L’équité entre les générations : une question de principe!

Serge Cadieux et Daniel Boyer

Photo: Isabelle Gareau

Plusieurs milliers de jeunes travailleurs et travailleuses au Québec font les frais d’un vide législatif qui permet aux employeurs d’offrir des régimes de retraite à deux vitesses. Depuis déjà plusieurs années, nous avons fait de la lutte contre les discriminations intergénérationnelles une priorité, et la FTQ entend profiter des prochains mois pour remettre cet enjeu crucial sur la place publique.

Le 23 octobre dernier, nous avons d’ailleurs lancé un message clair au gouvernement lors d’une conférence de presse à laquelle se sont joints la Commission- Jeunesse du Parti libéral du Québec et Force jeunesse pour demander d’une seule voix la fin des clauses de disparité de traitement en emploi (aussi appelées «orphelin»). Ces alliances ne sont pas chose courante, mais démontrent bien l’urgence d’agir, au-delà de nos allégeances politiques, pour mettre fin à une iniquité injustifiable.

Le gouvernement doit être conséquent

L’équité entre les générations, le gouvernement en revendiquait lui-même le principe en mettant sur pied le Fonds des générations pour ne pas laisser la dette du Québec aux plus jeunes. Aujourd’hui, ce même gouvernement a la chance de mettre un terme à une discrimination systémique qui pénalise les plus jeunes. Nous l’invitons à être conséquent et à tenir un seul discours en matière d’équité intergénérationnelle.

En 2001, le gouvernement a réglé un problème d’iniquité en emploi en légiférant sur les doubles échelles de salaire. À cette époque, les doubles régimes de retraite n’existaient pas. La situation a bien changé ! Les chiffres dévoilés récemment par le Bureau de l’actuaire en chef du Canada sur la couverture des régimes de pension agréés (RPA) sont alarmants. En effet, ceux-ci révèlent une progression effarante des clauses de disparité sur les régimes de retraite. Entre 2004 et 2014, le nombre de participants actifs dans ce genre de régime a augmenté de 18 000 à 581 000. Et nous savons pertinemment que ce chiffre connaîtra une augmentation fulgurante si nous restons les bras croisés.

Au même titre que la lutte menée pour mettre un terme aux doubles échelles salariales, celle des «clauses orphelin» en est une de principe fondamental de justice en emploi. Parce qu’il est indéfendable que les jeunes travailleurs qui entrent sur le marché du travail n’aient pas le même régime de retraite que les employés qui font exactement le même emploi, chez le même employeur. Il est absurde et injuste que la responsabilité de l’équité incombe aux travailleurs et travailleuses en grève ou en lock-out qui perdent leur propre salaire pour défendre des confrères et consœurs qui n’ont pas encore été embauchés. C’est à l’État de prendre cette responsabilité et de légiférer pour interdire cette discrimination systémique.

La FTQ va poursuivre la lutte, maintenir la pression et faire toutes les représentations nécessaires tant et aussi longtemps que cette bataille ne sera pas gagnée. Notre prochain congrès sera également l’occasion de discuter de cet enjeu avec nos confrères et consœurs qui ont mené cette lutte au cours des derniers mois. Des débats qui promettent d’être stimulants!

Solidairement,
Daniel Boyer et Serge Cadieux, respectivement président et secrétaire général de la FTQ

Éditorial paru dans la dernière édition du Monde ouvrier (no 118, novembre-décembre)