Éliminer le travail des enfants > Une tâche délicate mais nécessaire

Les petits métiers exercés dans une rue piétonnière de la capitale chilienne, Santiago.

Les petits métiers exercés dans une rue piétonnière de la capitale chilienne, Santiago.

Un accord de coopération dans le domaine du travail existe entre le Canada et le Chili, similaire à celui signé avec les États-Unis et le Mexique. C’est dans ce cadre que la FTQ a participé à un séminaire sur l’élimination du travail des enfants tenu au Chili, en novembre 2001. Le séminaire regroupait des hauts fonctionnaires de l’Argentine, du Chili et du Canada, ainsi que des représentants des milieux socio-économiques, de l’OIT et de l’UNICEF.

Le Chili, un des plus grands pays d’Amérique du Sud, est une longue pointe de 4 500 km longeant le Pacifique et bordée à l’est par la Cordillère des Andes. Le tiers de ses quinze millions d’habitants sont concentrés dans la capitale, Santiago. Le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), Juan Somavia, est chilien.

Personne n’a oublié le coup d’État de 1973 qui a coûté la vie au président Salvador Allende et instauré le régime dictatorial d’Augusto Pinochet, jusqu’à l’aube des années 90. Bilan : 50 000 morts, 400 000 personnes emprisonnées et un million d’exilés. Le Québec en a d’ailleurs accueilli un bon nombre.
Sous des apparences modernes, le Chili cache encore beaucoup de pauvreté. Le Séminaire sur le travail des enfants et la problématique homme-femme dans la nouvelle économie a mis en lumière plusieurs dimensions de la pauvreté des familles, celle des femmes et des enfants. Représentant la FTQ, le conseiller syndical Jean-Pierre Néron avait participé aux travaux de l’OIT ayant mené à l’adoption de la Convention internationale 182 sur l’élimination des pires formes de travail des enfants, en 1999.

Des suggestions québécoises
Au Chili, le confrère Néron a été invité à parler de l’expérience du Québec en matière de politiques sociales. Il a donné en exemple les garderies à 5 $, l’équité salariale et l’amélioration du régime de congés de maternité comme moyens d’améliorer les conditions de vie et de travail des femmes et, par le fait même, d’éliminer le travail des enfants.

«C’est sûr qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Les gens sont conscients des écarts économiques entre nos deux pays et des moyens différents dont nous disposons, constate Me Néron. Mais ils souhaitent avoir une vision de la société à atteindre. Lors de rencontres en marge du séminaire, j’ai appris que les chiliennes en âge d’être fertiles payaient des cotisations d’assurance sociale plus élevées que les hommes. Le gouvernement chilien pourrait, par exemple, faire un examen attentif de sa législation pour savoir s’il s’agit d’une exception ou si d’autres discriminations existent.»

Cette recommandation et d’autres ont d’ailleurs été transmises aux autorités canadiennes chargées de la coopération interaméricaine dans le domaine du travail. Ce genre d’implication de la FTQ reflète nos préoccupations face à la mondialisation et est en lien direct avec les inquiétudes exprimées par les membres au récent congrès de la centrale.

Un exemple argentin
La convention 182 a poussé de nombreux pays à agir, dans la limite de leurs maigres moyens. Des projets émergent partout. Par exemple, le gouvernement argentin intervient auprès de 300 familles et de leurs enfants qui travaillent à recueillir le carton et le papier dans les dépotoirs de Buenos Aires. Le programme vise à créer des petites entreprises qui excluent les enfants en bas âge (entre 1 et 5 ans) et encadrent leur travail de recyclage. C’est un type concret d’intervention qui ne bouleverse pas du tout au tout une pratique qui permet à de nombreuses familles de tirer un maigre revenu de subsistance… même s’il est bien loin de nos normes nord-américaines.

Pourquoi pas l’école à temps partiel ?1
À Kota, en Inde, 75 enfants travaillent sur les quais des gares pour nettoyer les wagons, vendre des journaux ou des boissons aux voyageurs. Vingt-cinq d’entre eux n’ont plus de famille et dorment même sur place. Ils sont analphabètes. Depuis juillet dernier, le comité des jeunes de la centrale syndicale indienne HMS a ouvert une petite école à temps partiel à leur intention. Ces enfants de dix à treize ans la fréquentent chaque jour entre 17h et 19h pour apprendre à lire et à écrire. Auparavant, ils ont dû apprendre à se laver, à manger proprement et à se conduire correctement. Toutes choses qui semblent aller de soi pour les occidentaux que nous sommes…

1. Tiré du magazine de la Confédération internationale des syndicats libres, Le Monde syndical, no 11, novembre 2001, p.23.