Les syndicats au Tchad - Une continuelle course à obstacles

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Secrétaire général de l’UST depuis 1991, Djibrine Assali Hamdallah est formateur pour la FTQ en Afrique francophone. (Photo : Serge Jongué)

Secrétaire général de l’UST depuis 1991, Djibrine Assali Hamdallah est formateur pour la FTQ en Afrique francophone. (Photo : Serge Jongué)

Si le militantisme syndical n’offre pas beaucoup de répit au Québec, imaginez ce que cela représente pour l’unique dirigeant et seul employé à temps plein d’une centrale syndicale au Tchad!

C’est le cas de Djibrine Assali Hamdallah, secrétaire général de l’Union des syndicats du Tchad (UST). À lui seul, il administre et gère la centrale qui représente 46 000 membres : 26 000 dans les services publics et 20 000 dans le secteur privé formel, c’est-à-dire le traitement du coton, la production du sucre, la fabrication de la bière, le bâtiment et la construction d’infrastructures pour le transport du pétrole.

Au Tchad, plus de 90 % de la population de 7 millions d’habitants travaille dans le secteur informel non syndiqué : l’agriculture et l’élevage. Mais ce n’est pas d’hier qu’un mouvement syndical organisé existe dans ce pays d’Afrique centrale qui a hérité de plusieurs «créatures» du système français.

Né en 1946, le syndicalisme tchadien a subi plusieurs secousses et transformations depuis l’indépendance de 1966. Affrontant coups d’état et régimes militaires successifs, les syndicats ont procédé à des fusions pour mieux organiser leur résistance et développer leur autonomie par rapport au gouvernement.

La démocratie et la liberté syndicale s’installent peu à peu mais elles sont fragiles. Les employeurs harcèlent les syndicalistes : retenues sur le salaire, refus d’organiser les élections syndicales prévues dans la loi, déplacements de personnel et même obligation de démissionner.Au début des années 90, une série de grèves donnent lieu à des arrestations et à des assassinats. Les bureaux de l’UST sont occupés par les forces de l’ordre. Des centaines de militants syndicaux perdent leur emploi.

«En 1994, les syndicats ont réclamé et obtenu une conférence nationale de toutes les organisations de la société civile pour peaufiner un projet de société. Nous avons bénéficié du soutien du syndicalisme international et notamment de la FTQ», se rappelle le confrère Assali.

Des résultats
Cette démarche a abouti à des résultats : plus d’un millier de travailleurs réintégrés; paiement des arrérages de salaires; pacte social assurant la liberté syndicale et un régime salarial; observatoire national indépendant pour des élections démocratiques.

Les syndicats du Tchad participent au développement d’une société où la liberté et la justice sociale sont à l’ordre du jour. Ce qui nous semble aller de soi, au Québec, relève de combats quotidiens au Tchad : la défense des droits, une presse indépendante, les droits des femmes, la lutte contre la pauvreté font l’objet de revendications incessantes.

En août dernier, une grève générale de trois jours avait pour but de réclamer au gouvernement la négociation d’une nouvelle convention collective générale et de lui rappeler certains de ses engagements, entre autres le versement régulier des salaires, le respect des droits syndicaux et des droits sociaux.

Au plan économique, les choses bougent aussi, malgré les obstacles. Après avoir refusé de s’impliquer, les syndicalistes tchadiens se mêlent maintenant de l’exploitation et de la gestion des gisements de pétrole, une ressource très abondante. «Nous avons réclamé et obtenu des garanties pour l’environnement et pour un juste bénéfice à la population, précise M. Assali. Le gouvernement a mis en place un organisme de gestion de la ressource impliquant la société civile, dont les syndicats.»

La politique de présence des syndicats porte aussi ses fruits au Tchad.