Indignez-vous!

Éditorial

Photo : Normand Blouin

Photo : Normand Blouin

Paru dans la dernière édition du Monde ouvrier

En voulant vous parler de tous les sujets chauds qui nous occupent en cette rentrée 2014, il nous est apparu assez clairement que le fil conducteur qui traverse tous les dossiers de cet automne se résume en un seul mot : indignation!

Notre dernier éditorial, au mois de mai, nous semble déjà bien lointain tant il y a eu de développements dans les derniers mois.

De la première semaine de juin, marquée par le premier budget d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard, à aujourd’hui, nous avons appris que ce gouvernement pensait s’en prendre résolument aux caisses de retraite du secteur municipal et universitaire, aux conservatoires de musique, aux services d’aide aux devoirs des enfants, aux subventions pour les petits-déjeuners scolaires et même aux programmes publics les plus intéressants des dernières décennies : le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) et le réseau des garderies publiques.

Pour les travailleurs et travailleuses du secteur public, les ballons d’essai sont tellement nombreux au-dessus de la colline parlementaire qu’ils ne savent plus où donner de la tête. Fermeture des agences de santé, fusion de dizaines de CSSS, les annonces sont plus inquiétantes les unes que les autres. Et les rumeurs de fermetures de services à la population se multiplient à vitesse grand V.

C’est sans parler de l’attitude totalement inacceptable du gouvernement qui, tout en prétendant ouvrir un dialogue social, se livre en fait à un véritable monologue où toutes les décisions semblent prises d’avance.

Pendant ce temps, Ottawa annonce des surplus de plus de 10 milliards de dollars. Dans quelle sorte de pays vivons-nous pour qu’un palier de gouvernement ait la possibilité de générer de tels surplus pendant que l’autre cumule les déficits ? Nous avons déjà interpellé le gouvernement afin de lui rappeler qu’il a le devoir et la responsabilité de reconnaître l’existence d’un déséquilibre fiscal et d’utiliser l’espace fiscal qui serait éventuellement libéré par le fédéral afin de financer les services à la population.

Indignez-vous ! C’est par ce cri du cœur du Français Stéphane Hessel, lancé en janvier 2011, qu’ont commencé les mobilisations populaires telles que Occupy Wall Street à New York et les Indignados en Espagne. Hessel écrivait : « Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés, pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis […]. »

Ces mots résonnent aujourd’hui à nos oreilles comme un appel à l’indignation et à la mobilisation. À compter du mois de novembre, nous sillonnerons le Québec pour ouvrir un dialogue avec vous, les membres de la FTQ. Pour organiser la riposte qui s’impose (voir page Tournée des dirigeants). Le temps de la mobilisation pour sauvegarder le Québec que nous voulons est arrivé. Une société égalitaire qui prend soin de ses enfants, de ses malades et de ses aînés. Le Québec dont nous sommes fiers qui a su, au fil des luttes des dernières décennies, se distinguer par des programmes sociaux accessibles et de qualité pour l’ensemble de la population.

C’est un rendez-vous auquel nous vous convions en très grand nombre. L’automne sera chaud et c’est ensemble que nous devons livrer cette bataille déterminante pour l’avenir du Québec.

Daniel Boyer et Serge Cadieux, respectivement président et secrétaire général de la FTQ