Élection 2003 : Travail et société

Relations de travail : amélioration… ou… détérioration ?
À la FTQ, nous avons lutté, revendiqué, mené de dures grèves pour obtenir les droits et la réglementation qui placent les travailleurs et les travailleuses dans un rapport plus égalitaire avec leur employeur. Ces droits ne sont pas des privilèges, mais une condition essentielle à l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’ensemble de la population.

Actuellement au Québec, tous s’entendent pour dire que le régime des relations de travail n’a jamais été aussi sain. Par nos actions collectives, par nos négociations avec les employeurs, par nos pourparlers à diverses tables paritaires, nous avons réussi à alléger les dispositifs judiciaires régissant les relations de travail et à équilibrer les rapports de force. La création de la nouvelle Commission des relations du travail, lors de la dernière révision du Code du travail, a déjà permis, en quelques mois seulement, d’accélérer le règlement de certains dossiers qui auraient auparavant pris des mois et des mois de tergiversations. Les pendules, pour ainsi dire, ont été remises à l’heure. Pourtant, certains partis se proposent de les dérégler.

Déréglementer davantage les relations de travail, parce que les règles seraient trop rigides, ça voudrait dire que l’on reviendrait à la loi de la jungle, à l’arbitraire, au favoritisme : à l’érosion de nos droits. Dans le cadre de la multiplication des nouvelles formes d’emploi précaire marquées par l’insécurité, ce n’est pas le temps d’affaiblir ou détruire les droits qui restent, ni de réduire la capacité des syndicats de les défendre et d’en proposer de nouveaux. C’est pourtant ce que nous proposent certains partis politiques.

L’ADQ en veut à l’ensemble du Code du travail parce que les jeunes subiraient les conséquences néfastes de ses règles «rigides» et biaisées en faveur des baby-boomers. La multiplication des statuts précaires d’emploi n’est pas, faut-il le rappeler, une initiative des syndicats. Ce sont encore les employeurs qui ont le pouvoir d’embauche et qui, à l’instar de l’ADQ et du PLQ, ne jurent plus que par le dogme de la flexibilité comme principe de gestion du personnel. Le gouvernement du PQ n’a certes pas montré l’exemple comme employeur : une forte majorité des emplois dans les secteurs public et parapublic sont à temps partiel, occasionnels, sur appel, etc.

Les adéquistes dénoncent la précarité qui affecte les jeunes. Nous aussi. Et nous étendons notre indignation à tous les salariés — quel que soit leur âge — qui subissent cette précarité engendrée, justement, par la flexibilité (des lois, du marché du travail, des salariés, de la production, des entreprises) que l’ADQ et le PLQ veulent accentuer. Le droit d’association et de négociation collective a besoin d’être adapté à la situation des employés aux multiples statuts, pas d’être aboli.

Sous-traitance : enjeu électoral
L’ADQ et le PLQ promettent d’attaquer en règle l’article 45 du Code du travail qui régit le recours à la sous-traitance. Contrairement au discours trop souvent repris par certains patrons ou politiciens, l’article 45 n’empêche aucunement une entreprise ou une société d’avoir recours à la sous-traitance. D’ailleurs, on retrouve autant de sous-traitance au Québec qu’ailleurs au Canada, là où il n’y a pas d’article 45 ! Sauf qu’au Québec, cet article balise ce recours en assurant qu’il ne s’agit pas d’une façon détournée pour un employeur de modifier les conditions de travail et d’échapper aux dispositions de la convention collective.

Des assouplissements ont été introduits afin de permettre des ententes avec le syndicat lorsque cela s’avère dans l’intérêt des employés du sous-traitant (par exemple, lorsque l’application de la convention collective signifie, pour eux, la fermeture de l’entreprise et la perte de leurs emplois). Il y a donc déjà flexibilité, mais sous la vigilance des syndicats pour éviter qu’elle ne signifie une détérioration généralisée des conditions de travail.

Quand le PLQ et l’ADQ s’engagent à accroître encore la flexibilité de l’article 45 du Code, ça veut dire : donner toute latitude aux employeurs pour recourir à la sous-traitance, particulièrement à ceux du secteur public, au niveau des municipalités et de l’État québécois.

À la FTQ, nous n’avons pas cessé d’agir pour que les syndicats soient reconnus au Québec comme des acteurs sociaux incontournables dans les grandes décisions qui concernent les travailleurs et les travailleuses, et c’est ce que nous continuerons de faire, inlassablement.

Croissance économique, création d’emploi et rôle de l’État : indissociables
Les trois partis politiques misent sur l’innovation, le développement des compétences des travailleurs et des travailleuses et l’aide aux entreprises pour développer l’économie québécoise.

La formation d’une main-d’œuvre compétente, qui est indissociable du développement des emplois, ne concerne pas que les jeunes et les salariés de l’économie du savoir. La main-d’œuvre vieillissante, de même que le personnel moins qualifié qui œuvre dans des secteurs plus traditionnels ont aussi droit au développement de leurs compétences et à la formation continue.

Par ailleurs, des employeurs nous parlent de plus en plus de pénuries imminentes de main-d’œuvre dans certains secteurs, à cause des départs massifs à la retraite qui sont prévus pour les prochaines années. En même temps, on continue de procéder à des licenciements collectifs et à des fermetures d’entreprises sans aucun égard pour les travailleurs et les travailleuses ainsi mis en surplus. Nous revendiquons donc une loi qui exige des employeurs qu’ils assument leurs responsabilités sociales par des mesures de formation et de reclassement pour les travailleurs et les travailleuses visés par un licenciement.

La croissance économique n’est pas automatiquement synonyme de création d’emplois. Nous l’avons vu dans les années 1990, alors que les licenciements collectifs allaient de pair avec la hausse continue (et souvent artificielle) des cours boursiers. La croissance économique n’est pas non plus nécessairement synonyme de création d’emplois de qualité, ni même d’emplois qui sortent les salariés de la pauvreté. Pour que la croissance économique assure l’amélioration des conditions de vie et de travail de tous les Québécois et Québécoises, l’État et tous les acteurs socioéconomiques doivent être partie prenante du processus.

C’est pourquoi il faut dénoncer la position de l’ADQ qui exclut les syndicats comme acteurs importants du développement économique. Ce parti ne reconnaît en effet que l’État (amoindri), les entreprises et les travailleurs comme acteurs économiques. Comme le rôle reconnu aux travailleurs et aux travailleuses est limité à leurs responsabilités envers les entreprises, cela ne laisse plus que deux acteurs – le «moins d’État» et les entreprises. Une telle vision du développement économique est pour nous inacceptable.

L’État est notre seul outil d’unification de tous les intérêts et aspirations contradictoires dans la société. Il est notre seule garantie d’exercice de la citoyenneté, cette capacité d’agir collectivement pour orienter les changements dans la société. Seul l’État est en mesure d’assurer des services publics de qualité accessibles également à tous les citoyens et citoyennes. C’est l’instrument que la population s’est donné pour veiller au bien commun.

À la FTQ, nous voulons un gouvernement qui assure le maintien et le développement d’une société juste, démocratique, plus égalitaire et qui protège nos libertés individuelles et collectives.