Les formes du militantisme d'actionnaire

Le militantisme d’actionnaire vise donc à modifier le comportement de l’entreprise en la forçant à adopter de meilleures pratiques et une régie d’entreprise efficace. Il peut prendre plusieurs formes. Les actionnaires peuvent tout simplement retirer leur appui financier à l’entreprise en vendant leurs actions ou choisir une entreprise en fonction de critères spécifiques. Ils peuvent aussi rencontrer ou écrire aux dirigeants de l’entreprise et tenter de faire modifier le comportement non souhaité. Dans la mesure où l’entreprise ne répond pas aux représentations des actionnaires, ceux-ci peuvent présenter une proposition à l’assemblée des actionnaires.

La vente des actions de l’entreprise
La vente des actions d’une entreprise est souvent le résultat d’une insatisfaction de l’actionnaire de la performance passée, des perspectives futures de rendement ou encore d’une décision sur les orientations futures de l’entreprise, par exemple, le choix d’une diversification dans un nouveau secteur de l’économie ou encore l’achat ou la vente d’un actif important.

La vente d’actions peut aussi s’inscrire dans une campagne plus globale pour inciter les entreprises à modifier leur comportement. Ainsi, dans les années 1970 et 1980, la campagne pour l’abolition de l’apartheid a amené plusieurs caisses de retraite, dont CalPERS et NYCERS, à vendre les actions des entreprises qui investissaient en Afrique du Sud. Suite à cette campagne, plusieurs entreprises américaines importantes ont annoncé leur retrait de l’Afrique du Sud telles Coca-Cola, IBM et Boeing.

D’autres raisons poussent certaines caisses de retraite à vendre ou à ne pas acheter des actions de certaines entreprises parce qu’elles sont par exemple très polluantes ou qu’elles utilisent le travail des enfants. À l’opposé, certaines caisses de retraite expriment leur militantisme en favorisant l’achat de titres d’entreprises ayant des objectifs partagés par la caisse, par exemple la localisation de l’entreprise (investissement local) ou la promotion des minorités au sein du personnel ou des hauts dirigeants de l’entreprise.

Les filtres d’investissement
Lorsqu’on utilise des critères autres que le rendement et le risque dans le choix des titres détenus dans un portefeuille, on utilise ce qui s’appelle des filtres d’investissement. Parmi les principaux filtres utilisés, il y a ceux reliés à l’environnement, au travail des enfants, aux relations et au droit du travail, au développement régional ou encore aux droits de l’homme.

L’utilisation de ces filtres peut varier d’une organisation, d’une caisse de retraite ou d’un fonds mutuel à l’autre. Deux grandes stratégies sont utilisées. Certaines organisations éliminent carrément de leur portefeuille les entreprises ne répondant pas à certains critères éthiques. D’autres, au contraire, évaluent les entreprises en incluant dans leurs critères de sélection un ou plusieurs filtres pour ensuite choisir les meilleures entreprises d’un secteur économique donné. Dans ce dernier cas, on ne demande pas aux entreprises d’être parfaites. Cependant, en investissant dans les entreprises les mieux cotées d’un secteur économique, on encourage les bons comportements et on pénalise les entreprises dont le comportement est le moins conforme aux critères retenus.

Au Québec, l’utilisation d’un filtre d’investissement est très peu répandue. Rares sont les caisses de retraite qui utilisent, dans le choix de titres ou de catégories d’actifs, des critères autres que financiers. Toutefois, au moins deux exemples existent pour le filtre du développement régional. La mission de la Caisse de dépôt et placement prévoit le développement économique du Québec et il en va de même pour le Fonds de solidarité de la FTQ.

Plusieurs gestionnaires offrent des fonds qui utilisent des filtres d’investissement comme des fonds environnement, des fonds petite capitalisation ou encore des fonds Québec. Ces fonds sont généralement achetés à titre individuel et parfois offerts à des participants à des instruments d’épargne retraite collectif (REER ou régime à cotisations déterminées).

L’investissement socialement dirigé
L’investissement socialement dirigé constitue la forme la plus active du militantisme d’actionnaire. L’investissement socialement dirigé est un investissement direct dans des instruments de placement visant en priorité des objectifs sociaux. Les promoteurs d’un tel instrument de placement ont directement un objectif social. La priorité des investisseurs demeure la protection de l’actif des caisses de retraite et le rendement espéré par le placement qu’ils feront. Cependant, dans la mesure où le risque et le rendement espéré sont équivalents à un autre placement, les responsables de la caisse de retraite peuvent aussi favoriser un placement ayant des caractéristiques particulières parce qu’ils partagent les objectifs sociaux visés.

Prenons l’exemple d’un portefeuille d’hypothèques ayant comme caractéristique d’être garanti exclusivement par des unités de logements sociaux. Plusieurs caisses de retraite pourraient être intéressées par un tel investissement dans la mesure où le rendement espéré et le risque leur sont acceptables. Aux États-Unis, certaines caisses syndicales de retraite ont encouragé ainsi le développement de logements sociaux. D’autres appuient le secteur syndiqué de la construction. Certaines tentent d’encourager l’économie locale en investissant dans la petite entreprise ou encore dans des institutions financières coopératives ou sous contrôle syndical.

Ces investissement sont tout à fait acceptables dans la mesure où les investissements socialement dirigés sont faits par les caisses de retraite dans le cadre d’objectifs financiers précis et dans la mesure où ces investissements s’inscrivent dans une politique de diversification.