Irak: Il est encore temps pour la paix, mais le temps presse

Henri Massé, président de la FTQ

Henri Massé, président de la FTQ

Montréal, le 2 mars 2003 – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a rendu publique aujourd’hui, à Montréal, la déclaration de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) sur la menace de guerre en Irak. Le président de la FTQ, M. Henri Massé, est membre du conseil exécutif de la CISL, la grande centrale syndicale mondiale qui regroupe 158 millions de membres dans 150 pays.

« Les décisions qui seront prises dans les jours qui viennent au sujet de la crise irakienne seront lourdes de conséquences pour ce pays, pour la communauté internationale et pour les travailleurs et travailleuses partout dans le monde.

La Confédération internationale des Syndicats libres (CISL) demande à tous les gouvernements de travailler ensemble pour aboutir à une solution pacifique et d’utiliser pleinement les potentialités des organisations internationales qu’ils ont construites précisément dans ce but.

Le régime irakien s’est rendu coupable de crimes haineux envers son propre peuple et porte la responsabilité de milliers de morts dans des conflits dont il a été l’initiateur. La communauté internationale a le droit et l’obligation de s’assurer que ce régime soit débarrassé de toute arme de destruction massive.

La CISL insiste sur la nécessité que l’Irak applique pleinement toutes les décisions des Nations unies à son égard, dont la dernière résolution du Conseil de sécurité (1441). La CISL soutient les initiatives diplomatiques et les procédures d’inspection pour parvenir à l’objectif de l’ONU.

Poursuivre les inspections

La CISL répète sa profonde inquiétude de voir le déploiement militaire en cours conduire au recours à la force plutôt qu’à des moyens pacifiques pour désarmer l’Irak. Pour la CISL, toute action militaire, par quelque partie que ce soit, est inacceptable en dehors du cadre de l’ONU et sans le feu vert du Conseil de sécurité.

Il n’y a pas de preuve flagrante quant au développement par le régime irakien d’armes de destruction massive, ni quant à la menace réelle que cela ferait peser sur la paix mondiale. Tout comme, à l’inverse, il n’existe pas de preuves que l’Irak ne soit pas en possession de telles armes. Dans ce contexte, il incombe à la communauté internationale de poursuivre et d’intensifier ses efforts politiques et diplomatiques pour préserver la paix.

Les inspections en cours en Irak dans le cadre de la Résolution 1441 ont donné un nouvel élan à l’effort international pour un désarmement pacifique du régime irakien. Tant que les inspecteurs n’auront pas pu achever leur mission, ils doivent être autorisés à continuer leur travail aussi longtemps qu’il y aura des perspectives raisonnables de mener cette mission à bien.

Peser les conséquences

La CISL appelle tous ceux qui sont susceptibles de prendre des décisions dans l’immédiat à peser prudemment toutes les conséquences d’un recours à l’action militaire, et notamment l’horrible coût humain, ainsi que les conséquences des destructions matérielles qui découleraient de l’action militaire.

Toute décision de recourir à la force armée en dehors du cadre de l’ONU atteindrait profondément l’autorité de celle-ci et sa capacité à jouer le rôle qui est le sien pour la promotion de la paix, des droits humains et de la sécurité. Les conséquences d’un tel affaiblissement des Nations unies iraient bien au-delà de la crise irakienne actuelle. À une époque de tensions internationales croissantes et de prolifération des armes de destruction massive, cet affaiblissement risquerait d’attiser les tensions et conflits au Moyen-Orient, en Asie et partout où le rôle des Nations unies est un élément clé pour la paix.

Une action militaire en dehors du cadre des Nations unies, qu’elle s’appuie sur une action multilatérale ou plus limitée, saperait aussi la confiance entre les nations. Elle indiquerait hélas que l’usage de la force est un moyen plus légitime et efficace que la recherche d’une solution pacifique des tensions. Et cela ne pourrait que nuire à l’unité dans la lutte mondiale contre le terrorisme.

Recours ultime

Nous ne devons jamais oublier qu’en Irak, comme partout ailleurs, une paix juste et durable dépend de la justice sociale, de la démocratie et des droits humains.

L’action militaire ne doit être qu’un recours ultime après épuisement de tous les moyens pacifiques. La justification de la guerre n’a pas été apportée et les options en faveur de la paix n’ont pas été épuisées.

Il est encore temps pour la paix, mais le temps presse. La CISL appelle d’urgence tous ses affiliés à intensifier les efforts pour convaincre leurs gouvernements de travailler ensemble, dans le cadre des Nations unies, pour parvenir à une solution pacifique à cette crise. »