Le temps n’est pas venu…

Par Daniel Boyer, président de la FTQ

S’il y a une chose avec laquelle nous sommes d’accord, c’est que les députés de l’Assemblée nationale ne sont pas trop payés. Leur charge de travail, leurs nombreuses responsabilités et la comparaison avec les autres législatures canadiennes sont autant d’arguments favorables à une révision à la hausse de leurs conditions de travail. Comme le souligne Bernard Descôteaux dans son éditorial Le temps d’agir (5 mars 2015), de sérieux ajustements sont nécessaires et le rapport indépendant L’Heureux-Dubé leur donne tous les outils nécessaires pour procéder de façon non partisane. Mais de notre point de vue, contrairement à ce qu’avance M. Descôteaux, le temps n’est pas venu d’agir.

Il s’est écoulé plusieurs décennies entre le moment où des études ont identifié la flagrante injustice salariale qui sévissait, et qui sévit encore, entre les femmes et les hommes et le moment où le gouvernement du Québec a décidé de passer à l’acte avec l’adoption de la Loi sur l’équité salariale en 1996 (dont l’application concrète a requis plus d’une décennie de tractations). On doit le souligner non parce qu’il s’agit d’un exemple à suivre, au contraire, mais plutôt parce les députés sont juges et partie dans le choix de leur propre traitement salarial, il n’est donc pas inutile de rappeler les réalités de la négociation des conditions de travail.

Lorsqu’on négocie des conditions de travail, il y a une chose que l’on apprend à la dure : ces conditions sont toujours tributaires d’une conjoncture donnée. Le gouvernement voudrait augmenter de 40 % la rémunération de ses ministres occupés à sabrer les dépenses publiques, en abolissant des emplois, en réduisant la rémunération réelle des employés du secteur public et en portant atteinte aux services publics, en particulier ceux accessibles aux moins nantis. C’est tout simplement indécent.

Que le rapport L’Heureux-Dubé pointe une situation qu’il faut corriger on en convient, même si plusieurs aspects de l’affaire méritent discussion. Par exemple, le fait que ces mêmes députés ont imposé une répartition 50-50 des déficits de caisses de retraite qui étaient pourtant en bien meilleure santé que la leur (projet de loi no 3 sur les retraites des employés municipaux). Pourquoi ne pas s’administrer, en toute logique, la même médecine de cheval? Un certain sens de l’honnêteté et de l’éthique s’impose.

D’autres rapports tout aussi indépendants, notamment ceux de l’Institut de la statistique du Québec, pointent vers un retard salarial de plus de 7 % entre les employés du gouvernement du Québec et le secteur privé comparable. C’est sans même oser la comparaison avec les secteurs publics municipal et fédéral où l’écart est beaucoup plus important. Or, le gouvernement ne semble pas considérer qu’il y a là urgence d’agir, au contraire, puisqu’il a déposé une offre salariale dans le cadre des négociations en cours qui revient ni plus ni moins à accroître le recul salarial, en termes réels, des employés de l’État. Alors, ce qui est bon pour l’un devrait l’être pour l’autre, non?