« C’est toute la région qui est menacée par l’autorisation d’un transfert de CAAF. C’est une décision irresponsable » - Gilles Chapadeau, conseiller régional FTQ Abitibi-Témiscamingue

Le ministre Pierre Corbeil a trahi la population de l'Abitibi-Témiscamingue et les travailleurs

image de la conférence de presse

Conférence de presse de la FTQ et du SCEP à Vald'or

Val-d’Or, jeudi le 18 mai 2006 L’autorisation donnée par le ministre Corbeil à Abitibi Consol de transférer le contrat d’aménagement et d’approvisionnement forestier (CAAF) de ses installations de Champneuf à Senneterre est en train de mettre le feu aux poudres dans la région.

Une décision irresponsable

« Il s’agit d’une décision totalement irresponsable, surtout venant d’un ministre de Val-d’Or qui ne peut plaider l’ignorance quant aux conséquences de son geste sur la municipalité de Champneuf et sur les autres municipalités dépendant d’un CAAF.

« Et nous ne sommes pas dupes du caractère temporaire qu’il dit conférer à cette mesure. Une fois que le bras est dans le tordeur, c’est tout le corps qui va y passer. Il n’y a aucune raison pour que les compagnies se contentent de mesures temporaires devant la complaisance de ce ministre jovialiste », a déclaré Gilles Chapadeau, conseiller régional de la FTQ.

Les travailleurs et la population se sentent trahis

Après avoir travaillé d’arrache-pied et de bonne foi dans le cadre d’un comité de relance dont le ministre lui-même avait demandé la mise sur pied à Champneuf, et à la veille de soumettre un projet viable, les travailleurs et la population se sentent trahis par la décision du ministre, prise en catimini vendredi dernier.
Le ministre Corbeil n’a pas rempli ses promesses, lui qui avait pourtant juré, y compris à l’Assemblée nationale, que les travailleurs et la communauté affectés devraient donner leur aval avant tout transfert de CAAF.

« Il est quand même ironique de voir un ministre responsable de la forêt renier sa parole et ses propres engagements en plein milieu du mois de la forêt. C’est d’autant plus frustrant que les travailleurs et la population de Champneuf étaient sur le point de proposer un projet de relance respectueux du développement durable et d’une saine exploitation de la ressource forestière », a fait valoir M. Chapadeau.

Un contrat tacite rompu

« Il a toujours existé un contrat tacite au Québec à l’effet qu’un CAAF soit lié à une usine et non pas à une entreprise si celle-ci décide de déménager ses installations. Sinon, ce sont plus d’une centaine de municipalités qui seraient menacées carrément de fermeture car elles dépendent d’un CAAF, désormais transférable à souhait.

« En rompant ce contrat, le ministre Corbeil vient d’envoyer un signal clair aux compagnies : le bar est ouvert et vous pouvez vous servir dans la forêt publique peu importe que ça mette en péril une région ou une municipalité autre que celle où elle a ses installations. C’est très grave », a mentionné pour sa part Lucien Côté, président de la section locale du SCEP-FTQ, section locale 3057.

Une façon détournée de palier à la diminution de la cueillette

« Nous croyons fermement qu’en accédant à ce transfert de CAAF, le ministre a tout simplement abdiqué devant le chantage des compagnies suite à la Commission Coulombe. Ce serait là une façon détournée de leur permettre de récupérer une partie de la cueillette qu’elles avaient perdue avec la diminution de 20 %.

« Il est évident que les autres entreprises vont se bousculer au portillon pour obtenir les mêmes privilèges que ceux consentis à Abitibi Consol. Qu’est-ce qui empêcherait en effet Domtar à Lebel-sur-Quévillon de demander un transfert de son CAAF ailleurs et de fermer littéralement la ville. On n’est pas en politique fiction, on est dans la réalité et c’est une canne de vers que le ministre Corbeil vient d’ouvrir », a ajouté M. Chapadeau.

C’est toute la région qui doit se mobiliser

Les dirigeants syndicaux lancent un avertissement au ministre : qu’il ne soit pas surpris de voir une levée de boucliers et une mobilisation régionale importante pour empêcher ce coup de force et faire renverser la décision du ministre. « On parle ici de la forêt publique, on ne parle tout de même pas d’un cadeau privé. On ne peut laisser aller nos ressources naturelles sous la menace et le chantage » a conclu Gilles Chapadeau.