L’arrondissement Ahuntsic-Cartierville prend un virage sécuritaire et… vert!

L’arrondissement Ahuntsic-Cartierville prend un virage sécuritaire et… vert!

Deuxième rangée : Michelle Lapointe et Bryan Legresley. Première rangée : Sylvain Turcotte, Maxime Tremblay, Gilles Locas et Christian Blain. Photo: Normand Blouin

Si vous habitez Montréal, vous les avez surement croisés dans votre quartier. Ils sont une soixantaine d’élagueurs et élagueuses à la Ville de Montréal, dont douze dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville où Le Monde ouvrier s’est rendu afin de faire un reportage sur une initiative qui a porté ses fruits en matière de prévention de la santé et de la sécurité du travail.

Les élagueurs travaillent à l’entretien des arbres et sont particulièrement affairés ces deniers temps à l’abattage des frênes pour limiter la propagation de l’agrile, un insecte ravageur introduit accidentellement par le commerce international dans les années 1990. Les élagueurs sont aux prises avec des types de blessures récurrentes bien spécifiques à la nature répétitive de leur travail et aux outils qu’ils doivent utiliser quotidiennement. On parle ici d’épicondylites, de tendinites, de problèmes musculo-squelettiques, etc., dus notamment aux vibrations et au poids des scies, ainsi qu’aux mouvements répétitifs à accomplir.

Leur travail consiste principalement à l’élagage des arbres situés sur les domaines publics : les terre-pleins, les parcs ou les jardins afin d’assurer la meilleure conservation possible des arbres en les débarrassant des branches mortes, nuisibles ou dangereuses, ou en les abattant le cas échant. Les demandes proviennent de la Ville ou encore de citoyens ou citoyennes qui constatent des problèmes sur leur terrain.

Régler le problème à la source

L’idée a germé l’année dernière au comité de santé et de sécurité de la section locale 301 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-301) à la suite de la visite d’un ergonome venu rencontrer les travailleurs et travailleuses pour discuter des problèmes qu’ils rencontraient et des blessures et accidents de travail les plus courants dans leur métier.

Le poids des scies avec lesquelles travaillent les élagueurs, au sol ou encore en grimpant dans les arbres, a rapidement été identifié par l’ergonome comme une des principales sources de blessures et d’accidents. Le comité de santé et de sécurité avait déjà discuté de la possibilité d’utiliser des scies moins lourdes et moins polluantes et certains travailleurs avaient commencé à travailler avec des scies électriques pour une partie de leurs tâches qui se font au sol.

Le comité de santé et de sécurité du travail a donc poursuivi le travail auprès de l’employeur afin d’étendre cette pratique en fournissant aux travailleurs et travailleuses de nouvelles scies électriques avec batterie lithium-ion utilisables également en hauteur, lorsque les élagueurs doivent grimper dans les arbres. Aujourd’hui, bien que l’on utilise encore les scies à essence pour plusieurs tâches quotidiennes, l’utilisation des scies électriques avec batterie dans l’arrondissement est chose courante.

«Aucun outil n’est parfait pour accomplir l’ensemble d’un travail, mais nous accomplissons aujourd’hui plus de 70 % de l’élagage avec des scies électriques avec batterie. C’est un réel progrès qui a changé le quotidien de nos membres et amélioré de façon concrète la santé et la sécurité au travail tout en éliminant les dangers à la source ! Et nous sommes à l’aube de changements technologiques dans ce secteur. Il n’est pas du tout farfelu de penser que d’ici quelques années, d’autres modèles de scies électriques avec batterie permettront d’accomplir l’ensemble des tâches», explique le représentant en prévention au SCFP-301, Jean Désy.

Des gains importants en matière de santé et de sécurité

On croit souvent à tort que le métier d’élagueur fait partie de la catégorie des métiers « verts », mais avec les scies à essence, les travailleurs et travailleuses se retrouvent à respirer directement les gaz d’échappement émis par les moteurs. Quant au bruit, non seulement les scies électriques avec batterie réduisent les dangers reliés aux niveaux des décibels, mais cela augmente nettement la qualité de la communication entre les travailleurs qui peuvent dorénavant s’entendre sans être obligés d’arrêter le moteur des scies.

Un autre aspect non négligeable est le fait que les élagueurs n’ont plus à redémarrer mécaniquement les moteurs plusieurs fois par jour, ce qui occasionnait une grande partie des blessures récurrentes aux épaules et aux bras. En effet, les scies électriques avec batterie ne nécessitent pas de redémarrage manuel et font beaucoup moins de vibrations.

Le travail est aussi beaucoup plus sécuritaire parce que, même si le travailleur oublie de mettre le frein d’arrêt, la scie électrique, contrairement à celle à essence, s’arrête automatiquement.

Les avantages des scies électriques

  • Moins polluantes;
  • Plus sécuritaires;
  • Moins bruyantes;
  • Moins de vibrations;
  • Ne nécessitent pas de mouvements répétitifs de démarrage.

On a ici un exemple parfait de l’adage populaire en santé et sécurité du travail qui est que la meilleure solution est de travailler conjointement, employeurs et syndicats, à réduire les dangers à la source*. Bravo à la section locale pour cette initiative qu’on souhaite bien exporter dans les autres arrondissements de la Ville de Montréal…

Merci à Jean Désy, représentant en prévention au SCFP-301, pour avoir rendu cette entrevue possible.

Texte du supplément À la source paru dans le dernier numéro du Monde ouvrier.
Télécharger la dernière édition du Monde ouvrier.

* La section locale tient à remercier Guy Verpaelst pour avoir cru en ce projet.