Élection 2003: Politique familiale

La conciliation du travail et de la famille est devenue de plus en plus difficile pour plusieurs raisons. En vingt ans – entre 1976 et 1997 – la part des ménages où les deux parents travaillent est passée du tiers aux deux-tiers. Dans le même temps, le taux d’activité des femmes ayant des enfants de moins de 16 ans est passé de 37% à 70%. Ajoutons à cela le vieillissement de la population qui demande du temps pour prendre soin de parents ou d’un conjoint âgés ou malades.

C’est pourquoi la famille doit maintenant être entendue dans un sens élargi, qui comprend non seulement les parents et leurs jeunes enfants (comme le propose la conception réductrice de l’ADQ), mais aussi les enfants et leurs vieux parents, ainsi que les conjoints et conjointes et autres membres de la famille.

Des changements dans les conditions de travail et d’emploi viennent compliquer davantage les tentatives de concilier le travail et la famille, surtout à cause de la prolifération des horaires et des emplois atypiques et de la précarisation des emplois. En l’absence de services adaptés, quand on travaille sur appel, à temps partiel, sur une base occasionnelle, selon des horaires coupés, etc. les responsabilités familiales et parentales peuvent devenir un cauchemar. Cette intensification des difficultés de conciliation est génératrice de stress, de souffrance pour les parents et les enfants et, éventuellement, d’une possible baisse de la productivité.

Assurance parentale : urgence !

La loi instituant un régime québécois d’assurance parentale vise à accorder un congé parental à toutes les personnes qui travaillent et pas seulement à celles qui sont admissibles à l’assurance-emploi; elle prévoit aussi un remplacement plus généreux du revenu. Cette loi a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec. C’est donc dire que tous les partis politiques sont censés présenter à peu près les mêmes promesses à ce sujet. La cause est actuellement devant les tribunaux, le gouvernement québécois ayant intenté des poursuites contre le gouvernement fédéral qui refuse de transférer au Québec les fonds prévus de l’assurance-emploi. En attendant, il nous faut des mesures transitoires afin que tous et toutes aient droit à un congé parental, quel que soit le nombre d’heures travaillées ou le statut d’emploi. La durée et le niveau des prestations seraient alors identiques à ceux du régime fédéral actuel.

Des mesures de soutien aux familles

Le soutien de l’État aux enfants, aux parents et aux salariés, doit l’être sur une base collective et universelle, tout en prévoyant des mesures particulières pour les familles à faible revenu. On a vanté la politique familiale proposée par l’ADQ comme étant la plus généreuse des trois partis. Soulignons que, dans le programme de l’ADQ, le seul groupe à bénéficier de mesures particulières est composé des parents qui détiennent un diplôme d’études supérieures : ils sont les seuls à recevoir une aide supplémentaire sous la forme d’une remise de 25% de la dette étudiante par naissance ou adoption. Aucune aide supplémentaire n’est prévue pour les parents qui n’ont pas fait de telles études, dont les revenus sont pourtant généralement plus bas. En fait, l’ADQ ignore complètement les familles à faible revenu, ainsi que les familles monoparentales.

On ne peut qu’applaudir à la promesse faite par l’ADQ d’offrir des congés parentaux payés à 100% et à celle d’introduire cinq journées payées pour responsabilités parentales dans la Loi sur les normes du travail.

La marotte des «bons de garde»

La politique familiale de l’ADQ consiste également à distribuer des chèques aux ménages. Ainsi, les «bons de garde» que l’ADQ compte distribuer aux parents, afin qu’ils les utilisent à leur discrétion, ne créeraient aucune nouvelle place en garderie. De plus, ils représenteraient une sérieuse menace à l’existence de services de garde qui respectent des normes nationales de qualité et de sécurité pour les enfants. Nous ne pouvons accepter l’idée que des fonds publics soient ainsi distribués sans qu’aucune garantie ne soit exigée quant aux services qu’ils doivent servir à financer.

Dans les milieux de travail

En ce qui concerne la famille, les travailleurs et les travailleuses ont besoin de politiques publiques qui reconnaissent les droits et les besoins des parents et des enfants, qui viennent appuyer et inciter les parties patronale et syndicale dans les milieux de travail à négocier des mesures pour favoriser une meilleure conciliation des activités de travail et des activités familiales. Les employeurs ont, eux aussi, des efforts à faire pour assurer le respect de ces droits.