Des peintres cascadeurs au pont de Québec!

Après avoir causé la mort de 89 ouvriers durant sa construction au début du siècle dernier, cette «huitième merveille du monde» passe aujourd’hui à la douche !

Après avoir causé la mort de 89 ouvriers durant sa construction au début du siècle dernier, cette «huitième merveille du monde» passe aujourd’hui à la douche !

Vous souffrez du vertige ? Rien de mieux que de tenter de surmonter ses peurs en grimpant les échafaudages sophistiqués utilisés par la trentaine de peintres qui sont à l’œuvre au Pont de Québec depuis cinq ans. Des travaux qui devraient s’échelonner jusqu’en 2007. Il s’agit du plus gros chantier du genre en Amérique du Nord! L’équipe du Monde ouvrier a tenté de relever le défi.

L’exercice relève de l’exploit… Imaginez ces hommes qui le répètent, jour après jour, durant les huit mois de l’année où notre climat le permet. Ces peintres sont membres de la section locale 99 de l’Association nationale des peintres et métiers connexes ainsi que de la section locale 349 de la Fraternité internationale des peintres et métiers connexes, deux syndicats regroupés au sein du Conseil conjoint de la construction (FTQ).

«Nous, on fait un métier extrême où la relève est rare. La main-d’œuvre vieillit
et il faut travailler à attirer des jeunes qui vont rester.»

Juchés à des dizaines de mètres au-dessus du fleuve Saint-Laurent, dans des espaces restreints (échelles, escaliers, échafauds), ce sont de véritables cascadeurs que ces peintres spécialisés dans les structures métalliques des grands ouvrages de génie civil. Ils se promènent ainsi de chantier en chantier, de pont en pont.

Des risques multiples
«C’est un métier à part dans le métier, comme le dit le représentant syndical, Georges Lannéval, ancien peintre lui-même. Ces ouvriers travaillent continuellement en hauteur, dans un bruit constant. Ils portent des équipements encombrants et très lourds. Le jeudi, les gars ne sont pas gênés d’aller changer leur paie. Elle est durement gagnée!»
Pour décaper le vieux revêtement, l’eau a remplacé le jet de sable, poussée à 40 000 lbs PSI (de pression au pouce carré). De quoi rendre nos amis pompiers jaloux!!! Cette nouvelle technique répond aux plus récentes normes environnementales. Il s’agit d’une première expérience au Canada dans ce type de travaux. D’ailleurs, les travaux s’effectuent, par sections, dans des espaces clos par d’immenses toiles; toute l’eau utilisée est récupérée dans des conduites et acheminée vers un bassin de rétention où elle est décantée, traitée et inspectée avant sa remise au fleuve, à la toute fin des travaux

La cagoule, avec son respirateur, ainsi que la combinaison et les gants protègent tant de l’eau que des produits toxiques (plomb et mercure) contenus dans les débris de peinture. Heureusement, la technologie a permis de développer de nouveaux revêtements moins dangereux, ce qui facilite le travail de finition.


«On va être fiers
de dire aux petits enfants : regardez
s’il est beau le pont
de Québec!»

Les travailleurs subissent d’ailleurs des prises de sang trois fois par année. Lorsque les résultats approchent ou dépassent la norme, ils sont retirés et assignés à d’autres tâches temporairement.

Il va sans dire, le vent et la pluie sont des ennemis redoutables de ces peintres-cascadeurs. À partir de 45 km/heure, il faut arrêter le travail en hauteur. Ceux qui travaillent sous le tablier du pont peuvent supporter un peu plus, jusqu’à 64 km/ heure. Il n’est pas question de travailler sous la pluie ni même avec la rosée…
Après le décapage au jet d’eau, il faut décaper un à un les boulons et autres recoins au pinceau. Un vrai travail de moine… Et une fois que toute la structure a été bien nettoyée et scellée, il reste à faire la finition qui donnera sa nouvelle allure au «vieux pont de Québec»!
Et comme une photo vaut mille mots…


Des catastrophes qui ont coûté la vie à 89 ouvriers
Considéré comme la «huitième merveille du monde», le pont de Québec a été inauguré le 22 août 1919, après une série de péripéties.

Le 29 août 1907, la structure en construction s’effondre, entraînant dans la mort 76 ouvriers. La catastrophe est attribuée à une erreur d’ingénierie.

Le gouvernement canadien décide de le reconstruire l’année suivante. Au matin du 11 septembre 1916, quatre crics hydrauliques placés à chaque extrémité de la travée centrale procèdent à son élévation. Un bruit épouvantable se fait entendre et la masse de fer plonge dans les profondeurs du fleuve. Cette fois, 13 personnes y perdent la vie. On attribue ce deuxième accident au bris d’une pièce de l’appareil de levage.

Le plus long pont du genre au monde
Ce pont aux structures métalliques entrecroisées est de type «cantilever» qui permet des portées plus grandes entre les piliers. C’est le plus long pont du genre au monde.

Déjà considéré comme un monument unique par les ingénieurs, le pont de Québec a été classé monument historique en 1996.

Il appartient au CN et sert encore au transport ferroviaire ainsi qu’à la circulation automobile, cycliste et piétonne.

Un monument-épitaphe a été élevé à la mémoire des ouvriers disparus à même les pièces d’acier. On le retrouve encore aujourd’hui au cimetière de Saint-Romuald.