La dette publique : pas de panique!

(Article paru dans Le Monde Ouvrier, no 110, page 5)

En novembre dernier, le Collège FTQ-Fonds offrait une formation intitulée Fiscalité 101 : comprendre les finances publiques. Au cœur de la formation, la dette publique démystifiée par notre invité, Éric Pineault, professeur à l’UQAM.

S’endetter, c’est mal vu… Nous contractons des dettes pour payer la maison, la voiture, les meubles, etc. Et nous devons rembourser nos dettes. Les États ne sont pas assujettis aux mêmes contraintes : ils ne meurent pas et ils ont un pouvoir de taxation considérable. Toutefois, ils doivent refinancer leur dette en vendant des obligations.

Nous et l’État

Qui sont les acheteurs? C’est nous quand nous plaçons nos épargnes ou quand nos régimes de retraite achètent ces obligations. Des Canadiens et des étrangers en achètent également, car ce sont des titres sécuritaires, appréciés dans la gestion d’un portefeuille de placements équilibrés. Comme le montre le graphique ci-dessous, la dette NOUS appartient puisqu’elle est due à 85 % nationalement. On se la doit à nous-mêmes. Elle fait prospérer nos épargnes et nos caisses de retraite. Indirectement, elle contribue à payer des rentes à nos retraités.

les detenteur de la dette du quebec 2013

La dette : trop coûteuse?

Le service de la dette, soit les intérêts que l’on doit payer chaque année, représentait 11 % des dépenses du gouvernement du Québec en 2012-2013. Il vient au 4e rang des dépenses publiques après la santé et les services sociaux (37 %), l’éducation et la culture (22 %), l’économie et l’environnement (13 %). Quand les taux d’intérêt sont élevés, le poids de la dette augmente. Et ces taux dépendent des évaluations du risque d’investissement réalisées par les agences de notation privées comme Standard & Poor et Moody’s. Plus le risque est élevé, plus les taux d’intérêt seront élevés.

Le Québec : peu endetté

Le Québec est moins endetté que plusieurs pays développés tels le Japon, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne et la Finlande. Selon les calculs effectués par l’IRIS1, le ratio de la dette sur le PIB place le Québec au 15e rang des pays les moins endettés parmi les 20 pays de l’OCDE2 retenus.

L’obsession du déficit zéro

Le Québec a connu un relatif équilibre budgétaire (revenus = dépenses) de 1998-1999 à 2008- 2009. Depuis, le déficit s’est creusé à plus de 3 milliards de dollars comme le montre le graphique ci-dessous. Pourquoi donc? La crise financière de 2008 et les baisses d’impôt du gouvernement Charest ont fragilisé les finances publiques. Mais on nous dit que le déficit résulte de la générosité de nos politiques sociale!

solde budgetaire du gouvernement du quebec

Que faire maintenant?

D’abord, soutenir la croissance économique, l’investissement et les salaires parce que plus de monde au travail implique plus de rentrées fiscales. Et si cela ne suffit pas, aller chercher plus de revenus là où la richesse se trouve. Et surtout, éviter de réduire les dépenses publiques et les services!

Fiscalité 101 : comprendre les finances publiques est remis au programme du Collège FTQ-Fonds du 23 au 25 mars 2015. Pour vous inscrire, consultez le site du Collège FTQ-Fonds.

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1. Francis FORTIER et Simon TREMBLAY-PEPIN, État de la dette du Québec 2014, Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), 2014, page 21, graphique 5.

2. Organisation de coopération