Entourage n'aurait jamais vu le jour dans le contexte du démantèlement de Vidéotron – Henri Massé

Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et président du conseil d’administration du Fonds de solidarité FTQ

Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et président du conseil d’administration du Fonds de solidarité FTQ

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ne peut laisser sans contrepartie les raccourcis, demi-vérités et allusions par lesquels M. Luc Lavoie, vice-président aux communications chez Quebecor, tente de légitimer un geste injustifié et inacceptable : la vente de 664 techniciens de Vidéotron à Alentron, une filiale de la firme Entourage Solutions technologiques. M. Lavoie n’a de cesse de marteler, depuis quelques semaines, que les employés concernés n’ont pas à s’inquiéter parce que Entourage est une créature du Fonds de solidarité de la FTQ.

Nous nous devons de rappeler à ce dirigeant de Quebecor ce qu’il sait déjà mais omet de dire publiquement. L’entreprise Entourage Solutions technologiques a été créée le 12 février 1996 dans la foulée d’une décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui permettait à Bell Canada d’abandonner complètement les 1 000 techniciens à son emploi. Le CRTC avait en effet acquiescé à la demande d’autorisation de Bell Canada de céder la totalité du câblage intérieur et des prises téléphoniques à ses clients de résidence. Si le Fonds de solidarité et le syndicat avaient laissé faire, ces techniciens se seraient retrouvés chez des dizaines de petits entrepreneurs non syndiqués, avec des conditions de travail de beaucoup inférieures et des salaires proches du salaire minimum.

Devant cette possibilité imminente de pertes d’emplois, le Syndicat des communications, de l’énergie et du papier (SCEP) a fait appel au Fonds de solidarité pour créer une entreprise qui permettrait aux employés visés de conserver leurs emplois et de faire valoir leurs compétences. C’est ainsi qu’est née la firme Entourage Solutions technologiques. L’intervention du Fonds de solidarité était parfaitement compatible avec sa mission de sauvegarde et de création d’emplois. En 1999, le Fonds de solidarité cédait ses actions dans Entourage et Bell Canada en devenait actionnaire minoritaire à hauteur de 25 %.

La mission du Fonds de solidarité est notamment d’investir dans les entreprises québécoises et de leur fournir des services en vue de contribuer à leur développement et de créer, maintenir ou sauvegarder des emplois au Québec. Le Fonds a ainsi contribué, depuis sa création en 1983, à la création ou au maintien de plus de 93 000 emplois dans toutes les régions du Québec. La mission du Fonds ne consiste surtout pas à mettre en place des mesures pour faciliter le démantèlement d’une entreprise.

La firme Entourage n’aurait donc jamais vu le jour dans le contexte actuel où Quebecor planifie le démantèlement de sa nouvelle acquisition, Vidéotron. Entourage n’a pas été créée par commodité mais par nécessité. De plus, rappelons que les lois du travail qui permettent aujourd’hui à des salariés, quelle que soit leur juridiction, de transporter chez un autre employeur leurs conditions de travail n’existaient pas à l’époque de la décision du CRTC en 1996. Les techniciens de Bell Canada se retrouvaient ainsi dans un vide de juridiction complet, devant une menace bien réelle de perte de leur emploi sans autre recours.

Comparer aujourd’hui le contexte qui prévalait avec les techniciens de Bell Canada en 1996 à celui dans lequel sont placés aujourd’hui les techniciens de Vidéotron relève, au mieux, d’un manque patent d’information sur les deux situations, au pire, d’une volonté de désinformation éhontée visant à rendre moins ignoble aux yeux du public la supposée vente de 664 techniciens.

N’est-il pas pour le moins étonnant, enfin, qu’une entreprise comme Vidéotron, qui conteste à tour de bras les pratiques de Bell devant le CRTC, veuille confier une part importante de ses activités à une autre entreprise, Entourage, dont Bell contrôle un bloc significatif d’actions? Est-ce cela… la révolution culturelle de Vidéotron?

L’auteur est président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec et président du conseil d’administration du Fonds de solidarité FTQ