Le métier de grutier : Un exercice de haute voltige

Christian Tremblay, opérateur spécialisé dans les grues à tour

Christian Tremblay, opérateur spécialisé dans les grues à tour

Sur un chantier de construction, la grue est devenue incontournable. Tout gravite autour de cet équipement. C’est le grutier qui assure le transport de tous les matériaux : boîte de clous, madriers, panneaux de gypse, portes et fenêtres, etc. Parfois, comme ce fut le cas lors de la construction de la nouvelle aluminerie d’Alma, une centaine de grutiers sont à l’œuvre à bord de camions-flèches, de camions-nacelles, de grues mobiles, conventionnelles ou hydrauliques et de grues à tour, comme celle que l’on voit sur le chantier de la FTQ présentement. Dans ce cas, il s’agit d’un véritable exercice de haute voltige pour le grutier.

«La grue à tour, c’est comme un gros manège, dit Yves Derosby, directeur de la section locale 791G des grutiers de l’Union des opérateurs de machinerie lourde. Ça prend un don, un grand contrôle, un haut degré de responsabilité pour opérer cette machine-là. Ça prend un cœur solide, un caractère spécial, une nature particulière. C’est vraiment une spécialité dans le métier.»
Christian Tremblay, avec ses 17 années de métier, en parle comme d’une affaire toute naturelle : « Bien sûr, il ne faut pas avoir peur des hauteurs. Et ça prend une bonne vision. Il faut être calme et avoir confiance.» Christian a grandi sur les chantiers de construction. «À 68 ans, mon père travaille encore comme grutier. J’allais sur les chantiers avec lui et des fois je montais avec lui dans la cabine.»

À 15 ans, Christian commence à travailler comme journalier. Au milieu de la vingtaine, il décroche un certificat de compétence et obtient son premier emploi de grutier pour la construction d’un édifice de 28 étages. Aujourd’hui, à 43 ans, il parle toujours de son métier avec une lueur dans les yeux.

La journée du grutier
La journée du grutier commence à 6 h 45. Il entame la montée des 220 marches qui le séparent de la cabine située tout en haut de la tour de 65 mètres (220 pieds). Une dizaine de minutes plus tard, il est à son poste, dans le silence de la cabine avec pour seul compagnie le vent. « Il faut entendre les bruits de la machine, explique Christian. « Si quelque chose ne va pas, il faut le sentir, l’entendre. C’est pour ça que je n’écoute pas la radio. »

Christian ne quittera son siège qu’au moment où on l’avisera, d’en bas, que son quart de travail est terminé, à 15 h. Les pauses, il a décidé de ne pas les prendre : « Pour la bonne marche du chantier, j’accepte de les sauter. Mais le temps passe vite quand même.» Il mange donc entre deux manœuvres et touche une prime pour les pauses non prises. Même la vessie est soulagée sur place…

La grue qu’il opère sur le chantier de la FTQ soulève 30 tonnes. C’est ce que pèse une benne remplie de ciment. Transporter cette seule charge, plus de trois cents fois par semaine, à partir d’en haut, au bout d’une flèche de 60 mètres (185 pieds), ça prend de la collaboration au sol et toute une coordination. Dans ce genre d’opération, la tour de la grue oscille au maximum de son amplitude, c’est-à-dire de 60 centimètres (deux pieds) dans chaque direction.

Pour cela, l’opérateur est en contact continuel avec deux signaleurs : un premier situé au niveau de la rue, près du camion, un autre à l’étage où le ciment doit être livré. Les communications par radio-émetteur sont constantes entre ces trois ouvriers. « On est une équipe, dit Christian Tremblay. S’ils n’étaient pas là, je ne pourrais pas fonctionner. Et quand il y a plusieurs grues sur un même chantier, les opérateurs s’entendent entre eux pour prioriser le travail et éviter les accidents.»

C’est ainsi que le grutier fournit aux dizaines d’ouvriers, de la charpente à la finition en passant par la mécanique du bâtiment, les matériaux nécessaires à l’érection de la nouvelle tour FTQ.