Gustave Francq et Louis Laberge : les deux plus grands syndicalistes du XXe siècle au Québec

Gustave Francq   -   Louis Laberge

Gustave Francq - Louis Laberge

L’Histoire ne se répète pas mais elle offre parfois des ressemblances troublantes.

Le 18 juillet 2002, le plus grand syndicaliste de la deuxième moitié du XXe siècle au Québec, Louis Laberge, nous a quittés à l’âge de 78 ans. Cinquante ans plus tôt, le 2 janvier 1952, à l’âge de 80 ans, mourait Gustave Francq, la figure dominante du syndicalisme québécois de la première moitié du XXe siècle selon l’historien réputé Jacques Rouillard, auteur d’une histoire du syndicalisme qui fait autorité en la matière.*

Ces deux personnages imposants sont de la même tradition syndicale, québécoise et nord-américaine, et de la même tradition politique, la social-démocratie. C’étaient des hommes d’idéal mais pragmatiques et réalistes, qui se battaient pour obtenir des changements maintenant, pas dans cent ans. Laberge et Francq, les plus grands syndicalistes de leur époque, se ressemblaient étrangement, comme deux «vieux lions» capables de coups de gueule et de coups de patte formidables.

De rudes batailleurs

Machiniste de métier à l’avionnerie Canadair (Bombardier Aéronautique), Laberge a été président, durant vingt-sept ans, de la plus grande centrale syndicale québécoise, la FTQ, qui compte aujourd’hui plus d’un demi-million de membres. Il a aussi été le président fondateur du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ), une institution financière syndicale qui a contribué à ce jour à la création, au maintien et à la sauvegarde de près de 100 000 emplois.

Typographe de métier, d’origine belge, Gustave Francq a été le premier secrétaire général de la Fédération provinciale du travail du Québec (FPTQ), ancêtre de la FTQ. Il a été le fondateur en 1916 du journal Le Monde ouvrier, aujourd’hui l’organe officiel de la FTQ et le doyen des journaux syndicaux au Québec et au Canada. Francq fut également fondateur et propriétaire d’une entreprise prospère et… syndiquée, l’Imprimerie Mercantile. Ce syndicaliste-entrepreneur a été, à sa manière, un précurseur du Fonds de solidarité.

Rudes batailleurs, les deux hommes étaient aussi des réformistes qui favorisaient la concertation syndicale-patronale. Ils avaient de bons contacts avec les gouvernements auxquels ils réussirent à arracher plusieurs lois ouvrières et sociales. Trapus, bons vivants, c’étaient des personnages charismatiques, hauts en couleurs, doués d’une éloquence flamboyante et capables de colères légendaires. Et comme Laberge, Francq était un bon joueur de cartes et un amateur de pêche…

Les syndicalistes anonymes

Bien sûr, d’autres syndicalistes ont marqué profondément le dernier siècle au Québec. À la FTQ, l’histoire retiendra notamment le nom de Fernand Daoust, qui a fait équipe avec Louis Laberge comme secrétaire général durant vingt-deux ans, formant ainsi le plus vieux couple du mouvement syndical.

Et puis que dire de tous ces syndicalistes anonymes qui ont travaillé à construire un mouvement syndical qui, au Québec, est l’un des plus vigoureux en Amérique du Nord? Comme le disait souvent Louis Laberge, «c’est grâce aux militants et aux militantes de la base, tous comptes faits, que la FTQ s’est bâtie, tout comme le mouvement ouvrier».


Louis Fournier

L’auteur est directeur des communications à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Il a écrit une biographie de Louis Laberge intitulée Louis Laberge : le syndicalisme c’est ma vie, publiée aux Éditions Québec Amérique en 1992.

* Jacques Rouillard, Histoire du syndicalisme au Québec, Boréal, 1989. Lire aussi Éric Leroux, Gustave Francq. Figure marquante du syndicalisme au Québec et précurseur de la FTQ, VLB Éditeur, 2001.