La relance de la Gaspésia à Chandler - Une belle victoire de la solidarité

Manifestation devant le siège social de l’Abitibi-Consol à Montréal, le 26 novembre 1999. Le secrétaire général de la FTQ, René Roy, déclare alors que la FTQ et le SCEP vont livrer bataille «jusqu’à la réouverture de la Gaspésia».

Manifestation devant le siège social de l’Abitibi-Consol à Montréal, le 26 novembre 1999. Le secrétaire général de la FTQ, René Roy, déclare alors que la FTQ et le SCEP vont livrer bataille «jusqu’à la réouverture de la Gaspésia».

C’était le 26 novembre 1999 à Montréal, sous une petite pluie automnale, en face du siège social de l’Abitibi-Consol, à l’édifice de la Sun Life. Devant plusieurs centaines de manifestants, dont 250 venus par train de Chandler en Gaspésie, le secrétaire général de la FTQ, René Roy, dénonçait la fermeture sauvage de l’usine Gaspésia : « La FTQ et le SCEP vont livrer une bataille acharnée jusqu’à la réouverture de la papeterie. Les travailleurs ont bâti cette entreprise depuis près de cent ans et elle leur appartient. La FTQ va se battre avec eux pour sauver leur coin de pays. Notre force, c’est la solidarité ! »

Deux ans plus tard, le 17 décembre dernier, on annonçait officiellement à Chandler la relance du moulin ouvert en 1916. Ce projet majeur de modernisation, évalué à 465 millions de dollars, permettra de fabriquer du papier couché de haute brillance, une première en Amérique du Nord. Le Fonds de solidarité de la FTQ investit 70 millions de dollars dans le projet. Ses partenaires Tembec et SGF-Rexfor y vont de 35 millions chacun. Les gouvernements fournissent une contribution substantielle.

Prévue pour mai 2004, la réouverture de la Gaspésia procurera 265 emplois directs. D’ici là, plus de 600 personnes travailleront au réaménagement des lieux. Un autre projet local, qui créera 150 emplois, serait en bonne voie de se réaliser : celui de l’usine de panneaux gaufrés du groupe gaspésien GDS. Le Fonds de solidarité pourrait aussi y être associé.

Une lutte syndicale
Lors de l’annonce à Chandler, le premier ministre Bernard Landry a reconnu : « Ce dénouement est dû essentiellement aux travailleurs et à leur dirigeant syndical, Denis Luce, qui attache pour toujours son nom au mot solidarité.» Le président de la section locale 1313 du SCEP, Denis Luce, dit de son côté : « C’est la solidarité syndicale qui nous a permis de gagner la bataille, celle du syndicat local, du SCEP, de la FTQ et du Fonds de solidarité.»

Le confrère Luce a joué un rôle majeur dans cette longue lutte en vue de la réouverture de la Gaspésia, avec un gros coup de pouce de Clément L’Heureux, vice-président du SCEP, et de Henri Massé, président de la FTQ. «Le plus difficile, dit-il, a été de maintenir le moral des troupes et de garder notre monde ici à Chandler. Environ 20 % de nos membres sont partis travailler à l’extérieur, mais plusieurs sont prêts à revenir s’il y a de l’ouvrage. Ceux qui sont restés en attendant la relance travaillent notamment à des projets en forêt et dans la communauté avec l’aide d’Emploi Québec.»

Le syndicat local a négocié une nouvelle convention collective de longue durée (de 2004 à 2012), mais sans concessions salariales. Seules des modifications mineures ont été apportées à certains avantages sociaux.

« Le creux de la vague est passé, conclut Denis Luce en bon Gaspésien qui aime la mer. Nous sommes maintenant plus optimistes quant à l’avenir. Pour ma part, c’est ma confiance dans le mouvement syndical qui m’a aidé à passer à travers.»

Sa persévérance et son courage vont rester un exemple pour tous les syndicalistes.