Les esclaves oubliés de la canne à sucre

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Nous connaissons la République dominicaine pour ses plages qui accueillent les touristes occidentaux en mal de soleil et d’exotisme. Mais nous avons tendance à oublier le verso sombre de la carte postale dominicaine : des milliers d’Haïtiens exploités par l’État dominicain et les compagnies sucrières. La situation sanitaire, économique, sociale et humaine de ces travailleurs agricoles et de leurs familles – environ 500 000 personnes – est si dramatique que le qualificatif d’esclavage moderne s’applique sans hésitation à leur condition.

Durant la Zafra, la récolte de la canne à sucre, les Haïtiens et les Dominicains de descendance haïtienne (appelés braceros) travaillent dans les plantations de 12 à 14 heures par jour, 7 jours sur 7, sous un soleil de plomb et dans des conditions physiquement insupportables, pour 60 pesos par jour, soit 4,37 $ CA. Durant les 6 mois de la coupe, ces esclaves récoltent 120 000 tonnes de canne sous l’œil menaçant de gardes armés censés décourager toute velléité de fuite.

À leur arrivée, les Haïtiens sont parqués dans des bateyes, sorte de campement de travail, qui s’apparentent plus aux bidonvilles qu’aux villages ouvriers, et où dominent la promiscuité et le manque d’hygiène (absence de toilettes, d’égouts, d’eau courante et potable), l’insécurité et les infections (malaria, diarrhée, tuberculose, virus HIV).

La zafra terminée, en demeurant dans les bateyes, ils rejoignent le lot des travailleurs illégaux et deviennent susceptibles d’être expulsés à tout moment. En fait, quelque 2 500 personnes par mois sont rapatriées de force. Les hommes sont séparés de leur famille et celle-ci, isolée dans le batey, est réduite à une pauvreté extrême.

Oubliés à la fois de leur pays d’origine et de leur pays d’accueil, ignorés autant des touristes bronzant à quelques kilomètres des bateyes que des médias ignorants de la situation, les braceros ne peuvent compter que sur l’aide de quelques ONG, tel le Comité québécois pour la reconnaissances des droits des travailleurs haïtiens en République dominicaine. Fondé à Montréal en 1987, cet organisme sans but lucratif a pour mission de sensibiliser la population à cette triste situation. Pour information ou pour organiser une conférence : (514) 523-2434 ou cqrdthrdinc@sprint.ca