Commission sur la santé et les services sociaux - Pour la FTQ, il faut revoir en profondeur l'organisation du travail et des services

Montréal, 23 octobre 2000 - Les maux lancinants dont souffre notre système de santé sont causés par un financement insuffisant, certes, mais aussi par une organisation déficiente du travail et des services qu’il faut revoir en profondeur, estime la FTQ dans le mémoire qu’elle a soumis aujourd’hui à la commission Clair.

Le président Henri Massé, a présenté ce matin à Montréal le mémoire de la centrale qui regroupe plus de 40 000 membres dans la santé et les services sociaux. Il était accompagné de plusieurs vice-présidents de la FTQ représentant les syndicats concernés ainsi que des syndicats du secteur privé.

L’organisation du travail
Selon la FTQ, tout en réinvestissant dans le réseau, on doit aussi réviser radicalement l’organisation du travail au sein des établissements afin que chacun se consacre vraiment à ses tâches essentielles, ce qui n’est pas le cas actuellement. « Chacun son métier, dit M. Massé. Les médecins spécialistes doivent travailler dans leur spécialité et soutenir les omnipraticiens, les omnipraticiens doivent pratiquer tous les volets d’une médecine de première ligne, les infirmières doivent faire du nursing et reconnaître l’apport d’autres catégories de personnel comme les infirmières auxiliaires, les inhalothérapeutes et les préposés aux bénéficiaires. Enfin, il faut ajouter du personnel de bureau pour dégager le personnel soignant des tâches administratives. »

La FTQ est consciente qu’une réorganisation du travail peut avoir des impacts sur la mobilité du personnel, mais les conventions collectives ne sont pas rigides à cet égard et les employeurs ont une très grande marge de manœuvre comme on a pu le constater lors des fusions d’établissements. Lors des dernières négociations, les syndicats ont proposé d’identifier les présumées zones de rigidités afin de négocier des aménagements, mais la partie patronale n’a pas répondu à cette offre.

En ce qui concerne l’organisation des services, la FTQ favorise la mise sur pied d’un véritable réseau intégré de santé et de services sociaux, avec les CLSC comme porte d’entrée. Pour les médecins, la centrale propose qu’on puisse forcer une répartition équitable et efficace du travail en l’absence d’entente entre les médecins eux-mêmes. Elle propose aussi de réviser leur mode de rémunération.

Réinvestir dans le réseau
La FTQ demande au gouvernement de s’attaquer en priorité aux principales causes de l’augmentation des coûts du réseau, soit les technologies médicales et les médicaments qui sont vraiment hors de prix.

La centrale fait par ailleurs la démonstration du faible niveau des dépenses par habitant au Québec dans la santé. Elle propose que le gouvernement réinvestisse massivement dans le réseau, en particulier pour assurer un meilleur accès aux services de première ligne dans toutes les régions. Elle propose aussi que Québec mette sur pied un fonds de stabilisation qui lui permettrait d’éviter de faire des coupes douloureuses lors d’une récession.

La privatisation : un mirage
Les Québécois sont ceux qui sont les moins bien couverts au Canada par des assurances publiques et privées, constate la FTQ. Par exemple, à peine 40 % ont des assurances pour les soins dentaires, contre près de 60 % au Canada. Les soins dentaires et les soins de la vue, ainsi que les traitements en physiothérapie, ont été largement désassurés au Québec, et ce sont les coûts de ces services, dispensés dans le secteur privé, qui ont le plus augmenté dans la dernière décennie. La FTQ souhaite donc qu’on évalue la possibilité d’augmenter les services couverts par le régime public d’assurance-maladie.

La centrale estime que la tentation de recourir au secteur privé est une fausse solution, tant en matière de financement que de prestation des services. De nombreuses études, citées dans le mémoire, prouvent que le secteur privé est plus coûteux et moins efficace. Ainsi, une étude québécoise démontre que la sous-traitance des services alimentaires dans les hôpitaux entraîne des coûts unitaires par repas supérieurs à 11 % en moyenne aux services offerts à l’interne. Pour la FTQ, il faut donc rejeter le mirage de la privatisation du réseau.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente près d’un demi-million de membres.