Le chariot élévateur: Un appareil de levage dangereux

Texte paru dans le Monde ouvrier, no 120, mars-avril 2017

Les chariots élévateurs possèdent des caractéristiques souvent mal connues des piétons et parfois sous-estimées par les caristes (conducteurs). Des équipements de préhension peuvent leur être ajoutés : pinces, tablier à déport latéral, tête rotative, éperon, etc. À titre de rappel et de mise en garde, voici une chronique sur cet appareil qui peut s’avérer dangereux.

Poids et puissance qui s’imposent

La forme compacte du chariot élévateur ne laisse pas deviner qu’il pèse très lourd, soit l’équivalent de six automobiles. Un piéton, face à ce puissant engin en déplacement, même à basse vitesse, n’a pas de chance de s’en tirer indemne lors d’une collision et encore moins s’il est coincé entre le chariot et un objet. Le cariste ne doit pas conduire le chariot élévateur en direction d’une personne qui se tient devant un objet.

Roues arrière directrices

Les roues arrière étant directrices, l’arrière du chariot élévateur se déplace dans la direction opposée lors du virage. On comprend alors l’importance pour les piétons de toujours se tenir à distance du chariot et de ne jamais laisser les pieds près des roues du véhicule. Donc, avant d’effectuer une manœuvre de virage, le cariste doit s’assurer qu’il n’y a personne dans le rayon d’action arrière.

Champ de vision réduit

La charge, le mât et la structure du chariot constituent des obstacles à la vision du cariste. Cette visibilité réduite nuit à la détection du piéton, restreint l’anticipation des événements et diminue la possibilité de freinage sécuritaire.

Si la charge transportée obstrue la visibilité en marche avant, le cariste doit conduire le chariot élévateur en marche arrière. Si l’opérateur d’un appareil de levage a la vue obstruée lors d’une manœuvre, celui-ci doit être guidé par un ou plusieurs signaleurs. Lorsque la marche arrière s’avère fréquente à cause de la nature de la charge, un siège pivotant peut être envisagé, de même que l’utilisation d’un chariot élévateur dont la position de la cabine du cariste a été modifiée par le fabricant.

Le cariste doit avoir une vue dégagée du chemin où le chariot élévateur circule, être attentif à la présence de personnel et maintenir des distances sécuritaires.

Distance de freinage requise

La distance de freinage du chariot élévateur varie en fonction de sa vitesse, de sa charge et de la surface de roulement. On aura tendance à aller plus vite avec un chariot vide. Quoi qu’il en soit, on doit toujours tenir compte de la vitesse de freinage requise :

  • À 6 km/h (vitesse de la marche), un chariot élévateur nécessite une distance d’au moins 3 mètres pour s’immobiliser.
  • À 12 km/h, un chariot élévateur parcourt 7 à 8 mètres avant de s’immobiliser lors d’une situation d’urgence.

Attention aux piétons!

Alors que plusieurs piétons circulent simplement d’un point à un autre, d’autres travaillent à des postes près des voies de circulation, effectuent des tâches occasionnelles près des chariots ou travaillent en collaboration avec le cariste. L’attention des piétons n’est pas toujours disponible pour surveiller le va-et-vient des chariots. Ils n’ont pas tous la même connaissance des risques que représente le chariot en mouvement et des précautions à prendre. Le comportement de certains d’entre eux, non familiers avec les lieux, peut parfois être imprévisible et présenter un risque accru de collision.

On doit prendre toutes les mesures possibles pour tenir les piétons à l’écart des voies de circulation des chariots élévateurs. Il faut définir clairement les zones d’exclusion des piétons et des chariots élévateurs. Les voies de circulation à l’intérieur d’un bâtiment doivent être délimitées par des lignes sur le plancher ou être balisées à l’aide d’installations, d’équipements, de murs ou de dépôts de matériaux ou de marchandises, de manière à permettre la circulation sécuritaire des personnes. De préférence, séparer physiquement les chariots élévateurs et les piétons. Installer des barrières protectrices ou des chicanes empêchant le piéton de surgir brusquement dans l’allée de circulation.

Conseils pour éliminer les risques

Plusieurs autres risques présents doivent être définis afin de les éliminer. Par exemple :

  • La signalisation, la vitesse, les règles relatives à la circulation et la priorité concernant le droit de passage.
  • Chaque chariot doit être équipé d’un klaxon, d’un sifflet, d’un timbre avertisseur ou d’un autre dispositif sonore, actionné par le cariste.
  • De plus, il est important de suivre les recommandations des fabricants en matière d’entretien et d’utilisation des chariots élévateurs.

En conclusion, pour prévenir les accidents impliquant des chariots élévateurs il existe des lois, des règlements et des normes de sécurité qui s’appliquent à leur fabrication et à leur utilisation.

La Loi sur la santé et la sécurité du travail (L.R.Q., C.S–2.1) (LSST].
Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail. (L.R.Q., C.S–2.1, r.19.01) (RSST].
La norme ASME 856.1– 1993. Safety Standard for Low Lift and High Lift Trucks.
La norme CSA 8335–04 Norme de sécurité pour les chariots élévateurs.
NOTE–Le contenu de cet article est tiré du document Chariots élévateurs et piétons. À chacun sa voie (ASTE et IRSST, 2007). Pour en savoir plus sur le sujet, plusieurs documents d’information et de formation existent concernant le cariste et le chariot élévateur. Vous n’avez qu’à naviguer sur les sites de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et de I’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) pour les découvrir. Ces documents peuvent être utiles aux comités de santé et de sécurité paritaires qui existent dans nos établissements pour faire de la prévention dans leur milieu de travail.