Louis Laberge: «Une figure remarquable du syndicalisme québécois» —Jacques Rouillard, historien

Louis Laberge

Jacques Rouillard, le principal historien du mouvement syndical québécois, dépeint l’ancien pré- sident de la FTQ, Louis Laberge comme «une figure marquante du syndicalisme québécois».

Dans un récent entretien public avec son collègue Éric Bédard, l’historien Jacques Rouillard rappelait que «Laberge a dirigé la FTQ pendant une période très mouvementée de l’histoire du Québec marquée dans les années 1960 et 1970 par une recrudescence du militantisme syndical, une radicalisation du discours de la ‘‘centrale’’ et une sensibilité nouvelle par rapport au nationalisme québécois».

Syndicaliste à 19 ans

L’historien rappelle que Louis Laberge, né en 1924, est le huitième d’une famille de dix enfants établie à Montréal sur le Plateau Mont-Royal. Il est embauché dans un chantier naval à 19 ans, où il participe à la mise sur pied du syndicat affilié à l’Association internationale de machinistes (AIM). Son militantisme précoce lui vaut un congédiement.

Quelques mois plus tard, on le retrouve à Canadair, toujours membre de l’AIM. Il y gravira les échelons syndicaux, devenant secrétaire-archiviste à 23 ans, délégué au conseil des métiers et du travail de Montréal, dont il deviendra président en 1956. Après les grandes fusions syndicales, il devient président du Conseil du travail de Montréal, poste qu’il occupe jusqu’en 1964, alors qu’il devient président de la FTQ. Rouillard rappelle qu’à «l’époque où Laberge prend sa direction en 1964, la FTQ est loin d’être une centrale syndicale. Créature du Congrès du travail du Canada (CTC) comme il en existe dans chacune des provinces canadiennes, elle est une ‘‘succursale du CTC au Québec’’».

Énergie et charisme

«Il a fallu beaucoup de doigté à Laberge pour naviguer à l’intérieur d’une structure syndicale très décentralisée où l’autorité de la FTQ est loin d’être assurée […] Les qualités exceptionnelles de leadership de Laberge contribuent significativement à ce que la FTQ dépasse largement le rôle et les pouvoirs inscrits dans ses statuts […] Il combine une énergie, un charisme et des réflexes qui rejoignent les travailleurs de la base.»

Rouillard évoque aussi le compagnonnage de Louis Laberge et de Fernand Daoust, élu secrétaire général en 1969. «Ce sont deux personnalités fort différentes, mais qui se complètent. Ce ‘‘tandem improbable’’ selon l’expression de l’auteur et ancien conseiller syndical André Leclerc, entre ‘‘le pragmatique et le rêveur’’ permet une complémentarité qui sera tout à l’avantage de la gestion et de la construction de la centrale.»

Rouillard ne manque pas de rappeler le rôle crucial joué par Laberge dans la création du Fonds de solidarité en 1984, alors qu’on venait de vivre des années sombre de récession et de chômage. Il rappelle les mots du syndicaliste qui estimait alors que «la protection de l’emploi et l’amélioration de l’emploi, c’est devenu aussi important, sinon plus, que la protection et l’amélioration des conditions de travail et de salaire.»

Une société plus égalitaire

L’historien conclut que «son travail n’a pas seulement consisté à défendre les travailleurs syndiqués, mais les revendications acheminées par la FTQ au gouvernement québécois ont contribué à une transformation profonde de la société québécoise au bénéfice de l’ensemble des travailleurs et travailleuses. Grâce à l’action syndicale, la société québécoise protège mieux ses salariés et est devenue plus égalitaire que les autres sociétés nord-américaines qui l’entourent. Par son travail acharné et ses qualités de leader, Laberge y a contribué avec passion et détermination.» Cet entretien tenu à la Grande Bibliothèque en février était organisé par la Fondation Lionel-Groulx et il sera diffusé sur les ondes de MAtv l’automne prochain. On trouve également sur le site internet de la Fondation, un texte qui résume les propos de l’historien ce soir-là au www.fondationlionelgroulx.org.