Fernand Daoust : 50 ans d’histoire sociale du Québec

Dans deux ouvrages publiés chez M éditeur, André Leclerc retrace le parcours de Fernand Daoust. Le Monde ouvrier les a rencontrés.

Fernand Daoust a été président de la FTQ de 1991 à 1993 après avoir été secrétaire général pendant 22 ans. André Leclerc a été conseiller syndical à la FTQ de 1970 à 2008. Il a travaillé à l’information, au soutien aux luttes et à la solidarité internationale.

Le Monde ouvrier : L’histoire syndicale, ça sert à quoi ?

André Leclerc : À comprendre d’où on vient, comment s’est constitué notre mouvement, par des gestes très simples, très quotidiens, posés par du monde ordinaire. Dans ces livres, j’ai situé l’histoire individuelle de Fernand Daoust dans l’évolution du Québec.

M.O. : Pourquoi écrire l’histoire de Fernand Daoust ?

A.L. : Ça fait plus de 40 ans que je côtoie Fernand Daoust. Il m’a embauché en 1968 au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et à la FTQ en 1970. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre comment la jonction entre le nationalisme et le socialisme s’était faite. Fernand l’avait vécu. S’il est venu dans le mouvement syndical, c’est qu’il avait une option de gauche. Il a été attiré par les syndicats, pas n’importe lesquels, ceux du Congress of Industrial Organizations (CIO) qui étaient plus progressistes. En même temps, il ne se départit pas de son sentiment nationaliste, c’est viscéral. Peu de personnes dans le mouvement syndical ont incarné cette intuition qu’on peut défendre des intérêts nationaux et des idées progressistes simultanément. Fernand était un précurseur de ce qui allait devenir le nationalisme québécois, une force sociale qui a marqué le Québec.

M.O. : D’où est venu ton engagement ?

Fernand Daoust : Je viens d’une f ami l l e monoparentale pauvre. Le cl ivage des classes sociales était clair : les riches étaient anglophones et les pauvres, francophones. Ça m’a marqué. Quand j’étais jeune, le nationalisme québécois était identifié au clergé et aux idées de droite. Le socialisme faisait peur. On ne savait pas ce que c’était. Le nationalisme, ça a été ma jeunesse, le Bloc populaire, le référendum sur la conscription du 27 avril 1942. Le Québec avait voté contre et le reste du pays avait voté pour. Le Canada anglais et le Québec francophone, les deux peuples fondateurs, s’affrontaient.

M.O. : De quoi es-tu le plus fier ?

F.D. : La défense du français comme langue de travail a été une constance dans ma vie. Ça ralliait les syndiqués parce que ça collait à une réalité. Pour les francophones, c’était immensément humiliant que l’anglais occupe une place si prépondérante. En négociation, c’était révoltant : on négociait en anglais et les membres des comités de négociation étaient unilingues français !

A.L. : Fernand était identifié au nationalisme et au progressisme. Il a été le défenseur de la politique de la langue de la FTQ adoptée en 1969 qui a inspiré la Charte de la langue française.

F.D. : J’ai aussi milité pour l’autonomie de la FTQ par rapport au Congrès du travail du Canada (CTC). En 1968, la FTQ a affirmé sa différence face aux autres fédérations provinciales. En 1974, on a obtenu la juridiction sur l’éducation et les conseils régionaux. Enfin, en 1993, on a négocié un statut de « souverainetéassociation » avec le CTC. J’en suis très fier ! Fernand Daoust a contribué à faire de la FTQ l’institution forte et reconnue qu’elle est aujourd’hui.

LECLERC, André. Fernand Daoust. Jeune militant syndical, nationaliste et socialiste, tome 1, 1926-1964.

LECLERC, André. Fernand Daoust. Bâtisseur de la FTQ, tome 2, 1964-1993