Industrie du vêtement : la FTQ et le SVTI pressent Québec de maintenir des normes minimales sectorielles de travail

Montréal, 23 mai 2001 - La FTQ et son affilié le Syndicat du vêtement, du textile et autres industries (SVTI) – qui représentent la très grande majorité des syndiqués de l’industrie du vêtement – réclament du gouvernement du Québec le maintien des normes minimales sectorielles de travail en vigueur actuellement dans l’industrie, qu’ils craignent fort de voir disparaître, le 31 décembre prochain, à la fin de la période de transition qui fait suite à l’abolition des décrets.

« L’abolition des décrets dans le vêtement est une catastrophe que nous avons tenté d’empêcher par tous les moyens, a déclaré le président de la FTQ, M. Henri Massé. Ces décrets faisaient bénéficier tous les salariés, et donc les non-syndiqués, de conditions minimales de travail et de salaires négociées par les syndicats. Ce modèle québécois particulier n’a pas ralenti, au contraire, le développement au Québec d’une industrie du vêtement vigoureuse, qui a créé plus d’emplois ici que partout ailleurs au Canada.

« La période de transition se termine bientôt et nous craignons énormément que le gouvernement Landry cède au lobby patronal et qu’il abolisse ces conditions minimales. Pourtant, lors de la suppression des décrets, pour mieux noyer le poisson, on nous promettait d’établir des normes qui seraient nettement supérieures à celles des normes minimales provinciales. »

Monsieur Massé était accompagné lors de la conférence des dirigeants du SVTI, MM. John Alleruzzo, directeur canadien, et Tino Ciampanelli, président du Conseil québécois et vice-président de la FTQ. Plusieurs travailleuses ont aussi livré des témoignages sur leurs conditions de travail.

70 000 emplois au Québec

Le vêtement occupe la première place pour le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier au Québec, soit près de 70 000. C’est plus de la moitié des emplois dans le vêtement au Canada. Les trois quarts de la main-d’œuvre sont des femmes, essentiellement des couturières (opératrices de machines à coudre), en majorité des immigrantes vulnérables, souvent craintives, peu portées à faire valoir leurs droits et plus faciles à exploiter.

Leur rémunération horaire moyenne est depuis longtemps la plus basse de tout le secteur manufacturier. En outre, dans le vêtement pour dames, la multiplication des petits sous-traitants a favorisé le travail à domicile non déclaré et l’économie souterraine. Le travail au noir pourrait représenter jusqu’à 20 % de la production déclarée de vêtements, estimait en 1998 un rapport officiel du ministère québécois des Finances.

Des normes minimales sectorielles

Sous la pression des employeurs et au nom de la mondialisation de l’économie, le gouvernement du Québec a aboli, le 1er juillet 2000, les décrets de convention collective qui, depuis au-delà de 60 ans, faisaient profiter tous les salariés de conditions minimales de travail et de salaire. Ces décrets étaient administrés par des comités paritaires patronaux-syndicaux. Des inspecteurs faisaient la tournée des ateliers pour s’assurer du respect des normes minimales.

La loi a prévu une période de transition, jusqu’au 31 décembre prochain, au cours de laquelle certaines normes minimales continuent de s’appliquer. Ainsi, dans le vêtement pour dames, le salaire minimum est de 9,37 $ l’heure pour les opératrices de machines à coudre. C’est mieux que le salaire minimum de 7 $ l’heure, mais moins que le salaire de 11,50 $ en moyenne que gagnent les couturières syndiquées. Les coupeurs et coupeuses font 12,67 $ l’heure, comparé à 17,50 $ en moyenne chez les syndiqués.

Quant à la semaine normale de travail, elle est de 39 heures, comparé à 35 pour les syndiquées du vêtement pour dames. Il y a aussi des normes minimales pour les vacances, les jours fériés, l’heure de dîner, les inspections. La Commission des normes du travail est responsable de l’application de ces normes particulières.

Un comité spécial patronal-syndical a été mis sur pied dans le but de faire des recommandations au gouvernement sur des normes minimales sectorielles à appliquer à compter du 1er janvier 2002. Or, les positions des parties sont irréconciliables. Le SVTI et la FTQ réclament du gouvernement qu’il conserve, pour l’essentiel, les normes sectorielles présentement en vigueur, qui n’ont rien d’exagéré. Les patrons veulent l’application des normes minimales provinciales.

Campagne de syndicalisation

Il n’y a toutefois pas 36 manières de se protéger contre l’incertitude, l’insécurité et la perte possible des acquis. Il n’y en a qu’une : c’est le syndicat. C’est pourquoi le SVTI a lancé récemment une campagne de syndicalisation qui porte déjà fruits, notamment dans le vêtement pour dames où les travailleuses sont particulièrement exploitées. Le syndicat a déposé des requêtes en accréditation auprès du ministère du Travail au nom de plusieurs centaines de membres, à Montréal et dans les Laurentides notamment.

Le SVTI, le grand syndicat de l’industrie du vêtement, a négocié des conditions de beaucoup supérieures aux normes minimales sectorielles de travail. Ses membres bénéficient, entre autres, d’un régime de retraite dont les contributions sont payées par l’employeur, ainsi que d’un régime d’assurances collectives dont tous les coûts sont assumés par l’employeur.

Le SVTI représente notamment le personnel des compagnies Bas Iris, Samuelsohn, Golden Brand, Jack Victor, Vêtements de sport Gildan, Algo, Jeno Neuman, Joseph Ribkoff, Confections de Beauce, etc. Il est le chef de file dans la syndicalisation de la main-d’œuvre immigrante, en particulier latino-américaine, asiatique et antillaise.

Le SVTI compte plus de 10 000 membres au Québec, 25 000 au Canada et 250 000 en Amérique du Nord.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.