Les infirmières auxiliaires veulent retrouver leur liberté d'association

Raymond Forget, vice-président de la FTQ

Raymond Forget, vice-président de la FTQ

Québec, le 25 mars 2004 – Près de mille militantes et militants ont participé à une manifestation devant l’Assemblée nationale le jeudi 25 mars pour donner leur appui aux infirmières auxiliaires qui réclament de retrouver leur liberté d’association syndicale. La manifestation était organisée par la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, le Syndicat canadien de la fonction publique de la FTQ et le Syndicat québécois des employées et employés de service de la FTQ.

Au début de la semaine, des infirmières auxiliaires, venues de toutes les régions du Québec, ont organisé une vigile devant l’Association des hôpitaux du Québec à Montréal. Cette vigile a duré 30 heures, marquant ainsi l’opposition des infirmières auxiliaires à la loi 30 qui les affecte particulièrement. Rappelons que la loi concernant les unités de négociation dans le secteur des affaires sociales et le régime de négociation dans le secteur public est globalement contestée devant les tribunaux par l’ensemble des organisations syndicales québécoises qui soutiennent, entre autres, que cette loi va à l’encontre des chartes des droits et libertés.

Dans le cadre de leur plan d’action, les infirmières auxiliaires ont commencé à signer individuellement un message au ministre Couillard dans lequel elles réclament d’exercer le droit d’opter pour une autre forme de regroupement syndical que celui que leur impose la loi 30. Des milliers de signatures ont déjà été recueillies.

En décembre dernier, malgré les protestations généralisées des organisations syndicales, le ministre Couillard a opté pour la proposition émanant de l’AHQ qui force les infirmières et les infirmières auxiliaires à se regrouper dans la même unité syndicale, une situation unique en Amérique du Nord.

« Notre mobilisation ne s’arrêtera pas là! La loi 30 est foncièrement antisyndicale et elle est particulièrement odieuse pour le groupe des infirmières auxiliaires. L’adoption de cette loi est perçue par nos membres comme un geste d’hostilité de la part du gouvernement Charest. Son application va créer d’importants dommages aux relations de travail et c’est l’ensemble du réseau qui risque d’y perdre », a déclaré Pierre Lamy, président de la FSSS-CSN.

Pour sa part, Marcel Girard, porte-parole des syndicats FTQ du secteur de la santé et des services sociaux, a reproché au ministre Couillard son insensibilité à l’égard du personnel réseau. « Il a fait une grave erreur en écoutant uniquement le point de vue d’une organisation patronale comme l’AHQ. Il doit se rendre compte que son approche a généré la colère et la frustration dans le réseau et que l’impact de ses décisions vont miner le moral du personnel et nuire au bon fonctionnement des établissements. S’il a à cœur l’intérêt supérieur du réseau, le ministre Couillard doit reconnaître qu’il a été mal conseillé et revoir sa position », soutient Marcel Girard.

Les infirmières auxiliaires et la loi 30

Depuis plus de 50 ans, les infirmières auxiliaires donnent fièrement des soins de qualité dans nos établissements de santé. Cette profession, il y a quelques années à peine, était menacée de disparaître. Entre 1991 et 2002, 3950 emplois d’infirmières auxiliaires ont été abolis créant une sérieuse pénurie de personnel dans les services infirmiers. Elles ont lutté pour sauver leur profession qui est reconnue comme une clé importante pour répondre aux besoins grandissants de soins de santé.

Plusieurs motifs amènent les infirmières auxiliaires à contester la forme de regroupement syndical que leur impose la loi 30, soit de créer un regroupement unique pour les infirmières, les infirmières auxiliaires et le personnel des services cardio-respiratoires.

- Les réactions des infirmières auxiliaires autant que celles des infirmières indiquent une très forte opposition de la base à ce regroupement forcé.

- Le Québec sera le seul endroit en Amérique du Nord où les infirmières et les infirmières auxiliaires n’auront pas le droit de se constituer en syndicats distincts.

- Regroupées dans un même syndicat, les infirmières et les infirmières auxiliaires seront représentées par deux corporations professionnelles distinctes, dont les rapports sont historiquement conflictuels.

- Les infirmières auxiliaires n’ont pas le même statut professionnel que les infirmières selon la Loi sur les services de santé et les services sociaux, puisqu’elles ne peuvent faire partie du comité des infirmières de l’établissement et ne peuvent siéger au conseil d’administration.

- Face à un effectif de 53 700 infirmières dans le réseau public, les infirmières auxiliaires, dont l’effectif est de 13 731, deviendront un groupe très minoritaire dans les regroupements imposés par le ministre.

- Dans une proportion de 75 %, les infirmières auxiliaires ont choisi d’adhérer à des syndicats affiliés aux centrales syndicales CSN, FTQ qui regroupent l’ensemble des titres d’emploi et des professions du réseau public.

- Seulement 20,7 % des infirmières auxiliaires font partie des syndicats indépendants FIIAQ et APIIAQ qui regroupent uniquement des infirmières auxiliaires. Ce sont les seules organisations qui ont approuvé l’amendement du ministre.

- Les infirmières auxiliaires ne peuvent oublier l’histoire récente durant laquelle l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, l’Association des hôpitaux et le MSSS ont voulu éliminer leur profession, sauf dans les soins de longue durée.

- Les infirmières auxiliaires doivent encore combattre pour faire leur place dans le réseau, particulièrement dans les centres hospitaliers et les CLSC.

- L’adoption en 2003 de la Loi sur les actes professionnels dans la santé et d’importants travaux conjoints sur la planification de la main-d’œuvre en soins infirmiers ont ouvert la voie à une meilleure collaboration au sein des équipes soignantes et à moins de tensions interprofessionnelles. Notons que l’on retrouve dans ces équipes soignantes des infirmières, des infirmières auxiliaires, des préposé-es aux bénéficiaires et, dans les CLSC, des auxiliaires familiales et sociales.

- Les progrès demeurent fragiles et il faut craindre les effets d’une cohabitation forcée et non désirée par les infirmières auxiliaires ainsi que par les infirmières dans un même regroupement syndical. Il devient de plus en plus évident que la structure syndicale imposée par l’AHQ et le ministre Couillard éveillera des frictions et des tensions qui n’ont plus raison d’être, créera la pagaille et fomentera la division entre professions.

- Fondamentalement, la formule syndicale imposée par le ministre Couillard est antidémocratique parce qu’elle ne respecte pas la volonté des infirmières auxiliaires et des infirmières de se constituer en syndicat selon leur désir et leur affinité.