Journée de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail : Santé et sécurité au travail : la FTQ demande au nouveau gouvernement libéral d'appliquer toute la loi

Montréal, le 27 avril 2003 – En cette veille de la Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail, la FTQ presse le nouveau gouvernement libéral d’appliquer dans tous les secteurs d’activité et tous les milieux de travail les mécanismes de prévention prévus dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail, ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle alors que plus de 80 % des salariés ne sont pas protégés.

C’est ce qu’a fait savoir aujourd’hui le président de la FTQ, M. Henri Massé, à l’occasion d’une conférence de presse où il était accompagné des trois vice-présidents de la FTQ qui siègent à ses côtés au conseil d’administration de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) : MM. Jean Lavallée, président du Conseil conjoint de la construction; Michel Arsenault, directeur québécois du Syndicat des Métallos et Pierre Dupuis, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

188 décès reliés au travail au Québec en 2002

« Avec 188 décès reliés au travail en 2002, nous serions irresponsables de ne pas continuer à exiger la mise en place partout des programmes de prévention, des comités paritaires et des ressources en prévention prévus dans la loi, insiste M. Massé. Pour nos membres qui travaillent dans la construction, le commerce, le transport, la manutention, le papier, le textile et plusieurs autres secteurs, la loi ne s’applique pas encore. Voilà plus de 20 ans que la FTQ cogne sur le clou de la prévention et nous allons continuer de le faire tant et aussi longtemps que la loi ne sera pas pleinement appliquée partout. »

« Nous ne pouvons tolérer de voir des employeurs rogner sur la qualité des équipements, tourner les coins ronds sur les mesures de sécurité et accélérer les cadences, ajoute M. Massé. Nous voulons que les milieux de travail se prennent en mains. Malheureusement, plusieurs employeurs s’objectent encore à former des comités de santé et sécurité pour faire de la prévention sur les lieux de travail. Certains employeurs jouent même avec le système et ne paient pas leur cotisation selon leur classification. Ajoutez à cela qu’il n’y a que 300 inspecteurs au Québec alors qu’il en faudrait trois à quatre fois plus. »

Construction : 4 % de la main-d’œuvre, 14 % des décès

Sans négliger les autres secteurs d’activité, la FTQ veut souligner de façon particulière, cette année, la situation qui prévaut dans l’industrie de la construction. Depuis 20 ans, on y relève bon an mal an entre 20 et 30 décès reliés au travail. Les travailleurs de la construction ne représentent que 4 % de la main-d’œuvre active au Québec mais ils sont victimes de 14 % de tous les décès accidentels.

« Avec le boom qu’on connaît dans la construction, les échéanciers toujours plus serrés de réalisation des travaux, l’embauche de milliers de jeunes travailleurs moins expérimentés, on craint de voir le nombre d’accidents du travail et de décès augmenter si des mécanismes de prévention ne sont pas en vigueur partout », estime M. Jean Lavallée, président du Conseil conjoint de la construction.

Un fléau mondial

L’Organisation internationale du travail estime à environ 2 millions le nombre de travailleurs et travailleuses qui meurent chaque année des suites d’accidents ou de maladies liés au travail, rappelle M. Michel Arsenault, directeur québécois des Métallos. Les accidents causent 350 000 morts chaque année et, pour chaque accident mortel, on dénombre 1 000 accidents non mortels qui provoquent des incapacités partielles ou permanentes et la perte de revenus. En fait, le travail tue chaque jour 5 000 personnes dans le monde, soit une toutes les quinze secondes. La plupart de ces décès sont imputables au non-respect de normes de santé-sécurité.

De plus en plus de chercheurs estiment que la prévention en santé, l’exercice, une saine alimentation et des habitudes de vie équilibrées, c’est payant pour la société dans son ensemble et pour le système de santé en particulier. « Il serait temps d’appliquer ce principe aux milieux de travail, d’autant plus que la loi reconnaît ce principe depuis 1980. Encore faudrait-il que cette loi, on l’applique pleinement », dit pour sa part M. Pierre Dupuis, directeur québécois du SCFP.

Le Québec est en retard

Un spécialiste de la question, le professeur Marcel Simard de l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal, a produit récemment un rapport où il fait le constat suivant : « Alors qu’au moment de son adoption en 1979 le régime de santé-sécurité du travail du Québec était à l’avant-garde au Canada au plan du dispositif législatif et réglementaire sur les mécanismes de prévention et de participation à la prise en charge, notre étude comparative montre que le Québec est actuellement en retard sur la plupart des autres provinces canadiennes. »

Par ailleurs, le rapport note que les amendes au Québec sont minimes et que, dans certains cas, cela incite les employeurs à ne pas respecter la loi. À titre d’exemples, les amendes maximales pour une société ou une personne morale sont de un million de dollars au fédéral, de 500 000$ en Ontario et en Colombie-Britannique et de 250 000 $ dans la plupart des autres provinces, comparativement à un maximum de 1 000 $ au Québec pour une première infraction et 2 000 $ en cas de récidive.

« Devant l’ampleur des problèmes, on comprend que le dossier de la santé et de la sécurité du travail soit prioritaire pour nous. C’est pourquoi la FTQ va tout mettre en œuvre pour forcer le nouveau gouvernement libéral à passer à l’action le plus rapidement possible », conclut Henri Massé.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.