Hausse des tarifs d'électricité : « Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain » – Henri Massé, président de la FTQ

Henri Massé, président de la FTQ

Henri Massé, président de la FTQ

Montréal, le 9 novembre 2003 – Devant les hausses de tarifs réclamées par Hydro-Québec, hausses qui feront l’objet d’audiences devant la Régie de l’énergie, du 17 novembre au 5 décembre prochain, le président de la FTQ met en garde contre la tentation de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Remettre les choses en perspective
« Certains groupes de pression ou coalitions fourbissent déjà leurs armes pour contester les demandes de hausses en les associant d’emblée à certaines politiques annoncées par le gouvernement en place. Il faut faire preuve de prudence et remettre les choses en perspective », a déclaré le président de la FTQ dont le principal affilié, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ) représente les 20 500 employés syndiqués d’Hydro-Québec.

Des services aux meilleurs coûts possibles
« Nous demanderons à la Régie de l’énergie de déterminer des tarifs en fonction des besoins réels d’Hydro-Québec en ce qui a trait à l’entretien de son réseau, au développement de nouveaux sites de production d’électricité.

« Ces tarifs doivent permettre la fourniture des services aux meilleurs coûts possibles tout en maintenant un coût uniforme pour les consommateurs. Il n’y a eu aucune hausse depuis cinq ans et une opposition dogmatique à toute nouvelle hausse pourrait avoir des conséquences importantes », a expliqué pour sa part Pierre Dupuis, directeur québécois du SCFP.

Faire preuve de prévoyance collective
« Il faut savoir que si on ne consacre pas d’argent neuf pour le maintien du réseau de transport et, surtout, pour le développement de nouveaux sites, nous nous retrouverons en 2008 dans la situation de l’Ontario ou de bon nombre d’États américains, déficitaires en électricité et prisonniers des aléas du marché », a ajouté M. Massé.

« Il ne faudrait pas attendre d’être placés devant le fait accompli. Si nous avons réussi à éviter la panne générale en Ontario et dans le Nord-Est des États-Unis récemment, c’est parce que nous avons fait nos devoirs en termes d’anticipation, parce que nous avons fait preuve de prévoyance collective », a repris M. Dupuis.

Québec doit limiter son appétit
« Mais en même temps le gouvernement doit limiter son appétit sur les dividendes d’Hydro-Québec pour ne pas mettre en péril l’indépendance énergétique du Québec et ralentir le rythme de ses investissements.

« Nous disons donc oui à des hausses, dans un contexte d’interfinancement, qui permettent à la Société d’État de conserver une marge de manœuvre confortable pour son développement. Mais nous disons non à des ponctions gouvernementales d’une telle ampleur, au nom des baisses d’impôt promises, qu’elles viendraient compromettre à moyen et long terme le patrimoine énergétique que les Québécois ont construit depuis des décennies », a affirmé Charles Paradis, coordonnateur syndical du SCFP.

Le privé se bouscule aux portes
« Il y a à peine trois semaines, une coalition anti-hausses suggérait de revoir la masse salariale à Hydro-Québec distribution et de privatiser une partie des activités de la Société d’État pour économiser entre 50 et 60 millions de dollars. Et coïncidence… le lendemain de cette annonce, une entreprise américaine de gestion offrait ses services pour privatiser une partie des activités de Hydro-Québec.

« Allons-nous tirer des leçons des fiascos californien et ontarien en matière de privatisation de l’électricité ou allons-nous tomber dans le panneau et tenter de refaire le monde? » a questionné le président de la FTQ.

La régie a montré qu’elle peut travailler sérieusement
« La Régie de l’énergie nous a démontré, en reportant ses dernières audiences faute d’éléments essentiels pour le traitement équitable du dossier des hausses demandées par la Société d’État, qu’elle pouvait travailler sérieusement sans ingérence indue des pouvoirs publics ou des politiciens.

« Tout en demeurant vigilants, laissons-lui la chance de faire ses classes dans le cadre de paramètres qui tiennent compte au premier chef de l’intérêt des consommateurs », a conclu Henri Massé.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.