Journée internationale des femmes : des gains à célébrer, des défis à relever !

À la veille du 8 mars, les femmes de la CSN, de la CSQ, de la FTQ et de la Fédération des femmes du Québec ont marqué leur opposition à la guerre en Irak en déployant une banderolle depuis le pont Jacques-Cartier, que le photographe a tout juste eu le temps de croquer avant l’arrivée des policiers. (photo : Alain Chagnon)

À la veille du 8 mars, les femmes de la CSN, de la CSQ, de la FTQ et de la Fédération des femmes du Québec ont marqué leur opposition à la guerre en Irak en déployant une banderolle depuis le pont Jacques-Cartier, que le photographe a tout juste eu le temps de croquer avant l’arrivée des policiers. (photo : Alain Chagnon)

Montréal, le 7 mars 2003 – C’est sur le thème « Femmes solidaires, monde égalitaire » que le mouvement des femmes célèbre cette année la journée internationale des femmes. La Fédération des femmes du Québec et les centrales syndicales CSN, CSQ et FTQ en ont profité pour dresser un bilan annuel de la condition des femmes en donnant quatre conférences-éclair pour illustrer leurs préoccupations de l’heure : la paix, la santé, la mondialisation néolibérale et les conditions de travail.

Deux défis à relever pour 2003

Les deux premiers arrêts de la caravane, dans laquelle prenaient place journalistes et porte-parole de différents groupes sociaux, relevaient la préoccupation des femmes pour deux menaces sérieuses à la vie de toute la population et des femmes en particulier : la guerre en Irak et la privatisation des biens publics.

À 8 h 30 au pied du pont Jacques-Cartier à Montréal, on a déroulé, dans un geste spectaculaire, une bannière géante sur laquelle on pouvait lire : Femmes solidaires, monde égalitaire… NON À LA GUERRE! Il s’agissait de bien camper la position du mouvement des femmes contre la guerre et la violence. Sur un ton déterminé, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a rappelé que les femmes étaient très présentes lors de la marche pour la paix organisée partout au pays le 15 février dernier, et qu’elles continueraient de s’opposer au massacre de civils innocents, en Irak comme ailleurs. « On oublie trop souvent que la guerre c’est la mort, les mutilations et la misère pour des milliers d’hommes de femmes et d’enfants » a-t-elle dit. La comédienne Sylvie Legault a quant à elle rappelé que le gouvernement canadien devait s’exprimer avec fermeté contre les politiques belliqueuses des États-Unis et refléter l’opposition de ses citoyennes et citoyens dans ses interventions sur la scène internationale. « J’ai bien hâte que nos dirigeants arrivent à l’âge adulte pour être en harmonie avec leur environnement et avec leurs semblables… Je pense que la paix passe par la femme : révélez la femme en vous et vous l’aurez, la paix. »

Par la suite, c’est devant la tour de la compagnie SNC-Lavalin, l’un des groupes qui promeut la privatisation de l’eau, que les femmes ont choisi de rappeler les pièges de la mondialisation néolibérale et plus particulièrement, de la commercialisation de l’eau. « L’eau n’est pas une marchandise, c’est un bien commun, nécessaire à la vie. Malgré la victoire importante que représente la mise en place d’une politique sur l’eau, nous sommes confrontées, comme femmes et comme citoyennes, à l’avidité des plus puissants qui mettent les profits au-dessus de toute considération humanitaire. Nous continuerons à nous opposer à la signature de la ZLÉA en 2005, notamment en appelant le mouvement des femmes à participer à la Consultation populaire sur la ZLÉA. Si par malheur la ZLÉA devait être signée en 2005, les États seraient sans recours pour empêcher la commercialisation de notre eau, ce qui affecterait d’abord les femmes dans leurs tâches quotidiennes » a prévenu Vivian Barbot, présidente de la Fédération des femmes du Québec. Martine Châtelin, coordonnatrice de l’organisme Eau-Secours, a quant à elle expliqué que «le combat contre la privatisation et la marchandisation de l’eau doit devenir un enjeu central dans nos débats de société, et pas seulement en période électorale. Cet enjeu doit devenir un incontournable au quotidien pour toutes les militantes, pour la société dans son ensemble.».

Des gains significatifs

Le mouvement des femmes a aussi souhaité souligner les gains importants accomplis cette année, notamment en matière de santé et de travail.

C’est aux locaux du groupe Au bas de l’échelle que la tournée s’est poursuivie. Il s’agissait de souligner l’adoption, en décembre dernier, de la Loi 143 sur les normes du travail après des années de lutte par cet organisme voué à la défense des droits des travailleuses et travailleurs non-syndiqué-e-s. La nouvelle loi viendra améliorer la situation de milliers de femmes employées comme domestiques, gardiennes d’enfants, de personnes âgées, malades ou handicapées. Selon Monique Richard, présidente de la CSQ « cette réforme constitue une victoire importante à bien des égards, notamment sur la question du harcèlement psychologique. Il reste cependant à faire appliquer véritablement ces mesures et à permettre aux comités santé et sécurité déjà implantés dans les milieux de travail d’ajouter à leurs mandats la prévention en santé mentale, qui touche tout particulièrement les femmes ». Quant à Esther Paquet, travailleuse d’Au bas de l’échelle, elle a souligné que « nous avons entre les mains une réforme consistante et substantielle. Malheureusement, la question du travail précaire a été écartée du projet de loi, une lacune que les femmes comptent bien contrer ».
Enfin, le dernier arrêt, devant les locaux de CINBIOSE (Centre pour l’étude des interactions biologiques entre la santé et l’environnement), à l’UQAM, a permis à des travailleuses qui ont vu leurs conditions de travail et de santé s’améliorer grâce aux recherches de cet organisme de livrer leur témoignage. Nicole Bluteau, vice-présidente de la FTQ, en a profité pour rappeler que «encore aujourd’hui, travail difficile est souvent synonyme de ‘travail de bras’ et renvoie au travail des hommes et aux risques d’accident qui y sont associés. Or, les travailleuses sont plus sujettes à développer des maladies professionnelles qu’à subir un accident de travail. Dans ce contexte, la reconnaissance et l’identification des risques du travail féminin se font beaucoup plus lentement. En effet, il est plus difficile de faire reconnaître une maladie professionnelle et d’établir son lien avec le travail puisqu’elle peut se développer à long terme, peut-être même à la fin de la vie active… ce qui n’est pas sans conséquences pour les femmes, notamment au plan de la prévention et de l’indemnisation de leurs lésions professionnelles. La recherche en partenariat nous permet d’approfondir cette problématique et de travailler à améliorer les conditions de travail des femmes ». Ana-Maria Seifert, chercheure à l’UQAM, a pour sa part expliqué que « le partenariat entre les centrales syndicales et les chercheures universitaires est né du besoin de rompre un cercle vicieux de non-reconnaissance de problèmes de santé liés aux conditions de travail des femmes ».

Il va sans dire que les causes défendues par le mouvement des femmes sont loin de se limiter à ces quatre pôles.

Entre autres, la Fédération des femmes du Québec, la CSN, la FTQ et la CSQ se sont félicitées de l’avancée des femmes sur l’une de leurs revendications majeures : l’adoption à l’Assemblée nationale de la Loi 112 sur la pauvreté en décembre dernier. Plusieurs des mesures contenues dans cette loi sont un point de départ intéressant, notamment en ce qui concerne l’amélioration des revenus des personnes et des familles en situation de pauvreté.

Un autre gain majeur du mouvement demeure l’adoption, en juin 2002, de la Loi 84, qui institue l’union civile pour les conjoints et conjointes de même sexe. Cette loi accorde maintenant aux lesbiennes et aux gais la possibilité de s’unir et de bénéficier des mêmes avantages et obligations que les couples hétérosexuels.

Les femmes marcheront contre la guerre

Enfin, une invitation a été lancée à toute la population de se joindre à une grande marche des femmes en solidarité avec les femmes des communautés culturelles le samedi 8 mars sur le thème « Les femmes s’opposent à la guerre, ici et à l’étranger ».

Rassemblement : 16 h 15
départ : 16 h 30 au parc Émilie-Gamelin
Coin Berri et Sainte-Catherine Est

Activité organisée par le comité de coordination et d’action de femmes de diverses origines, le Forum des femmes de Montréal, le Conseil régional Simonne-Monet-Chartrand (FFQ), le Service des familles de la communauté
chinoise, les femmes de la communauté chilienne. Tél. : 342-2111 et 528-8812