Élection 2003: ADQ : mettre en pièces l'industrie de la construction

«Les chômeurs trouvent toujours aussi difficile d’entrer dans les métiers réglementés, comme ceux du monde de la construction. Les petits entrepreneurs se butent toujours aux monopoles syndicaux… »

(Léon Courville et Paul Daniel Muller,
conseillers de Mario Dumont, janvier 2003)1

Parlant des difficultés du marché du travail, les gourous de Dumont écrivent aussi :

«La concurrence, ce n’est pas tant les travailleurs du tiers-monde qui viennent voler des jobs; c’est surtout le fils au chômage qui a besoin d’argent et qui est prêt à travailler dans la construction pour un salaire en deçà du taux officiel… C’est dans cet esprit que nous avons proposé (…) à l’ensemble des organisations le droit de faire appel à des sous-traitants
– sans que ceux-ci aient l’obligation d’assumer la convention collective du donneur d’ouvrage, comme c’est le cas actuellement. (…) En libéralisant la sous-traitance, on ouvre la voie à un véritable boom de productivité dans les organisations.»

Mettre la hache dans la Loi qui régit la construction, ouvrir toute grande la porte à la sous-traitance, passer outre les conventions collectives et briser les syndicats, tel est le programme de l’ADQ dans l’industrie de la construction. Ça veut dire purement et simplement démanteler l’industrie au complet et mettre fin à une série d’aspects positifs rendus possible par un régime fignolé depuis 35 ans.

Les résultats de nos luttes

• Des relations de travail civilisées, la protection des droits des salariés et le respect des engagements prévus aux conventions collectives.
• Formation adéquate et continue d’une main-d’œuvre reconnue pour sa qualité uniforme à travers le Québec (400 personnes mobilisées de concert avec la CCQ et le ministère de l’Éducation).
• Un marché du travail actif: dans les dix dernières années, 54 000 nouvelles embauches et 100 000 personnes qui ont réintégré l’industrie à un moment ou un autre.
• Régimes d’avantages sociaux universels et complets financés par les employeurs et les salariés.
• Concurrence loyale entre les entreprises.
• Ententes de réciprocité entre les provinces (près de 400 ententes actuellement).
• Code du bâtiment assurant des normes de qualités de façon uniforme et sans discrimination.
• Garantie de normes de sécurité sur les chantiers de travail.
• Lutte contre le travail au noir : en 6 ans, de 1995 à 2001 c’est 700 millions de dollars qui ont pu être récupérés et versés au Trésor public du Québec.
• Productivité supérieure de 6 % à la moyenne canadienne.

Travail au noir et jobines

Abolir la Commission de la construction du Québec et le régime de l’industrie de la construction, cela veut dire, au contraire :

• Désyndicaliser, permettre la surenchère des conditions de travail et multiplier les conflits. À l’heure actuelle, le Québec compte 5 fois moins d’arrêts de travail qu’en Ontario…
• Éliminer les normes de sécurité sur les chantiers.
• Mettre fin aux régimes de retraite et d’assurances, et refiler au gouvernement du Québec le coût des assurances publiques.
• Ouvrir le favoritisme à une classe d’entrepreneurs, au détriment d’un grand nombre d’entreprises québécoises, particulièrement à l’échelle régionale.
• Encourager ainsi une concurrence déloyale et mettre en faillite des entreprises qui autrement seraient rentables.
• Mettre fin aux interventions sur les chantiers pour corriger les situations non conformes et encourager le travail au noir.
• Abolir les normes de construction et encourager la détérioration du parc immobilier. C’est ça le libre marché débridé.

Le 22 décembre dernier, un grave accident a frappé 6 travailleurs sur un chantier illégal. Est-ce cela que nous voulons pour l’ensemble du Québec ?

Il n’y a pas lieu d’exagérer les intentions adéquistes sur la réglementation et les normes. Retournons à nos deux conseillers :

«Dans le système bureaucratique qui caractérise les monopoles publics, l’État fixe des normes minimales… Dans un système concurrentiel au contraire, il n’y a pas de norme minimale fixe. La norme devient une cible mouvante, mue par les initiatives des joueurs.»

Pour l’ADQ, il faut donc «dégraisser» l’État et le réduire à sa plus simple expression. Rappelons que dans son programme de 1998, l’ADQ se proposait même d’abolir une soixantaine d’organismes gouvernementaux, dont la Commission de la construction du Québec. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas à l’État qu’il incombe de fournir une multitude de services :

«L’État n’est pas le meilleur producteur de services. Il ne possède ni l’agilité ni la capacité d’innovation des groupes communautaires ou de l’entreprise privée. (…) C’est ainsi que les niveaux de service à la population finissent par être déterminés par des conventions collectives…»

Avenir meilleur ou retour en arrière ?

L’ADQ nous présente son programme en faisant miroiter un avenir meilleur pour les jeunes, sur la base d’une
«liberté» fondée sur la disparition de ce qu’elle appelle des contraintes : les normes et la réglementation, les conventions collectives et les syndicats. Pourtant, c’est grâce au régime actuel que nous avons pu permettre à des dizaines de milliers de jeunes – 54 000 en 10 ans – de joindre les rangs d’une main-d’œuvre qualifiée, compétente, jouissant de conditions de travail décentes et sans cesse améliorées. Sous l’ADQ, on aurait eu droit à des jobines, et rien de mieux.

En conclusion, reprenons le titre du dernier chapitre du livre de Courville et Muller, «Le changement, ‘qu’est-ce que ça donne’?» Notre réponse : un retour, loin en arrière…

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1- Courville, Léon et Muller, Paul Daniel, Place à l’initiative – Repenser nos rapports économiques et sociaux, Préface de Mario Dumont, Québec Amérique, janvier 2003, 234 pages.