Bauer Nike à Saint-Jérôme - Les emplois déménagent en Chine

Les quatre membres de l’exécutif sont déterminées à tout faire pour sauver le peu d’emplois qui restent : Manon Boivin, vice-présidente; Michelle Perron, secrétaire-archiviste; Christine Ouellette, secrétaire financière; Silvy Vaudry, présidente <br> <br><i>Photo CDM

Les quatre membres de l’exécutif sont déterminées à tout faire pour sauver le peu d’emplois qui restent : Manon Boivin, vice-présidente; Michelle Perron, secrétaire-archiviste; Christine Ouellette, secrétaire financière; Silvy Vaudry, présidente

Photo CDM

La mondialisation et les intérêts du capital continuent à faire des ravages. Les délocalisations d’entreprises au profit des pays en voie de développement se multiplient et laissent des trous béants dans nos communautés, nos régions, notre économie.

Bien sûr, de nouvelles entreprises voient le jour et viennent s’installer au Québec. Les sauvetages réalisés par la FTQ et son Fonds de solidarité y sont aussi pour quelque chose. Sinon, notre taux d’emplois serait en chute libre.

Même s’il est difficile d’établir un lien direct entre l’ouverture des marchés au libre-échange et les pertes d’emplois, il reste que les fermetures d’usine font mal. Dans la seule région des Laurentides, on se souvient du départ de Philips pour le Mexique en 1998 et de la fermeture de GM en 2003.

Les emplois ont fondu
Établie à Saint-Jérôme en 1978, Bauer a été rachetée par le géant Nike en 1994. Depuis, le nombre des emplois a fondu. Le transfert de plusieurs segments de la production menace sérieusement l’industrie québécoise de l’équipement de hockey.

Silvy Vaudry est présidente du syndicat local affilié aux Métallos. Elle est amère. «En 1994, lorsque Nike a acheté Bauer, nous étions 1200 travailleurs et travailleuses à l’usine. Nous fonctionnions sur trois quarts de travail. Nous produisions 150 000 patins par année et plus de deux millions de casques de hockey. En 1995, la compagnie a éliminé la production de patins bas de gamme. Nous sommes tombés à 700 membres.»

Par la suite, l’entreprise a commencé à recevoir des Asiatiques qui filmaient la production. « Chaque fois que cela arrivait, nous étions sûrs de voir partir une ligne de production. Nous avons connu des restructurations continuelles qui se soldaient toujours par une perte de production et de membres. Aujourd’hui, il nous reste le patin haut de gamme, la recherche et le développement. Avec les mises à pied annoncées en octobre 2003, 320 personnes perdront leur emploi le 28 mai prochain. Nous ne serons bientôt plus qu’une trentaine de travailleurs et travailleuses.»

Les patins Bauer sont réputés dans le monde entier. La moitié de la production est vendue au Québec et au Canada. «Nike fait de l’argent ici depuis toujours et elle veut en faire encore plus en exploitant les travailleurs et les travailleuses en Asie. Cette compagnie a fait l’objet de nombreuses plaintes pour ses comportements dans des ateliers de misère», ajoute Silvy Vaudry.

Nike possède 130 usines de sous-traitance en Asie, notamment en Chine, en Thaïlande et à Taiwan. de onze milliards de dollars, l’entre-prise a dégagé 800 millions de profits l’an dernier.

Des plaintes déposées
Le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Michel Arsenault, a dénoncé les licenciements collectifs et exigé que la production de casques de hockey et de patins haut de gamme reste au Québec. «Bauer Nike a bénéficié de subventions pour la recherche et le développement. Nous allons déposer des plaintes devant le Tribunal canadien du commerce extérieur. Il est inacceptable que le gouvernement fédéral laisse partir une entreprise rentable qui va chercher des profits plus élevés au détriment des populations asiatiques et laisse sur le pavé les travailleurs et les travailleuses d’ici».

Il plaide pour l’instauration d’une réglementation internationale afin d’établir un équilibre dans les échanges commerciaux. «Les compagnies vont devoir respecter les règles de base définies par l’Organisation internationale du travail et non les règles propres à chaque pays.»

Plan d’action
L’usine fermera-t-elle inévitablement ? «Le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain a fait un excellent travail pour nous montrer quoi surveiller et nous soutenir, mentionne Silvy. Ça nous aide énormément. Nous nous battons pour nos emplois, pour notre avenir et celui de nos familles. Nous ne lâcherons pas», conclut-elle, appuyée de ses consoeurs de l’exécutif syndical.

Elles se battent pour d’autres femmes (70 % des salariés), pour celles qui sont monoparentales, pour leurs membres handicapés qui se sentent démunis, pour permettre à ceux qui n’ont pas connu un autre emploi de garder espoir.

Dans le cadre de son plan d’action pour stopper la saignée, l’exécutif local a reçu des lettres d’appui de plusieurs syndicats. Le Syndicat des Métallos tente d’organiser une rencontre au siège de Bauer Nike, en Orégon. Le président de la FTQ doit participer à cette importante délégation avec des représentants du Congrès du travail du Canada et des Métallos aux États-Unis. Des opérations de visibilité et de sensibilisation vont avoir lieu lors de matches de hockey au Centre Bell, auprès des joueurs et de la Ligue nationale de hockey.

Une pétition circulera jusqu’au 30 avril. Signez-la !

Quelles perspectives ?
Les licenciements massifs, les fermetures d’usines, le développement de la sous-traitance, les pressions à la baisse sur les salaires, la précarisation des emplois, le retrait de l’État et les coupures dans les programmes sociaux, toutes ces conséquences de la mondialisation ont un même effet : les inégalités se creusent entre les pays, le fossé qui sépare les riches et les pauvres s’élargit à l’intérieur des pays. Les 20 % les plus riches se partagent 86 % du revenu mondial, tandis que les 20 % les plus pauvres, en majorité des femmes, ne se partagent que 1 % du revenu mondial.
En 1980, le revenu moyen des habitants des pays en développement était 14 fois plus faible que le revenu moyen des habitants du pays le plus riche (États-Unis); en 1998, il était 25 fois plus faible. En juin 2002, Philips, qui avait fermé sa dernière usine au Québec en 1998 pour la réimplanter au Mexique, a annoncé la fermeture de ses 13 usines mexicaines au profit de la Chine. Andrés Barredas, économiste et professeur à l’Université autonome de Mexico, résume la situation : «Le Mexique vit à son tour la crise de la mondialisation. Malgré le fait que cette crise interne soit grande, ce problème concerne tous les travailleurs du monde entier.»

Ceux-là même qui ont le plus vanté les vertus du libre-échange sont inquiets. Au début de l’année, 52 % des Américains étaient préoccupés par l’emploi au pays de la prospérité économique. Il faut dire que l’économie de nos voisins du Sud a connu quelques ratés durant les dernières années et, là aussi, les pertes d’emplois se multiplient.

Que pouvons-nous faire ?
À court terme, il est peu probable que cette tendance économique lourde puisse être renversée. Pour aider certains secteurs particulièrement menacés, la FTQ préconise la mise sur pied de mécanismes d’ajustement et de compensation. Les ententes commerciales internationales limitent la capacité des pays à créer de tels fonds, mais la FTQ presse nos gouvernements de tout mettre en œuvre pour y arriver.