentaires gagnées seront réinvesties dans les commerces de proximité et non dans les paradis fiscaux. Nous poursuivrons cette lutte jusqu’à ce que le gouvernement entende raison, car nous refusons de vivre dans une société qui accepte qu’un travailleur à temps plein ait besoin de recourir aux banques alimentaires», s’indigne le président de la FTQ.

Mettre fin aux discriminations



Une autre des campagnes menées par la FTQ est celle contre les clauses de disparité de traitement qui affectent injustement les jeunes. «Cette pratique discriminatoire est déjà interdite par la Loi sur les normes du travail, mais doit être mise à jour, car elle comporte une faille importante qui permet aux employeurs d’imposer des reculs dans les régimes complémentaires de retraite (RCR) et les assurances complémentaires de santé (ACS)», explique Serge Cadieux.

La FTQ mène cette bataille avec ses syndicats affiliés qui ont connu plusieurs conf lits de travail importants sur ces clauses au cours des dernières années. «Nous avons fait beaucoup de travail sur le terrain et de représentations politiques auprès des élus sur ce dossier. Les partis à l’Assemblée nationale sont unanimes pour rejeter cette injustice intergénérationnelle et nous nous attendons à ce que le gouvernement libéral entende raison et corrige cette situation en modifiant la loi», affirme le confrère Cadieux.

Signez la pétition : ftq.qc.ca/petition-cdt.

Le message lancé par les porte-parole de la FTQ est sans équivoque : «Si nous gagnons ces luttes, c’est parce que la grande famille de la FTQ, nos syndicats affiliés, nos conseils régionaux et nos membres, ont été derrière nous. Ils sont restés debout pour défendre le modèle de société que nous souhaitons collectivement laisser à nos enfants. Plusieurs luttes seront à mener au cours des prochains mois et des prochaines années pour défendre nos valeurs. C’est un rendez-vous que nous vous donnons, car c’est ensemble qu’on peut faire une différence».

Texte paru dans Le Monde ouvrier, no 122, page 1.