Le travail en pièces détachées

Et pourquoi donc le syndicalisme serait-il plus actuel que jamais dans l’histoire? Pour au moins quatre raisons irréfutables: contrer certains des effets nocifs de la mondialisation; lutter contre le travail à la pièce; combattre les conditions de travail dangereuses et parce que seuls face au patron, fût-il le meilleur du monde, la travailleuse et le travailleur sont vulnérables.

L’appauvrissement des pauvres du Tiers-Monde a un effet direct sur les conditions de travail dans les pays dits développés. Chez nous, par exemple. Les entreprises, prétextant que leurs concurrents profitent plus qu’elles de la main-d’œuvre sous-payée des pays pauvres, réclament de leur personnel des concessions de plus en plus grandes . Elles demandent ce qu’elles appellent de la souplesse, de la polyvalence, de la flexibilité. Puis pour faire bonne mesure, elles proposeront un gel des salaires. Et demain, une diminution.

De plus en plus, les entreprises vont tenter, pour économiser, de transformer leur personnel permanent en travailleuses et travailleurs dits autonomes. En pigistes, contractuels, précaires, à temps partiel ou sous-traitants appelés à produire et vendre du travail à la pièce. Elles créent de plus en plus de postes à durée limitée, de postes de travail à la maison, de télé-travail . De plus en plus, travailleuses et travailleurs doivent aussi fournir leur équipement de travail, que ce soit le camion, l’ordinateur, le télécopieur, le local, etc. Ces frais, jadis assumés par l’entreprise, sont de plus en plus reportés sur le dos des pigistes et autres précaires qui, pour sauver la face, préféreront se donner le statut mieux vu de travailleur autonome. De la même façon que, jadis, des mères de familles asservies au ménage, à la cuisine, à la couture et au repassage préféraient le joli nom de reines du foyer à celui, moins valorisant, de ménagères.

Bien évidemment, l’entreprise tire un avantage économique certain de ces pratiques: elle reporte sur une partie de son personnel les responsabilités qu’elle assumait traditionnellement. À l’inverse, le personnel voit ses propres responsabilités et obligations se gonfler et sa situation se fragiliser. Cela, pour une raison simple: il est placé, désormais, en concurrence avec d’autres travailleuses et d’autres travailleurs disposés, faute de mieux, à travailler à des conditions largement inférieures, ailleurs dans le monde. Cela est vrai, comme on l’a vu précédemment, dans le secteur du vêtement, de la chaussure, de l’automobile, de l’informatique, de la comptabilité, etc, etc.

Dans de pareilles conditions, il est bien évident que tout affaiblissement du mouvement syndical, chez nous, se traduit par une détérioration des conditions générales de vie et de travail non seulement ici mais ailleurs: un mouvement syndical faible ne pourrait agir, en solidarité avec les travailleuses et travailleurs du Tiers-Monde, pour améliorer leurs conditions, comme le font, avec d’autres grandes organisations syndicales dans le monde, les centrales syndicales québécoises, la CSQ et la FTQ, par exemple, notamment dans les pays francophones d’Afrique et en Haïti.

Il était une fois un si beau pays…
Haïti était un si beau pays qu’on l’a appelé la Perle des Antilles.

Mais à la tête du pays, longtemps, il y eut des dictateurs féroces. Ils se sont appelés Duvalier père, puis Duvalier fils, aussi surnommé Baby Doc. Dans le pays, la misère totale. La désespérance. Jusqu’à ce que le peuple se fâche, en 1986, et boute dehors du pays le Baby Doc et son entourage. Le grand déchoukage, disait-on.

Ce fut alors fête au village. Peu après, on organisa une campagne électorale, puis de vraies élections. En masse, le peuple élit, comme président, le père Jean-Bertrand Aristide, affectueusement appelé Titid. Un homme de petite stature qui aimait parler, tout doux, en paraboles. Et pour la première fois depuis longtemps dans le pays, on chanta et dansa des chansons et des danses de vraie espérance. Avec Titid, [tout au moins le Titid de cette époque hélas révolue…] ce serait la fin des tontons-macoutes, ces bandits en civil qui défendaient brutalement les dictateurs contre le peuple.

Ce serait, aussi, la reconstruction du mouvement syndical, avec l’appui de syndicalistes québécois notamment de la CSQ et de la FTQ.

C’était trop beau pour être vrai: en 1991, un général-dictateur du nom de Raoul Cedras lâcha ses soldats contre le gouvernement de Titid qui s’en tira par miracle: les généraux ont d’habitude la gâchette facile!…

Les prisons haïtiennes, quant à elles, se remplirent à nouveau. Et parmi les prisonniers, des syndicalistes, les dirigeants syndicaux et leur rêve fusillé par le nouveau dictateur.

On leur donnait peu de chances de sortir vivants des cachots jusqu’à ce que la solidarité intersyndicale entre en action. Cette fois-là, avec la collaboration d’Amnistie Internationale, les syndicalistes québécois, toujours en lien avec leurs collègues haïtiens, réussirent à sortir les prisonniers syndicalistes des griffes de la dictature .

Tiré de La vraie vie
ce que tout jeune devrait savoir
sur le monde du travail
et qu’on ne lui dit pas!

Crédits:
Chargés de projet: Luc Allaire et Guy Brouillette
Rédacteur principal: Jacques Keable
Collaborations: Louis Fournier, France Laurendeau, Michel Blondin, Nicole De Sève, Jean Martin, Christian Payeur, Jean-Claude Tardif et Pierre Tellier.