Les conservateurs se préparent-ils à museler les syndicats?

Photo : Clément Allard

Photo : Clément Allard

Lettre d’opinion de Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ, parue dans Le Devoir aujourd’hui.

Attaquée par un ministre du gouvernement fédéral sur la légitimité de sa participation aux débats politiques, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) juge que le débat a pris une tournure malsaine pour la démocratie. Depuis la semaine dernière, le ministre Denis Lebel est sur toutes les tribunes pour attaquer le droit des syndicats d’utiliser les cotisations de leurs membres afin de participer aux débats politiques et électoraux.

Fanfaron, il ajoute même que les leaders syndicaux devraient se présenter aux élections s’ils veulent y participer. On se demande d’où lui vient cette conception tordue d’une démocratie dans laquelle seuls sont habilités à participer aux débats ceux qui s’affichent comme candidats.

Son message est que l’utilisation des cotisations syndicales par les syndicats devrait être strictement encadrée. Est-il en train de nous dire que les conservateurs d’Harper n’hésiteront pas à légiférer pour museler les syndicats ? Pourtant, la participation des syndicats aux débats politiques, en période électorale ou pas, est un fait quotidien et accepté de longue date dans tous les pays démocratiques. La FTQ tient même sa création en 1957 de cette évidence : les syndicats l’ont créée pour participer aux débats publics.

Un projet de loi inutile

Mais face à un possible quatrième mandat électoral du Parti conservateur, la question se pose. Car depuis 2006, toutes les occasions ont été bonnes pour sévir contre le mouvement syndical. Son gouvernement a imposé des lois spéciales pour casser la mobilisation chez Air Canada et à Postes Canada. Il a également fait adopter le projet de loi C-525 qui fera en sorte de faciliter la désyndicalisation du personnel du secteur public fédéral.

Dans sa diatribe, le ministre Lebel cite le projet de loi C-377 qui est actuellement discuté au Parlement fédéral. Ce projet de loi exige que les syndicats fournissent leurs renseignements financiers au ministre pour qu’il puisse les rendre publics. Autrement dit, que les syndicats dévoilent tout, alors que rien n’est exigé des organisations patronales.

Fait à noter, ce texte de loi a fait l’unanimité contre lui. Tous les partis d’opposition ainsi que le Sénat, pourtant dominé par des conservateurs, sont contre. Cela s’explique assez simplement : les lois prévoient déjà l’obligation pour les syndicats de divulguer leurs états financiers à leurs membres. Et c’est ce qu’ils font.

Qui intimide qui ?

En terminant, voir M. Lebel jouer aux victimes et prétendre que la FTQ tente de l’intimider en jouant de ses « gros bras » est, à l’évidence, une grossière manipulation de la réalité. N’est-ce pas son gouvernement qui a muselé les scientifiques de la fonction publique, qui a coupé le financement des ONG de coopération internationale, qui a menacé publiquement les organismes de défense de l’environnement parce qu’ils s’opposaient à ses politiques désastreuses ?

Et quelle ironie de voir M. Lebel, représentant du gouvernement détenant un record des infractions à la loi électorale, écrire que la FTQ « a un passé de délinquance en matière de respect de la loi électorale ». On nous a reproché une brochure contre le programme de l’Action démocratique du Québec (2003), mais la Cour suprême a statué à au moins quatre reprises que l’action politique fait partie de notre mandat. M. Lebel a-t-il oublié que son parti a été condamné pour des appels automatisés visant à induire en erreur les électeurs de ses adversaires et à les conduire, le jour du vote, à une mauvaise adresse de bureau de vote ? Et c’est sans parler du scandale des dépenses des sénateurs conservateurs et de toutes les autres bonnes raisons pour lesquelles un changement de gouvernement est urgent.