Éditorial - BUDGET LEITÃO

Photo : Normand Blouin

Un plan de destruction massive de nos services publics!

En prétendant s’occuper des «vraies affaires » et des générations futures, le gouvernement a dans les faits assené un choc brutal à l’État québécois. Les impacts de ces mesures se feront durement sentir au cours des prochains mois et des prochaines années, notamment quant à l’accessibilité et à la qualité des services publics. En augmentant si frileusement les budgets en santé et en éducation (1,4% en santé et 0,2% en éducation), au point de ne même pas suivre la croissance normale du budget de fonctionnement, le gouvernement poursuit sa course à vive allure dans la voie de l’austérité et du démantèlement de l’État.

Le mouvement syndical n’est pas seul à avoir émis de grandes inquiétudes; cet entêtement du retour à l’équilibre budgétaire est largement décrié. Rappelons que pour simplement maintenir le système de santé dans son état actuel, on devrait normalement prévoir 4,5% d’augmentation (coûts du système). Cette obsession du retour à l’équilibre budgétaire laisse présager des compressions dramatiques en santé et en éducation, tout comme la suppression de programmes dans nos services publics.

Un monologue idéologique au détriment d’un dialogue social

Des solutions alternatives existent pourtant bel et bien, notamment pour une fiscalité plus juste. À l’instar de la FTQ, plusieurs économistes ont mis de l’avant différentes mesures pour rendre le régime fiscal plus équitable. La suspension des versements au Fonds des générations à elle seule permettrait de financer adéquatement nos services publics. L’instauration d’un impôt minimum pour les grandes entreprises (pas pour les PME), l’imposition à 100% des gains en capital, la lutte à l’évasion fiscale sont aussi au nombre des mesures proposées qui ont été écartées du revers de la main. Au lieu de tout cela, le gouvernement Couillard préfère augmenter les tarifs des services publics – de l’électricité aux garderies –, une politique qui frappera de plein fouet la classe moyenne et les plus démunis.

Nous avons également vivement dénoncé la décision de diminuer les charges fiscales aux entreprises, sans aucune garantie qu’elles investissent dans l’économie et qu’elles créent des emplois. Si
elles ont des projets novateurs et créateurs d’emplois, l’État devrait les accompagner. Par contre, ce n’est pas en réduisant la contribution fiscale des entreprises que nous allons automatiquement
favoriser l’investissement et relancer l’économie. Il s’agit là d’une vue de l’esprit! Pour preuve, elles dorment actuellement sur desmontagnes de liquidités. Rappelons que bon anmal an environ 1800 grandes entreprises ne paient pas un sou d’impôt au Québec et que la surépargne des entreprises sises au Québec est évaluée à 111,75 milliards de dollars.

Devant ce gouvernement qui veut ratatiner l’État québécois, lamobilisation devra s’accentuer. Le colloque sur le droit de grève dans le secteur public qui s’est tenu récemment à Québec nous a d’ailleurs permis d’entamer les discussions en front commun sur le recours possible à la grève. Mais c’est l’ensemble de la population québécoise qui est touchée par ces mesures et qui devra se
mobiliser pour sauvegarder le modèle québécois que nous avons mis des décennies à construire et qui est sérieusement en péril. La FTQ mènera la bataille aux côtés de ses nombreux alliés de la
société civile. En particulier, participons en grand nombre aux activités du 1er mai dans l’ensemble des régions du Québec pour clamer notre refus collectif de l’austérité.

Solidairement,
Daniel Boyer, président, et Serge Cadieux, secrétaire général

 


Éditorial paru dans la dernière édition du Monde ouvrier (no 111, mars-avril 2015)