Après 9 ans de conflit, 11 typographes gagnent leur bataille

Les onze typographes de The Gazette, membres de la section locale 145 du SCEP, photographiés le 15 mai dernier peu après le règlement du conflit.

Les onze typographes de The Gazette, membres de la section locale 145 du SCEP, photographiés le 15 mai dernier peu après le règlement du conflit.

Après un conflit de travail qui aura été l’un des plus longs dans l’histoire du mouvement syndical en Amérique du Nord, onze typographes du quotidien The Gazette, à Montréal, ont gagné leur bataille : ils ont finalement été réembauchés, neuf ans après avoir été mis en lock-out, le 17 mai 1993. En annonçant la nouvelle, le secrétaire général de la FTQ, René Roy, a salué les onze syndiqués membres de la section locale 145 du Syndicat des communications, de l’énergie et du papier (SCEP).

De retour sur la liste de paie de The Gazette depuis le 13 mai dernier, les «onze» suivent actuellement une session intensive de formation en infographie, à l’Institut des communications graphiques du Québec, avant de reprendre le travail. Leur moyenne d’âge est de plus de 55 ans. Le nouveau contrat de travail, d’une durée de cinq ans, est rétroactif à juin 2001.

Durant cette très longue bataille, les lock-outés ont pu bénéficier de la solidarité active et d’un appui financier substantiel de leur syndicat, souligne Michel Ouimet, vice-président Québec du SCEP.

Ce dénouement a mis fin à une très longue saga judiciaire qui a même connu un épisode jusqu’en Cour suprême du Canada, rappelle Michel Handfield, président de la section locale 145. Dans une décision majeure rendue en octobre 2000, la Cour suprême refusait d’entendre l’appel de l’employeur qui contestait une décision rendue par la Cour d’appel du Québec en faveur des lock-outés. C’est finalement un jugement de la Cour supérieure du Québec, rendu le 2 mai dernier, qui a permis de régler le conflit.

La sécurité d’emploi
Le litige portait essentiellement sur le maintien de la sécurité d’emploi des typographes en contrepartie de l’introduction de changements technologiques. Cette sécurité d’emploi était garantie non seulement dans la convention collective mais aussi par des contrats individuels de nature civile. Les typos avaient la garantie d’un emploi régulier à plein temps jusqu’à l’âge de 65 ans. Cette garantie existait depuis la convention signée en 1982, alors qu’il y avait plus de 200 typographes à The Gazette; elle a été renforcée dans la convention de 1987 qui garantissait «le maintien du standard de vie» des syndiqués, quoi qu’il arrive.

Cette obligation contractuelle a été confirmée dans une importante sentence arbitrale rendue en 1996 par un arbitre de grande réputation, M. Claude H. Foisy, qui avait alors ordonné à l’employeur de rappeler au travail ses typos sans emploi depuis un premier lock-out déclenché le 17 mai 1993.
Ce lock-out, d’une durée de quinze mois, avait pris fin le 24 août 1994. Sur les soixante-trois typos impliqués dans ce conflit, onze n’avaient pas accepté la paie de séparation proposée par le quotidien. À la fin du lock-out, ils ont continué d’être sur la liste de paie de l’employeur mais sans pouvoir travailler. À l’expiration de leur contrat, le 3 juin 1996, l’employeur a décrété un nouveau lock-out. Les onze typos étaient donc sans travail depuis neuf ans, soit depuis mai 1993.
Les compensations et les dommages-intérêts qui doivent être versés aux syndiqués restent encore à être déterminés.