La situation des femmes : une amélioration contrastée

Il est reconnu que la situation économique des femmes est de façon générale plus précaire que celle des hommes, notamment à cause la discrimination salariale. Nous n’avons qu’à nous rappeler les batailles épiques pour l’équité salariale de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) contre le gouvernement fédéral ou celle du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP) contre Bell Canada. De plus, la concentration plus grande des femmes dans des secteurs d’activité où les salaires et les avantages sociaux sont moindres augmente cette précarité économique. La précarité économique n’est cependant pas l’exclusivité des femmes. Les jeunes connaissent aujourd’hui la précarité dans l’emploi mais les femmes sont trop souvent doublement affectées, notamment parce que ce sont très souvent elles qui arrêtent ou mettent en veilleuse leur carrière lors de la naissance des enfants.

La précarité économique vécue par les femmes tout au long de leur vie de travail affecte nécessairement leur situation au moment de la retraite surtout parce qu’elles auront moins épargné. Quelques statistiques suffissent pour confirmer ce dont tous et toutes se doutaient. Ainsi, au Canada, en 1997, les contributions moyennes à un REER sont de 4 643 $ par contribuant âgé entre 25 et 65 ans et de seulement 3 303 $ pour les contribuantes. En plus de cette plus faible contribution, les femmes sont nettement moins nombreuses à contribuer. Seulement 34 % des femmes ayant rempli une déclaration d’impôt en 1997 ont contribué à un REER alors que 43 % des hommes l’avaient fait, et plus de la moitié des femmes (54 %) n’avaient aucune contribution à un REER et aucun facteur d’équivalence (FE), donc aucune épargne pour la retraite.*1

La capacité d’épargner des femmes reflète leur situation économique sur le marché du travail. Ainsi, en 1997, le revenu moyen des hommes était de 46 674 $ alors que celui des femmes était de 30 718 $.*2 Cependant, si le revenu moyen des femmes représente 65,8 % du revenu moyen des hommes, leurs cotisations annuelles à un REER représentent 71,1 % de celles des hommes. Donc, pour les femmes contribuant à un REER, l’épargne retraite en fonction du revenu était supérieure à celle des hommes. Quelles sont les raisons qui amènent certaines femmes à ne faire aucune épargne pour la retraite et d’autres à en faire proportionnellement plus que les hommes ?

Nous pouvons probablement trouver une explication au premier volet de la question dans la situation personnelle des femmes. Ainsi, dans une brochure du Conseil du statut de la femme,*3 on explique en partie la pauvreté relative des femmes de 65 ans et plus en comparaison des hommes de 65 ans et plus par le fait «qu’elles étaient absentes du marché du travail.» Une autre partie de l’explication vient également du fait «que les métiers où se concentraient les femmes étaient sous-estimés, mal rémunérés et souvent sans régime de retraite». Pour ce qui est du deuxième volet de la question, il faudrait des études plus approfondies pour expliquer pourquoi certaines femmes épargnent relativement plus que les hommes.

Les statistiques de 1995 de la RRQ montrent que le taux de participation des femmes dans un régime complémentaire de retraite est à peine inférieur à celui des hommes, soit 45,2 %.*4 Mais, selon des données canadiennes, pour les contribuables entre 25 et 65 ans, les femmes ont un facteur d’équivalence plus faible que celui des hommes, respectivement 3 778 $ et 5 019 $ en 1997.*5

Toujours selon les données de la RRQ (1995), la très grande majorité des femmes (83,7%) participe à des régimes du type salaire des meilleures années ce qui devrait normalement leur procurer des rentes intéressantes.*6 Mais parce que ce type de régime donne des rentes en fonction du revenu, la différence de salaire entre les femmes et les hommes se répercutera dans les rentes à venir. De plus, le bénéfice de retraite dans un tel régime est très sensible à un bris de service. Étant donné qu’aujourd’hui encore, ce sont les femmes qui ralentissent leur carrière pour les premières années suivant la naissance des enfants, ce sont ces dernières qui subiront une réduction de leur bénéfice de retraite à cause d’un bris de service. Heureusement, le Régime de rentes du Québec a prévu une telle situation et permet au parent qui demeure à la maison avec des enfants d’âge préscolaire de déduire ces mois du calcul de sa rente de retraite, ce qui annule tout impact négatif sur la rente de la RRQ.*7

Les femmes étant plus nombreuses que par le passé sur le marché du travail, elles sont aussi plus nombreuses à recevoir des rentes du Régime de rentes du Québec. Une étude de la RRQ constate qu’en 1997, 51,6 % des femmes de 65 ans et plus touchent une rente de la RRQ par rapport à 14,7 % en 1977. Cependant, ce pourcentage demeure encore largement inférieur à celui des hommes : plus de 90 % d’entre eux touchent une rente de la RRQ.

En 1996, il y a encore beaucoup de femmes de 65 ans et plus qui reçoivent le Supplément de revenu garanti (SRG), soit une femme en couple sur trois et deux femmes seules sur trois. Étant donné que le SRG est un régime d’assistance financière, il n’est pas surprenant de constater que 37,6 % des femmes de 65 ans et plus vivent sous le seuil de faible revenu.*8

Que réserve le futur pour les femmes ? Étant donné que les femmes sont plus nombreuses à participer à la population active, elles seront donc plus nombreuses à participer au Régime de rentes du Québec. De plus, l’écart entre le revenu des hommes et celui des femmes s’étant réduit, on peut s’attendre à ce que le revenu des femmes à la retraite s’améliore sensiblement dans le futur. Par ailleurs, les femmes sont beaucoup plus présentes que les hommes dans les emplois à statut précaire et dans des secteurs où les régimes privés sont moins présents. Il y aura donc là des efforts de négociation à faire si l’on veut véritablement améliorer la situation des femmes à la retraite.

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*1. Statistique Canada, 1999, p. 42.
*2. Revenu Canada, Statistiques sur le revenu, édition 1999 (année d’imposition 1997), tableau 6.
*3. Conseil du statut de la femme, Des nouvelles d’elles : les femmes âgées du Québec, 1999,
*4. Régie des rentes du Québec, 1998, p. 10.
*5. Statistique Canada, 1999, p. 42.
*6. Régie des rentes du Québec, 1998, p. 10.
*7. Conseil du statut de la femme, 1999, p. 24.
*8. Idem, p. 26