La FTQ et la tragédie américaine : Il faut combattre sans répit le terrorisme et ses causes - Henri Massé et René Roy

Les auteurs sont respectivement président et secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Le 11 septembre, aux États-Unis, des travailleurs et des travailleuses sont morts sur leurs lieux de travail, victimes innocentes du terrorisme, du fanatisme, de la barbarie. Parmi eux, au moins un millier de nos camarades syndiqués américains, dont plusieurs sont membres de syndicats qui sont également présents au Québec où ils sont affiliés à la FTQ. Des pompiers, des employés d’entretien d’édifices, du personnel professionnel et de bureau, des employés de cafétérias, de restaurants et de stationnements, des travailleurs des communications, des fonctionnaires fédéraux, des ouvriers du bâtiment, des agents de bord, des pilotes, tous membres de syndicats affiliés à l’AFL-CIO, la grande centrale américaine avec laquelle la FTQ a noué, depuis longtemps, des relations fraternelles. C’est d’abord à ces hommes et à ces femmes, ainsi qu’à toutes les autres victimes de cette hécatombe et à leurs familles, que vont notre solidarité et notre compassion.

Ensuite, c’est au peuple américain que nous exprimons notre solidarité la plus entière, tout en dénonçant cet anti-américanisme primaire qui voudrait nous faire croire que le pays victime de ces attentats inhumains est, au fond, responsable de ce qui lui arrive. Bien sûr, les dirigeants des États-Unis ne sont pas sans reproches et font l’objet de critiques justifiées, à commencer par celles de leurs propres citoyens car c’est un grand pays libre et démocratique. En diabolisant l’Amérique, vue comme le Grand Satan, on risque fort de se transformer, consciemment ou non, en alliés objectifs du terrorisme et du fanatisme islamiste.

Or, pour nous, aucun engagement politique, aucune revendication ne peuvent justifier de tels actes de barbarie. Le fanatisme islamiste a déjà fait assez de morts, notamment parmi nos camarades syndicalistes dans plusieurs pays, en particulier en Algérie. Ce terrorisme aveugle et abject, il faut désormais le combattre sans répit.

D’où la nécessité de mettre sur pied cette grande coalition internationale contre le terrorisme, sous l’égide des Nations unies et de son Conseil de sécurité. L’éradication du terrorisme partout dans le monde doit être le fruit d’une action concertée des nations, dans le respect du droit international, et ne pas dépendre du bon vouloir d’un seul pays, si puissant et si meurtri soit-il. La riposte doit être adaptée et bien ciblée contre les réseaux terroristes, incluant les mesures militaires appropriées dans les circonstances. Il faut toutefois résister à tout engrenage de la violence guerrière qui pourrait conduire aux plus graves conséquences pour les populations civiles.

Un autre combat à mener

Au-delà de cette nécessaire et difficile bataille, il y a un autre combat à mener, plus difficile encore, contre les causes profondes de ce terrorisme : l’intégrisme religieux, l’intolérance et la haine, certes, mais aussi l’ignorance, les inégalités, la misère, l’humiliation.

Le peuple américain et l’ensemble de la communauté internationale, en particulier les pays riches du Nord comme le nôtre, doivent prendre conscience que l’organisation des rapports sociaux, économiques et politiques au niveau mondial doit entrer dans une nouvelle ère. Ce combat interpelle aussi les syndicats membres de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), la grande centrale mondiale dont la FTQ fait partie. Il nous interpellera très bientôt lors de notre prochain congrès en novembre à Québec, qui porte sur les défis du syndicalisme à l’heure de la mondialisation.

Que faire en effet pour bâtir un monde meilleur, plus égalitaire entre le Nord et le Sud, où la richesse sera mieux partagée, où la pauvreté et l’exclusion reculeront vraiment? Que faire pour bâtir un monde plus humain, plus tolérant, pacifique et démocratique? Voilà de grandes questions qui appellent autre chose que des réponses simplistes ou des incantations en faveur de la justice et de la paix. Les solutions sont souvent complexes et ardues à mettre en œuvre, mais nous devons y travailler très fort.

Par exemple, que faire pour contribuer à régler le conflit israélo-palestinien? Ce n’est pas faute d’avoir essayé, depuis des années, mais le règlement d’un tel conflit exige des efforts encore plus grands non seulement de la part des États-Unis mais de toute la communauté internationale dont c’est la responsabilité collective. Les Nations unies doivent lancer une nouvelle initiative en faveur d’une paix juste au Moyen-Orient.

Tolérance et confiance

En terminant, nous voulons lancer un appel à la tolérance et au respect mutuel ici au Québec, un appel en particulier à l’esprit d’ouverture envers nos compatriotes arabes et musulmans, envers ces croyants sincères et épris de paix qui souffrent aujourd’hui d’être associés au fanatisme islamiste et désignés comme des boucs émissaires.

Nous voulons aussi lancer un appel à la confiance et à l’espoir à l’heure où la détérioration de la situation économique commence à frapper des milliers de travailleurs et de travailleuses, dont beaucoup de nos membres dans les industries aérienne et aérospatiale. Nous devons tout mettre en œuvre pour sauver le maximum d’emplois, relancer l’économie et sauvegarder ainsi de précieux acquis sociaux que tant de gens nous envient de par le monde.

Nous espérons que la justice et la démocratie sortiront grandies de cette terrible épreuve et que la vie refleurira sur les ruines de la mort.