Discours inaugural du président de la FTQ Henri Massé - Mondialisation, emploi, conditions de travail : « La FTQ se fait un point d'honneur d'arriver avec des solutions, pas des lamentations! »

Québec, le 26 novembre 2001- Devant les quelque 1 500 délégués au congrès triennal de la FTQ qui se tient à Québec du 26 au 30 novembre, le président de la centrale, M. Henri Massé, a livré ce matin un discours inaugural substantiel intitulé « La vraie force de la FTQ ».

Face aux problèmes de plus en plus complexes que nous vivons le monde du travail et dans la société, « nous nous faisons un point d’honneur d’arriver avec des solutions, pas des lamentations. Et pour proposer et mettre en œuvre des solutions, il faut forcément être pragmatique », dit M. Massé.

Avec une économie en récession sur fond de guerre, « il serait bien tentant de démoniser la mondialisation en criant et en levant les bras au ciel. Ce n’est pas notre façon de faire à la FTQ. Nous préférons nous attaquer aux causes profondes, exiger d’être entendus et proposer des solutions réalistes, que ce soit au niveau régional, national et même international », ajoute M. Massé.

Une politique de présence

Dans le jargon de la FTQ, cela s’appelle la « politique de présence ». C’est ce qui fait que la FTQ est devenue « non seulement la plus grande mais aussi la plus écoutée des centrales syndicales au Québec », dit M. Massé. Cette présence n’est pas seulement le fait des dirigeants de la centrale et de ses syndicats affiliés, mais aussi de plus de 3 500 conseillères et conseillers syndicaux à plein temps, ainsi que de quelque 25 000 militants et militantes bénévoles, dans tous les coins du Québec.

Partout où se prennent des décisions importantes pour la communauté, pour les travailleurs et travailleuses, la FTQ et ses syndicats se font un devoir d’être présents. « Pour ce faire, il n’y pas trente-six façons : il faut être du bon côté de la porte, pas dehors », indique M. Massé. Ainsi, la FTQ a obtenu une révision du Code du travail dont le principal gain est la mise sur pied d’une nouvelle Commission des relations du travail, qui va faciliter l’accès à la syndicalisation. « Je pourrais même aller jusqu’à dire que nous l’avons gagnée tout seuls. Nous étions là », dit M. Massé.

Par ailleurs, le FTQ intervient assidûment auprès des gouvernements pour contrer la saignée actuelle des emplois, particulièrement dramatique dans les régions. M. Massé affirme : « Nous devons mobiliser toutes les forces vives du Québec autour de projets visant une rapide reprise économique », d’autant plus que « le Québec est mieux équipé aujourd’hui et que les finances publiques sont saines ». Nous devons stimuler, entre autres, la deuxième et la troisième transformation de nos matières premières, notamment dans l’aluminium et la foresterie. La FTQ met elle-même la main à la pâte par l’entremise de son Fonds de solidarité et de ses fonds sectoriels, régionaux et locaux.

Mondialisation et ZLÉA

Fidèle à sa politique de présence, la FTQ exige aussi d’être consultée et associée au processus de négociations de la future Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), avec les autres syndicats des Amériques.

« Certains sont contre toute forme de mondialisation mais nous pensons qu’ils font fausse route, déclare M. Massé. Puisqu’il se prend là des décisions qui nous concernent comme travailleurs et travailleuses, nous voulons participer aux négociations. Nous voulons faire partie de la solution et travailler à ce que l’intégration économique ne soit pas uniquement une affaire de profits, mais aussi une question de démocratie, de solidarité et de justice sociale. Nous devons imposer des normes sociales et un plancher décent de conditions de travail dans les accords commerciaux. »

Sur toute la question de la mondialisation, la FTQ veut intervenir avec l’ensemble des syndicats membres de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), dont la centrale fait partie. Et M. Massé d’ajouter : « À l’heure de la continentalisation et de la mondialisation des échanges, appartenir à des syndicats FTQ pancanadiens et nord-américains, c’est un avantage. Nous avons là des alliés de taille pour créer une contrepartie syndicale et populaire aux tables patronales et gouvernementales. »

Un pragmatisme imaginatif

« Une des grandes caractéristiques qui nous distingue, c’est le pragmatisme avec lequel nous abordons les problèmes, poursuit M. Massé. Nous voulons des changements maintenant, pas dans cent ans! Le pragmatisme, c’est d’aller au bout de ce qu’on peut changer maintenant, par notre propre action, en faisant les négociations et les compromis nécessaires pour arriver à nos objectifs. »

Pour y arriver, le mouvement syndical est mieux outillé qu’auparavant. Il s’est notamment donné des leviers financiers pour intervenir avec compétence dans le maintien et la création d’emplois. « Le Fonds de solidarité pourrait être un chef de file et un modèle crédible pour une nouvelle génération d’investissements socialement rentables », dit M. Massé. Les caisses de retraite syndicales doivent aussi intervenir en matière d’investissement éthique, de placement responsable. « Nous aurons à domestiquer l’actuel système financier et à lui remettre la bride au cou. On peut agir avec un code d’éthique sur les investissements, mettre des garde-fous au capital. »

La lutte à la pauvreté et à l’exclusion est également prioritaire. Et pour la FTQ, le meilleur rempart contre la pauvreté, c’est l’emploi et l’accès à la syndicalisation.

Un syndicalisme à géométrie variable

Le président de la FTQ conclut : « Nous aurons à bâtir un syndicalisme nouveau, à géométrie variable, pour nous adapter au contexte de la mondialisation. »

Pour ce faire, la vieille devise syndicale tient toujours : « L’union fait la force ». Il est en effet fascinant de voir tout ce qu’on peut faire lorsqu’on se serre les coudes à la FTQ. M. Massé termine avec cet appel : « Soyons fiers de notre centrale et défendons-la. C’est notre levier pour changer le monde. »

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.